intersiderale - διαστρική

Quand l’Empire organise l’illégalité

égalité versus illégalité dans l’action politique

samedi 1er septembre 2001, par intersiderale

Quand l’Empire organise l’illégalité

C. se lève dans le froid crû d’un automne belge. Des relents de pétrole émanant du Zybrokamin saturent l’air. Quand la milice ALG est passée voilà deux mois, le compteur de gaz a été scellé et avec lui les promesses d’une chaleur saine, inodore et sans danger. Le Zybro, ça dépanne, mais ça empeste. Sans compter les risques d’incendie avec un zeste de manque de bol. Et quand t’as pas de quoi payer ton gaz, imagine pour l’assurance incendie. Résultat des courses si ton Zybro pète les plombs, t’es vraiment dans la merde. La douche est glacée, of course, vu que l’eau chaude ça passe aussi par les bons soins de l’ALG. La boîte aux lettres déborde : factures et re-factures. Rappels huissiers amendes et compte en banque zéro. Ce matin, y’a même une amende des poubelles. Vu que les les sacs jaunes coûtent un max, C. il se la joue sachets-paki déposés dans les poubelles publiques. Mais dans la dernière, manque de bol, il a oublié une enveloppe de l’ONEM avec son nom bien écrit dessus : ils ont pu facile remonter jusqu’à lui.

Quand le bus arrive, M. se dirige naturellement vers l’arrière mais les portes restent fermées. Retour à l’avant où elle grimpe les marches en faisant un joli sourire au chauffeur qui la laisse passer sans problème. En poche elle a 33 francs, et même si elle voulait, elle pourrait pas le payer ce ticket. Elle a aussi une carte de droits aux transports, un document revendiquant la libre circulation des personnes diffusé par le Collectif Sans Ticket. Quand le contrôleur lui tape sur l’épaule, elle lui sort cette fameuse carte en espérant que ça va calmer le jeu. Deux minutes, il lui faut, au contrôleur, pour piger que c’est pas un abonnement. Après quoi, incertain et interloqué, il lui colle l’amende réglementaire – la troisième en quatre mois. Le problème, c’est qu’en plus de cette fichue amende, elle est inculpée par la STIB avec 17 de ses petits camarades. Pour avoir revendiqué la libre circulation des personnes, elle risque une inculpation pour associations de malfaiteurs et des astreintes.

K. est arrivé en Belgique depuis 15 jours. K. est un illégal. C’est la seule identité que l’Empire accepte de lui reconnaître. Tu vas pas loin avec ce genre d’étiquette. Une illégalité de principe qui l’entraîne vicieusement vers une illégalité de fait. Parce que, pour bouffer, pour se loger, K. n’a pas vraiment le choix : ou il bosse au noir exploité pour trois radis, ou il vole, ou il deale, ou il maque . . . Vottem, Lantin ou un retour par avion assuré par la Sabena ? En fait de perspectives . . .

V. est belge et mère de famille. Emue par le sort d’une jeune nigériane de 20 ans étouffée sous le poids de la Démocratie, elle s’est rendue devant le centre fermé 21 bis de Steenokkerzeel où quelques grillages ont été détruits. Les grillages ont été immédiatement remplacés. Le corps d’une jeune nigériane de 20 ans est aujourd’hui en décomposition avancée. V. risque actuellement une inculpation pour association de malfaiteurs.

T. est chômeuse cohabitante. Pour survivre, elle fait quelques heures par-ci par-là dans l’Horéca. Un matin, alors qu’elle sert un café à un client, un inspecteur de l’ONEM déboule dans la place. T. est accusée de fraude pour travail au noir. L’ONEM décide de suspendre pendant 20 semaines la payement de ses allocations de chômage. T. a peur de se faire de nouveau coller à travailler au noir, mais il faut bien qu’elle bouffe. Pour se faire un peu de blé, T. décide de vendre un peu d’herbe. Illégalité vers illégalité.

L. est italien. En mai 2001, avec d’autres, ils ont rédigé une lettre ouverte où ils déclaraient très symboliquement la guerre aux puissants de l’Empire dans le cadre du G8 qui allait se tenir à Gênes en juillet. La guerre, les sbires de l’Empire l’ont effectivement menée, pas symboliquement du tout, blessant gravement des centaines de personnes, arrêtant arbitrairement des innocents, et tuant d’une balle en pleine tête un jeune homme de 23 ans. Aujourd’hui, L. risque une inculpation pour association de malfaiteurs et instigation à la destruction de matériel d’état.

S.B est riche et politiquement haut placé. Il possède d’innombrables entreprises et parmi celles-ci la majorité des télévisions et des journaux de son pays. Pour amasser une telle fortune, S.B., c’est de notoriété publique, a pratiqué la fraude, le détournement et autres techniques spécifiques des mafias internationales. S.B. a aussi fait partie de la loge P2 qui a perpétré des attentats fascistes. S.B. ne risque rien. Produisant les lois qui assureront sa propre immunité, S.B. n’aura bientôt plus rien à craindre.

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