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Sur l’emploi du temps libre [pages 14-15]

vendredi 1er novembre 2002

La plus grossière banalité des sociologues de gauche, depuis quelques années, est d’insister sur le rôle des loisirs comme facteur déjà dominant dans la société capitaliste développée. Ceci est le lieu d’infinis débats pour ou contre l’importance de l’élévation réformiste du niveau de vie ; ou la participation des ouvriers aux valeurs dominantes d’une société où ils sont toujours plus intégrés. Le caractère contre-révolutionnaire commun à tout ce verbiage est de voir obligatoirement le temps libre comme une consommation passive, comme la possibilité d’être toujours plus spectateur du non-sens établi. (...) le problème de la consommation se laissait encore partager par la frontière misère-richesse, les 4/5 des salariés vivant perpétuellement dans la gêne. Et surtout, qu’il n’y avait aucunement lieu de s’inquiéter si le prolétariat participe ou non aux valeurs, parce qu’« il n’y en a pas ». Et « ... de plus en plus séparée de la société et de la vie des gens - ces peintres qui peignent pour les peintres, ces romanciers qui écrivent pour les romanciers des romans sur l’impossibilité d’écrire un roman -, la culture même n’est plus, dans ce qu’elle a d’original, qu’une perpétuelle auto-dénonciation, dénonciation de la société et rage contre la culture elle-même. »

Le vide des loisirs est le vide de la vie dans la société actuelle, et ne peut être rempli dans le cadre de cette société. Il est signifié, et en même temps masqué, par tout le spectacle culturel existant dans lequel on peut distinguer trois grandes formes.

Il subsiste une forme « classique », reproduite à l’état pur ou prolongée par imitation (par exemple la tragédie, la politesse bourgeoise). Il existe ensuite une infinité d’aspects d’un spectacle dégradé, qui est la représentation de la société dominante mise à la portée des exploités pour leur mystification propre (les jeux télévisés, la quasi totalité du cinéma et du roman, la publicité, l’automobile en tant que signe de prestige social). Enfin, il y existe une négation avant-gardiste du spectacle, souvent inconsciente de ses motifs, qui est la culture actuelle « dans ce qu’elle a d’original ». C’est à partir de l’expérience de cette dernière forme que la « rage contre la culture » arrive à rejoindre justement l’indifférence qui est celle des prolétaires, en tant que classe, devant toutes les formes de la culture du spectacle. Le public de la négation du spectacle ne peut plus être, jusqu’à la fin même du spectacle, que le même public — suspect et malheureux — d’intellectuels et d’artistes séparés. Car le prolétariat révolutionnaire, se manifestant comme tel, ne saurait se constituer en public nouveau, mais deviendrait en tous points agissant.

Il n’y a pas de problème révolutionnaire des loisirs - du vide à combler, mais un problème du temps libre, de la liberté à plein temps. Nous avons déjà dit : « Il n’y a pas de liberté dans l’emploi du temps sans la possession des instruments modernes de construction de la vie quotidienne. »

L’usage de tels instruments marquera le saut d’un art révolutionnaire utopique à un art révolutionnaire expérimental. Le dépassement des loisirs vers une activité de libre création-consommation ne peut se comprendre que dans sa relation avec la dissolution des arts anciens ; avec leur mutation en modes d’action supérieurs qui ne refusent pas, n’abolissent pas l’art, mais le réalisent....

Sur l’emploi du temps libre, L’Internationnale Situationniste #4, 1960.

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