intersiderale - διαστρική

DES NOEUDS DE BARBELES

mercredi 13 mars 2002, par intersiderale

Aujourd’hui, le lieu du Pouvoir est l’espace immatériel de la circulation des capitaux et des influences. Ce réseau insaisissable développe des nœuds, des spirales, qui sont des concentrations de pouvoir - plus ou moins importantes, plus ou moins complexes - et qui se manifestent sous différentes formes d’oppression. Les bras de ces spirales plongent au cœur même de l’existence, pour ôter le désir de la vie - pour la morceler, l’éparpiller entre les besoins et la nécessité.

Diviser pour régner... La spirale de l’oppression est l’appareil de la SEPARATION - laquelle est la condition même de la survie du Pouvoir. Séparation de moi du monde, de moi des autres, de la vie, du temps, de la mort.

Chez "nous", en Occident, la spirale se déroule souvent en toute discrétion. Mais ses bras peuvent aussi se matérialiser de façon plus obscène : les bras acérés des frontières et des barbelés, du contrôle et de l’enfermement. Les centres fermés (camps de déportation) sont peut-être l’expression la plus dissimulée ET la plus visible en même temps - expression défardée, dénudée des enjolivements habituels - d’un système fondé sur l’égalité de façade, maintenu par la répression.

Un réfugié est d’avance disqualifié pour notre société essentiellement utilitaire ; il reste un être vague et inquiétant, un élément fondu dans une généralité abstraite et obscure. Il est un "Autre", et qu’il se débrouille avec son "Altérité". Cette Altérité n’est que l’identité donnée par les puissants, depuis l’Occident-Kapitale, jusqu’aux banlieues de l’Empire. Une altérité donnée aussi à ceux qui ont le courage de déserter ces zones de guerres, de misère et de honte.

La fuite des réfugiés à travers l’Empire - qui est aussi la nôtre - est désespérée. Mais plus qu’une fuite, elle est une révolte. Un cri contre l’inégalité qui, lorsqu’il arrive aux sujets de l’Empire, est piégé, enfermé, et renvoyé loin, d’où il venait : à l’oubli.

Ces "flots" de réfugiés affolent l’Occident opportuniste, - tiraillé entre un humanisme de principe et sa volonté égoïste de rationalisme économique. Cette Occident ne supporte pas l’idée même de leur visibilité : ceux-ci, comme un symptôme accablant, comme une fièvre, le place devant l’évidence de sa maladie, le met face à sa faille constitutive, face à l’évidence de ses pillages à travers le monde.

Pour nous, multitudes, il ne s’agit pas de flots, mais de personnes. Nous ne fondons pas notre approche sur le contour figé d’une identité - ou d’un défaut d’identité - mais sur la potentialité qu’a chaque personne d’être une chance.

L’Empire craint pour ses richesses. Pour nous, la définition de la richesse consiste en ce qui peut se partager. Nous voulons échanger nos expériences, éprouver les différences - mettre nos richesses en commun. Nous ne croyons pas à cet "Autre". Nous n’acceptons pas de nous laisser définir par la peur, par ce rapport à "l’Autre", qui n’est qu’une construction idéologique mortifère. Tout le monde est des autres, nous sommes des autres. Que l’on cesse de nous séparer !

Contre les spirales dissociantes de l’Empire, le désir de rencontre. Et une vraie rencontre ne peut se faire qu’avec une volonté d’égalité. Cassons les cloisons, coupons les barbelés - au sens propre et au sens figuré et dans tous les sens : au cœur même de notre quotidien.

BLOBS, MUTANTS, DROIDES - avec ou sans papiers - UNISSEZ-VOUS !

P.-S.

(Le vent sur les barbelés siffle un chant barbare
-le chant de la séparation
Ecoutons ce chant et rougissons de honte
honte de laisser jouer l’immonde instrument
Ecoutons encore qu’ensemble nos colères montent
pour faire taire définitivement ces barbelés
... réentendre le vent)

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