intersiderale - διαστρική

M1

Oui mais pourquoi STREET ?

CM6

lundi 1er avril 2002, par Cybermandaï-e-s

Je m’dis bon, pour "party" chuis partant, mais pourquoi "street", je me d’mande, pasque bon la "street" c’est pas qu’ça peut pas être bien, attention attention j’ai pas dit ça, mais la street c’est quand-même la street, y’a les voitures, tout ça, des types pressés pas contents, des flics nerveux pas contents, je m’dis, tant qu’on a le son pourquoi pas se faire une p’tite party tranquille dans une prairie, un hangard, un loft, je m’demande, "loft party du premier mai" ça s’rait pas mal personnellement je trouve... mais bon non je m’dis, si c’est une street party ça doit pas être juste pour le plaisir de brûler des feux rouges, doit y’avoir des idées là-d’ssous, doit y’avoir du sens j’me dis, puis d’ailleurs je l’sens qu’y a du sens, maint’nant, ouais, je l’sens, hoho ! ouais je l’sens bien le sens, je le sens monter là, ça remonte, ça vient du ventre, et je le sens descendre là, ça r’descend, ça vient d’la tête, c’est pas encore des mots mais ça va pas tarder, faut juste que c’qui monte et c’qui r’descend se rejoignent à peu près à la bonne hauteur et pour ça faut qu’on discute, faut que j’vous parle, avec vous j’veux trouver les mots.
Je pense à la rue à ce qu’elle a pu être, ce qu’elle peut être encore sous notre impulsion, un lieu de possible rencontre, un lieu d’échanges et d’expression d’idées, lieu tout simlement public au fond : à la fois métaphore de l’espace-monde démocratique et espace concret de paroles et de revendications, de danses et de fêtes improvisées ou non. je pense à la rue confisquée au fil du dernier siècle par la bagnole, espace public commun capturé par les myriades d’espaces privés en mouvement
(en mouvement vers quoi ?)
espace commun privé de commun puisque la rencontre ne s’y fait plus, puisqu’on ne s’y arrête plus, qu’on s’y croise ou s’y dépasse sans se regarder, qu’on y communique à coup de bouffées de gasoil : la rue, devenue lieu de passage, lieu de vitesse, lieu du passage en vitesse des marchandises et de ses consommateurs/producteurs consciencieux enfermés dans leurs boîtes d’acier, lieu qui relie ? la rue ne relie plus que des espaces clos : dans la rue circulent entre deux lieux clos des véhicules clos conduits par des individus clos sur eux-mêmes.
alors aujourd’hui, imposer notre présence et notre rythme à la rue parce qu’il ne s’agit plus de gagner du temps mais de le reprendre, de le capturer, de prendre le temps de comprendre ce que nous désirons (ensemble et séparément), et d’en faire ce que nous désirons.
"Nous n’avons d’autres ennemis que nous-mêmes, d’autres armes à redouter que la passivité et la résignation qui gagnent, d’autre péril à encourir que celui de renoncer à l’exercice d’une vie dont chacun de nos désirs, du plus futile au plus irrépressible proclame l’exigence"
aujourd’hui, faire de la rue un lieu de lien à nouveau, un lieu de joie et de gratuité
car le bonheur se crée et ne se paie pas
aujourd’hui, se réapproprier la rue en tant que symbole de tous les espaces publics dont notre culture pseudo-démocratique nous tient éloignés
"The street is an extremely important symbol because your whole enculturation experience is geared around keeping you out of the street" (Reclaim the street - London)
"Pénétrés du désir d’exister, vous êtes vous et vous êtes à tous, sans que rien ni personne ne vous puissent saisir ni capturer. Les promesses que la vie vous fait, vous gagez de les tenir sans comptes à rendre à quiconque. Ce que vous tentez de vivre à la pointe du désir, nul autre que vous ne le peut entreprendre. Vous caracolez seuls, dédaignant les compagnons de la mort et le sarcasme des cadavres. Le rire du vivant consume les cercueils (...) Heureux celui qui, au-delà de tout sentiment de réussite ou d’échec, sans présomption ni mépris de soi, déroule le fil labyrinthique de l’existence en s’avouant : ainsi ai-je désiré du fond du coeur que cela soit.
De telles choses ne sont possibles que sur la terre."
(les citations sont extraites de "Nous qui désirons sans fin", Raoul Vaneigem)
"Libérer la création du travail qui l’exploite est la seule façon d’en finir avec l’exploitation qui accumule sur le marché les produits arrachés, par le sang, la sueur, la souffrance et l’ennui, aux bêtes, aux enfants, aux femmes, aux hommes de tous les pays"
"Nous sommes trop lucides pour nous reprocher de ne pas l’avoir été assez. Il n’y a ni à s’infatuer d’avoir raison ni à se mépriser d’avoir eu tort. Qu’il nous suffise de frayer à nos désirs une voie plus humaine"

P.-S.

L’Etat, comme toute institution représentative, nécessité pour fonctionner des modèles d’identités molaires et codifiées. Depuis longtemps, le salariat est devenu le modèle majoritaire de la société capitaliste dans le champs du travail et de la distribution des revenus. La classe ouvrière a, en effet, cessé d’être un sujet révolutionnaire (et le marxisme une théorie révolutionnaire) quand ses organisations ont abandonné l’ « abolition du salarita » comme programme politique. Au lieu de continuer la « destruction » de la classe ouvrière, les organisations du Mouvement ouvrier ont fait du salariat le modèle indépassable de subjectivité. La classe ouvrière et ses organisations sont ainsi devenue de puissants « instrument d’intégration » des rapports salariés et des subjectivités antagonistes (et pas seulement ouvrière) dans l’économie capitaliste. Si durant les « glorieuse 30 années de développement keynésien » l’intégration a été dynamique, puisqu’elle prévoyait en échange un pouvoir d’achat et un pouvoir tout court, elle est répressive et carrément « réactionnaire » depuis le déclin du fordisme. Elle contribue à la reproduction d’un « modèle majoritaire » qui est toujours plus vide.
Lazzarato.

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0