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Les CYBERMANDAÏ-ES travaillent-ils/elles, et surtout veulent-ils/elles travaillller ?

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lundi 1er avril 2002, par Cybermandaï-e-s

NOUS SOMMES À LA FOIS graphistes et minimexés, journalistes à la pige et profs temporaires, employés dans des assoc et activistes, intérimaires et écrivains, toxicomanes et enquêteurs, glandeurs et photographes, animateurs et jardinier, étudiants et serveurs dans des bars, travailleurs manuels indépendants et artistes de rues, chômeurs et musiciens ...
Et on peut combiner à l’infini toutes ces possibilités.
Alors, quand on croise notre prof de primaire ou notre tante Eliane et qu’ils nous demandent " Et qu’est-ce que vous FAITES dans la VIE ? ", on est un peu perdu. Ce qu’on EST, on le sait - ou on le sent-, plus ou moins. Ce qu’on A -ou plutôt ce qu’on n’A pas- ça, on en est conscient -voire content-.
Mais qu’est-ce qu’on fait ?
Non, nous ne sommes pas réductible à ce secteur tertiaire ou quaternaire qui annonçait une société des Services et venait remplacer le prolétariat. Nous ne travaillons pas " dans le privé " , même si nous avons parfois des contrats " pour des entreprises privées ", nous ne sommes pas des fonctionnaires, employés à vie dans le système bureaucratique, nous ne sommes pas non plus de jeunes avocats attendant quelques années les clients avant de reprendre un cabinet avec pignon sur rue...
Mais alors qui sommes-nous ?
Nous sommes de plus en plus nombreux à nous sentir étrangers aux différents modèles d’insertion et d’intégration sociale préparés pour nous par nos dirigeants sociaux-libéraux ou même par l’appareil syndical qui demeure dans une logique productiviste, défenseur d’un travail à tout prix et à temps complet. On entend bien, de-ci de-là, parler un peu des travailleurs immatériels ou des " intellos précaires ", dans les suppléments " bobos " de nos quotidiens. Mais nous nous sentions seuls, même si nous sommes de plus en plus. Et l’on vous sentait aveugles à notre quotidien...
Alors aujourd’hui, nous nous montrons.

C’est sur nous que l’Empire a ouvert le feu à Gênes cet été -comme on avait autorisé les " cops " américains à tirer sur les ouvriers, cette classe sociale par qui on entrevoyait d’autres possibles, un Premier Mai du siècle dernier à Chicago-. Nous faisons peur, et souvent à nous-mêmes. Nous sommes cette jeunesse sans attaches, ces électrons libres dont le type de production est résolument en dehors du système économique et social classique. Nous sommes ces nouveaux nomades occidentaux qui vont de ville en ville pour s’amuser, créer ensemble. Ou pour crier ensemble notre dégoût face à ceux qui nous dirigent. Comme une nécessité d’être contre, d’être ensemble autrement, comme une révolte transcendante, sans qu’il y ait derrière les modèles uniques de substitution, clé sur porte, de nos parents. Juste une envie de vivre ensemble et plus les uns contre les autres. Juste un désir d’essayer d’autres choses, d’innover ensemble. On n’sait jam’s et malgré tout. Par delà les limites de cet univers unidimensionnel.

Nous sommes des déviants, des mutants...
Nous ne TRAVAILLONS pas selon l’acception courante, nous ne nous INTEGRONS socialement que par à coup, par bribes, entre parenthèses, par intermittences, de contrats ponctuels en sous-statuts, d’heures en black en prestations bénévoles.
Et c’est pour nous à la fois une réalité subie et un choix. Ces réalités extérieures, nous avons bien dû les intégrer, en faire un mode de vie ( aliénation _ désir ) auquel soient intégrées nos valeurs.
Nous sommes des mutants. Le monde est en mutation. Nous participons au mouvement.
Nous, qui avons entre 20 et 40 ans, nous qui sommes les enfants de la fin de l’âge d’or du capitalisme occidental d’après-guerreS, nous qui sommes sortis de l’école au pire moment (que ce soit à 14 ou à 28 ans), nous qui avons choisi de faire ce que nous avions envie de vivre, sans laisser les impératifs économiques guider nos choix de vie, nous existons.
On nous taxe de marginaux ou de profiteurs, mais de quoi profitons-nous vraiment ? De ce qui reste du système de protection sociale à l’européenne, ou des possibilités que nous offre la vie ?
Comme si tous les chômeurs, minimexés et autres blob’s ne faisaient rien -sauf du travail en black of course- ! Nous produisons tous des choses dans nos vies, bordel ! Et puis du TRAVAIL, il y en a. Du pain sur la planche, des ponts à construire et de nouvelles entités à créer, il y en aura toujours !
Et nous ne parlons pas de faire un prêt à la Générale pour lancer sur le marché une énième marque d’après-shampooing 12 en 1, un nouveau yaourt au trifidus actif, ou une start-up aromatisée à la vanille ! Nous, ce qu’on veut produire, c’est une richesse sociale, quelque chose qui aide vraiment les gens à vivre.
On ne s’en sortira pas par l’égocentrisme.
Quand l’axe Berlusconi-Bush-Aznar-Blair & co nous dit que pour le progrès de l’humanité, il faut toujours plus de marché, plus produire et plus consommer -PRODUIT-CONSOMME & CREVE-, nous on vomit !
L’équation TRAVAIL= ARGENT = VIE n’est pas la seule possible pour l’humanité, et ce n’est en tout cas pas la nôtre. Il doit forcément exister d’autres possibilités, d’autres histoires, peu-être une autre Histoire. Malgré Tout, on n’sait jam’s, alors allons-y pour voir !
Evidemment, le système politique en place et les minorités qui en tirent profit - Babylone comme disent les rastas- n’a aucun intérêt à s’aventurer sur d’autres voies, jamais.
Mettre sur pied une Street Party des Cybermandai-e-s en ce Premier Mai 2002 à Liège, c’est aussi du Travail, des heures passées à créer, à échanger, à construire.
Comme tout le monde et de tout temps, nous nous organisons ensemble, pour produire des richesses. Mais travailler à ne produire que de la richesse ne nous intéresse plus. Aujourd’hui, nous désertons le Salariat. Qui sait, peut-être inaugurons-nous une nouvelle ère, celle du Précariat ?
Ce qui compte, c’est que nous sommes des hommes, et qu’ensemble nous construisons et partageons, même si notre production est moins quantifiable.

Nous sommes des cybermandaï-e-s, et aujourd’hui nous nous montrons !

P.-S.

Sans faire du troisième secteur (du travail bénévole) et du Cognitariat les deux nouveau sujets économiques et politiques, comment ont tendance à le faire certains, nous pouvons voir dans ce travail qui ne s’échange pas avec du capital, une des sources principales de production de la richesse (si on entend cette dernière comme production de la relation, des affects, de la communication)
[...] le revenu garantit découle de la nécessité d’exprimer politiquement et socialement une nouvelle ontologie, l’ontologie des Multitudes. Misère, précarité, chômage, travail salarié sont le résultat de la non-reconnaissance de cette « productivité de l’être » qui déborde largement les limites des rapports de production définis par nos néo-marxistes. Il ne s’agit pas d’abord d’une politique contre la précarité et la misère, mais d’une nouvelle conception du bien commun qui ressource dans une forme de propriété fondée non plus sur la rareté, mais sur le « rayonnement réciproque » propre à la dynamique de la production des connaissances et des affects, sur la coopération qui déplace et redéfinit l’opposition de la propriété collective et de la propriété privée.
Lazzarato - in Multitudes n°8.

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