intersiderale - διαστρική

pourquoi les mutants, droïdes & autres blob’s de la galaxie sont-ils perplexes quand l’ordr’dur

L’empiriste rencontre le purgationiste

unité versus diversité [pages 2-7]

mardi 1er avril 1997, par intersiderale

Par un beau matin se promenant en rue, l’empiriste aperçoit le purgationiste. Ne sachant pas dans quels méandres métaphysiques elle allait bientôt plonger, l’empiriste, toujours franche et directe héla le purgationiste.

- Salut Pupu, comment ça va ? Ca ne te dérange pas que je t’appelle Pupu ?

- Mais non pas du tout, ma chère Pipie, répondit le purgationiste.

Se connaissant depuis longtemps, comme deux frères ennemis, ils pratiquent régulièrement ce genre d’apostrophe. L’empiriste trouve que le purgationiste pue, mais alors pue comme si la terre entière était une porcherie. Il faut donc imaginer que Pupu a une tête de cochon ; et quand l’empiriste le salue, elle lui met du persil dans le trognon. Le purgationiste ne voit dans l’empiriste que de la pisse, cette horrible sécrétion que l’organisme expulse. Vu par Pupu, Pipie est donc cet être infâme qui pisse, s’abaissant à son propre rebut : ne pas toucher de peur de se salir. Mais ce que ne sait pas Pupu c’est que Pipie adore pisser : c’est un véritable plaisir de la vie.

Le purgationiste et l’empiriste étaient tous deux, par hasard, munis de leurs drapeaux respectifs. Pour Pipie, c’était l’occasion ou jamais de mieux comprendre l’horrible ridicule des symboles du purgationisme.

- Que signifie ce sigle, là sur ton drapeau ?

- Ah ! ça ? Ca c’est la plus belle chose du monde. Ca représente notre avenir. Un avenir, plus proche que tu ne crois, où nous serons enfin redevenus purs : chacun à sa place sur sa terre, pour une production maximale du grand organisme que nous formons. c’est la purgation.

- Tiens quel mot étrange. Qu’est-ce que ça veut dire ?

- La purgation est un vieux mot, très joli. La purgation désigne la purification religieuse et en même temps un remède médical. Quand la société est malade, il faut la soigner. Lorsque le mal s’étend de plus en plus, il faut utiliser une méthode à sa mesure. La bonne vieille médecine est toujours d’application.
Au mal radical, la purgation répond par un régime radical : des purges, de l’ordre et une foi inébranlable. Le miracle aura lieu si nous y croyons tous. Et tant pis pour ceux qui n’y croient pas : l’ordre moral ne s’établira qu’en expurgeant tous les corps indésirables de notre organisme.
Nous avons un héritage historique à préserver de la maladie : notre territoire européen et notre morale chrétienne. Nous sommes en lutte pour préserver notre terre, nos terroirs. Purgation veut donc aussi bien dire purification, purge, épuration, filtrage, rectification, élimination, expulsion, exclusion.

- Ah, bon ? Tu penses donc que la société est un grand organisme ? Evidemment si nous faisons partie d’un organisme, tu es obligé de spécifier qui en fait partie, quel est son principe organisateur, et donc quels sont les agents pathogènes dont il faut le purifier. Mais pour ce faire tu penses l’organisme comme composé d’organes et dirigé par un système nerveux Mais toi, ou te places-tu ? Dans le cerveau ou dans le trou du cul ?

- Il me semble que tu retardes. Tes connaissances datent du début du siècle ! On sait aujourd’hui que l’organisme est composé avant tout par des cellules pilotées par des gènes détenteurs de toute l’information.
Avant on pouvait imaginer un organisme idéal sur base d’organes disciplinés. Le peuple était alors catégorisé en différentes fonctions dans différents corps qui s’organisent comme un organisme c’est le corporatisme vu par le haut. Aujourd’hui, ce qui me définit ce n’est plus l’organe auquel j’appartiens, mais mon individu comme cellule. Chaque cellule de l’organisme, chaque membre de la société, possède les mêmes gènes, intériorise les moyens de contrôle l’organisme est désormais informé, contrôlé, par les seuls individus capables d’être responsables de l’organisation sociale. La place de chaque cellule dépend de la quantité d’informations qu’elle traite à l’heure. La hiérarchie des cellules est naturelle, car elle dépend de la distribution de l’information qui est un mécanisme spontané. Chaque corps est composé par des cellules qui traitent la même quantité d’information dans le corporatisme par le bas, l’autodiscipline est la nouvelle discipline, le contrôle.
En vertu des gènes communs, tout corps étranger est phagocyté. La nature veut que les représentants de l’ordre soient les lymphocytes de l’organisme. La peine de mort est une thérapie scientifique contre la gangrène cancéreuse utiliser le bistouri ou les rayons.
Dès lors, ce qui m’importe est de trouver une place parmi mes congénères, tous semblables, que ce soit dans le cerveau ou pas. Mais chacun, par son mérite, peut espérer entrer dans le cerveau comme les cellules nerveuses sont celles par lesquelles transitent un maximum d’informations, il suffit de s’activer et de diffuser l’information du Grand Organisme pour devenir plus intelligent.

- Et si ton cerveau se transformait en pied, tu ne penserais pas moins bien ! Ton organisme est un monstre, qu’il soit le fruit de la discipline ou du contrôle. C’est un système qui n’a de fin que lui-même, qui n’a d’autre ambition que de s’accroître toujours plus en détruisant les humains et la nature. Tu ne dis même pas ce que produit un organisme, et pour qui il le produit. En tous les cas, le tien produit essentiellement de 1a merde. La seule différence entre le purgationisme et le capitalisme est une question de contrôle sur la production (de la merde). Le kapitaliste se demande comment augmenter et optimiser la production ; le purgationiste se demande comment ordonner la production. Mais il s’agit de la même production : comment régenter marchés et Kapitaux pour les faire produire au pas cadencé. Alors, évidemment, ça t’arrange bien d’utiliser les nouvelles technologies de l’information pour les présenter comme lois naturelles et invincibles, auxquelles nous sommes par conséquent soumis. Si l’information en général a tellement pris d’importance, c’est parce qu’elle est considérée comme investissement très rentable de kapital : la production peut étre augmentée tout en maintenant la coercition sur les individus (et non plus sur les masses). Les moyens de contrôles renforcent les possibilités de "savoir tout sur tout", ce qui est en parfait accord avec le vieux fantasme libéral d’un marché parfaitement informé, et avec la volonté de maitrîser le comportement de chaque cellule de l’organisme. Le contrôle permet maintenant de traiter les humains individuellement : à chacun selon son mérite, c’est-à-dire selon sa capacité à se placer dans la chaîne de production. Ainsi, le travailleur est une cellule-machine puisqu’il traite toujours la même information.
Le patron est une machine plus élaborée, une cellule-ordinateur, car il calcule en fonction des décisions et de la situation du marché. Tous deux sont donc pris, non dans un organisme, mais dans une vaste chaîne de production contrôlée par la circulation de l’information. Mais qui produit cette information ? Dis-moi, Pupu, quel est ton avis ?

- L’information décrit l’état du monde. Elle est donc produite par le monde. Certaines parties du monde produisent moins d’information, il y règne encore plus de désordre : ce sont les pays moins avancés. Naturellement, le cerveau est le lieu de réception, de transformation et d’élaboration de l’information. Plus tu produis, plus tu possèdes de l’information, et réciproquement. Par conséquent plus tu comprends le monde par l’information, plus tu participes au cerveau de l’organisme, et plus tu te rends compte que tu présides au destin de la société comme organisme. Ceux qui refusent de participer à cette production, même modestement, sont des parasites car ils vivent de la production des autres. Il est absolument nécessaire de produire. Pour que nous, le grand organisme que nous formons puissions nous reproduire. Notre organisme sera d’autant plus fort que nous serons vigoureux, que notre nation pourra s’étendre et résister aux parasites étrangers ou agents de l’étranger.

- Comme d’habitude, selon une tactique longuement éprouvée, tu ne réponds pas aux questions qui te dérangent. Mais bien sûr, tu ne peux pas dire qui produit quoi et dans quel but sinon en te référant à des lois qui ont l’air de nous échapper complètement : dnas ton monde, ou dans ton organisme, où sont les désirs des humains, où est la vie concrète, où sont l’expétience et apprentissage ? Tu te mets au service d’une société - que tu décris très bien - mais qui est parfaitement dégueulasse, et qui conduit la planète à sa ruine.
La société de contrôle permet en effet de produire plus en intégrant l’information dans la production générale. Mais il n’y a pas d’information neutre ; l’information dépend de ce qu’on en fait. L’information dit "état de la société est comme ça". Mais cela signifie-t-il qu’elle est un organisme ou quu’il faut la transformer ? Si tu acceptes d’être une cellule d’un organisme, la seule chose que tu peux faire est servir de relais à l’information : obéir et agir en fonction de l’ordre qui te dépasse. Donc le discours de la cellule est un une idéologie d’oppression. Comme cellule tu es soumis à tous les clichés véhiculés par la publicité et la propagande.
Mais tu oublies que consommation et production sont intimement liées. Dans une société industrielle classique, toute production est consommation (de matières premières et de force de travail) et toute consommation est reproduction (de la force de travail et du capital). Dans une société de contrôle achevée, chaque consommation est aussi production d’information (qui achète quoi, oû, quand), et chaque production n’a de sens que si elle s’accompagne des clichés de l’information (à qui vendre, comment).
Tu veux intégrer le contrôle. Je veux choisir mon autodiscipline. Pour être acteur de ma vie, je dois trouver mes propres manières d’expression. Je veux pouvoir explorer concrètement toutes les possibilités de ma vie. En fait, tu es en train de servir un but que tu places délibérément au-dessus de toi. L’organisme contraint ses membres à faire ce qu’il est permis, et le cadre de ce qui est possible est limité par les fins de l’organisme, son règne. Tu veux un règne qui échappe absolument à ta vie, une organisation dans laquelle ta vle n’a aucun sens ton avenir est inscrit dans l’appétit du cerveau, est dérobé par le pouvoir qui pense à ta place, et ton passé fait de terroirs nostalgiques est complètement putréfié. Ta mortification est juste promesse de mort. Tu ne proposes aucun avenir réel, qui ne ressemble pas au passé. Les seules forces sur lesquelles tu peux compter sont les forces de répression. Lorsque tu auras trouvé ton Organisme, il sera complètement mort.

- Le passé d’un peuple est son avenir, mais à condition de dire quel passé. Le peuple appartient à la terre. L’organisme est l’héritier d’une longue tradition a qui il a des comptes à rendre. Le sens de la vie doit se conformer au passé, à ce qui a toujours existé.
C’est en prenant conscience du devoir que nous avons face à la terre de nos ancêtres que nous pourrons vivre dans une société enfin stable et ordonnée. Pour bâtir solidement, il nous faut un sol fixe, et je ne vois que la nation et les vrais patriotes qui peuvent remplir cette fonction.

- Le sens de la vie se produit par et dans l’histoire. L’avenir ne ressemblera pas au passé. Il en a toujours été comme ça. N’en déplaise aux adorateurs de l’ordre, qui sont aussi bien les purgateurs de la vie, rien n’est absolument fixe, rien n’est éternel. Tout coule, tout flue, et le Kapitalisme associé à la révolution industrlelle nous l’a démontré à satiété depuis deux siècles.
Tu vois, sur mon drapeau, il y a des marteaux, des faucilles et des étoles.
C’est parce que nous avons besoin de marteaux pour fabriquer nos machines et nos idées, de faucilles pour en récolter les effets et nos aliment, et que cet apprentissage de ce que sont nos vies se passe au milieu des étoiles dans l’intersidérale.
L’empirisme a pour seul principe celui de l’expérimentation. L’ordre ne s’évalue que par les effets qu’il produit, par la liberté qu’il procure aux individus qui participent activement aux prises de décisions collectives.
L’expérience est concrète et se présente comme la seule possibilité de transformation des situations. Les idées sont concrètes elles ont de l’effet sur les gens et sur la manière dont ils se situent les uns par rapport aux autres, et par rapport au monde. Les idées que nous promouvons font toujours écho à la question "dans quel monde voulons-nous vivre ?" Nous sommes entre les étoiles, dans le monde, parmi tous les peuples. Et si nous avons l’impression d’âtre malades touchés par le virus du profit, cette maladie n’est pas la notre. Il ne s’agit certes pas uniquement d’une maladie psychosomatique puisque le virus kapitaliste ronge effectivement nos moyens d’action. Mais c’est contre le Kapltalisme que l’on affirme la joie de vivre, le désir de fête, le devenir révolutionnaire.
Si ton organisme est malade, qu’i1 crève ! Tu veux une totalité organique, bien ordonnée. C’est un refuge facile cette représentation du monde est lisse et semble former une harmonie. Mais c’est un refuge ça ne correspond en rien avec le mouvement réel de la vie. Une vie se fait dans l’invention, par les rencontres avec la diversité, en s’exposant aux risques de ses désirs, et ne se résume jamals à une totalité, puisque justement elle crée des différences avec le tout du monde pris à un instant déterminé. Ton destin c’est la mort, le passé mort et la mort à venir. Le mien c’est la vie, ma vie au présent et la vie éternelle.
Contre ta morale nauséabonde, je veux que ma vie soit exploration des plaisirs.
Quel plaisir non seulement de pisser, mais aussi de chier, de baiser, de boire, de fumer, de dormir ! Ca ce sont les plaisirs de la vie immédiate toi et ton corps. Mais il y a aussi des plaisirs qui sont des joies. Ils se construisent dans le long terme pour cela j’ai besoin d’envisager toute la planète et toutes les étoiles. Pour la première fois, notre histoire est celle de la planète tout entière. Et les ciels qui l’entourent sont pleins d’étoiles, comme les devenirs de la diversité vivante.

Pleine de désirs et d’affirmations de la vie, Pipie tourne le dos à Pupu et s’en va continuer son chemin, se demandant si cette belle journée l’amènera à rencontrer un autre personnage horrible Kaka, le capitaliste

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