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D14

L’Europe, sous-organisation impériale

lundi 26 novembre 2001, par intersiderale

On peut commencer par réfléchir aux motivations qui poussent nos chers spécialistes du bien commun depuis quarante ans à réaliser cette unification européenne. Elles sont multiples, complexes, peu homogènes. Elles nous enfermeraient dans un blabla peu utile pour définir ce que nous sentons, refusons et investissons dans ce mot Europe.

Ils parlent tous de liberté, réalisme, pragmatisme, social, sécurité, défense, emploi, monnaie unique . . . mais tous masquent la crise de leur propre pouvoir, de la guerre civile qui ravage l’Europe depuis la renaissance. L’eurocentrisme naquit comme une réaction à la potentialité d’une égalité humaine produite par la renaissance. Le monde s’en souvient encore. Il y a bien sur la version historique officielle qui dit, en gros, que cet unification économique (cee) et militaire (otan) part de la défense de nos libertés faces aux barbares de l’est . Il y a aussi , et ça c’est déjà moins officiel et plus intéressant, la perte des colonies et donc de puissance et d’influence des états-nations européens sur le monde. L’Europe est le berceau historique des Etats-Nations et donc de l’impérialisme. La perte de leurs empires est un coup très dur pour ceux-ci, et s’accompagne d’une véritable crise d’identité intérieure (la crise qui touche la sabena (économique), les sabéniens (psychologique) et les belges (politique) peut être analysée dans ce cadre là ) car le pouvoir en Europe et le pouvoir de l’Europe sur le monde sont les deux faces coextensives et complémentaires d’un seul et même développement : impérialisme et Etats-Nations ne vont pas l’un sans l’autre. Après 45, les Etats-nations qui composent la vieille Europe jouent les seconds rôles sous la bienveillance américaine. Marshal et otan sont les deux noms d’une unique et même subordination. Taylorisme, fordisme, keynesianisme, les sales mots d’une nouvelle exploitation. Après le nazisme et le socialisme, nos âmes était une nouvelle fois corrompues. Quarante ans aprés, toujours meurtrie par son passé, l’Europe revit une nouvelle fois la crise décrite comme une crise de la social-démocratie à base nationale face à la globalisation économique et culturelle. L’ordre du monde se dénationalise et la même question revient : Quel forme de pouvoir émerge de et dans ce pôle qu’est l’Europe ?

L’Europe est-elle un Contre-Empire (un autre empire c-à-d une extension de la nation), une simple alliance de nations, une sous-organisation de l’Empire qui contrôle et reproduit la société capitaliste mondialisée ou une alternative radicale et au pouvoir impérial et au pouvoir national ? Les deux premières hypothèses représentent la volonté politique de l’extrême-droite, de la droite républicaine et d’une certaine gauche surtout syndicale. Elles sont ridicules et dégueulasses : « Ceux qui pensent que l’Europe (et les institutions européennes, et l’unité politique européenne) est un terrain de lutte adapté et suffisant pour combattre le pouvoir global (sous sa forme actuelle : accumulation et organisation) sont dans l’illusion- quand ils ne sont pas des mystificateurs qui proposent l’égo&iulm;sme national européen à réaliser. »(Negri). Il me semble que la troisième hypothèse émerge, l’Europe se reconfigure à partir de l’Empire. La dynamique de l’Europe, et on le voit bien avec le traité de Nice (s’agrandir ou mourir), n’est pas de déterminer un intérieur et un extérieur mais plutôt de viser à intégrer, différencier et gérer : ce qui est propre au fonctionnement impérial. Grâce à ses nombreuses institutions et leur innovation juridique, l’Europe est une grosse machine normative qui n’administre pas directement mais régule une population (de plus en plus large) et sa mobilité. Dans ce nouvel ordre mondial, l’émergence de ce pôle spécifique qu’est l’Europe existe bel et bien mais en tant que sous-organisation impériale.

Inscrire l’Europe dans la nouvelle forme impériale de souveraineté, nous amène à la quatrième hypothèse et à la question : Quels sont les types de subjectivités politiques capables de contester et de bouleverser les forces de l’Empire ? En bon marxien, on peut déjà dire que ces subjectivités n’interviennent que sur le terrain de la production et qu’à l’heure de l’Empire, la production a envahi tous les champs de la vie. Notre tâche en tant que militant/es subversif/ves européen/nes est une élaboration concrète d’une solution politique de remplacement à l’Empire. Alors quel solution ? Celle-ci ne pourra naître que dans la pratique, une nouvelle façon de vivre dans le monde car le pouvoir de l’Empire et les mécanismes de la souveraineté impériale ne peuvent être compris que dans leur globalité et donc la solution de rechange doit être vue sur un plan également mondial. Ce qui vient d’être dit est confirmé par les diverses luttes de la multitude dans l’Empire - de Seattle à Genova, ces luttes ont en commun d’être transnationales et biopolitiques. Mobilité organisationnelle et hybridité ethnolinguistique sont les deux caractéristiques du mouvement. Rien avoir avec l’anti-impérialisme traditionnel. Comme dit Casarini : l’enjeu n’est plus la lutte des classes mais carrément la survie de l’humanité. Une humanité (je préfère multitude-prolétariat, mais ça c’est parce que Casarini doit faire plaisir au Catho) qui n’a plus de lieu pour bâtir une solution de rechange, elle ne connaît plus de frontières ni de limites. Son projet est celui, non pas d’une communauté particulière, mais d’une communauté universelle qui vise à la construction collective d’espace de libération, à la création de formes de vies émancipatrices, d’un nouvel horizon juridique (revenu garanti) axés sur la coopération du travail immatériel.

Pour conclure revenons sur la spécificité du pôle européen. Dans le non-lieu où nous produisons et reproduisons nos vies, des odeurs de cadavres remontent des charniers. Les vampires de la sale vieille Europe insufflent encore le désir d’un dernier grand festin. Le dernier exemple est le Danemark. Il est urgent de construire une alternative à la pensée libéral-individualiste. Nous payerons très cher nos défaites. Il y a presque dix ans, les Danois ont mené une lutte contre le traité de Maastricht. Ils le trouvaient antisocial. Isolés, ils ont été battu et aujourd’hui c’est le retour de ce bon vieux populisme égoïste et raciste. Pour éviter le piège des vieillards, l’Europe a besoin de luttes sociales fortes et radicales. La crise de l’Europe politique tient largement à cette exclusion de l’Europe sociale. Soutenir les forces politiques européennes qui veulent faire aboutir le fédéralisme européen sur le plan politique et sur le plan des droits sociaux n’est pas vain. On doit se saisir du vecteur amplificateur du fédéralisme. Je pense que la rencontre des multitudes d’Europe sur les droits sociaux apportera une convergence qui est quelque chose de nouveau, mais surtout quelque chose de commun, qui se partage, à l’inverse de la monnaie unique. Elargir les droits est la véritable politique des multitudes.

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