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Légalité versus illégalité

égalité versus illégalité dans l’action politique

samedi 1er septembre 2001, par intersiderale

LÉGALITÉ VERSUS ILLÉGALITÉ

LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE DANS L’ACTION POLITIQUE.
JUSQU’OÙ ALLONS/VOULONS-NOUS ALLER ?

Le peuple de Seattle

Le contre-sommet de Seattle a ouvert la voie à une nouvelle génération de contestataires, à de nouvelles formes d’organisations nébuleuses, et dans une moindre mesure de nouvelles formes d’actions directes, violentes ou non. L’analogie avec le mouvement pacifiste né dans les années 60, contre la guerre du Vietnam est évidente. Déjà à cette époque, une multitude de groupuscules, grâce à un système téléphonique pyramidale, pouvait rassembler en quelques heures des centaines de militants pour par exemple bloquer une voie de chemin de fer, et empêcher un train militaire de passer. Déjà à cette époque, il y avait des hordes de non-violents faisant de la musique et des happening dans la rue (le mouvement hippie, avec en tête Allen Ginsberg, et les partisans de l’action directe parfois violente avec Jery Rubbin et les yippies...)

Le peuple de Seattle a renoué avec ses ancêtres, c’est très bien, et même beaucoup plus courageux. Parce que l’enjeu n’est pas le même. Le bloc de l’est, quoi qu’on en pense, et quoi qu’il aie réalisé, faisait pression sur nos gouvernements, et par la peur du rouge, les années 60 furent bel et bien "à gauche". L’analogie avec cette époque s’arrête là. Pour preuve, beaucoup de leaders de cette époque sont maintenant chefs d’entreprise ou cadres...

Le peuple de Genova

Les actions du mouvement présent à Genova suivent bien évidemment les enseignements de Seattle, Québec, Prague, Nice et Goteborg. Mais le fait que les actions se soient passées sur deux continents différents font pencher la balance de différentes manières.

Tous les gauchistes que nous sommes/serons/étions savent que les soixante-huitards italiens, ne sont pas les soixante-huitards américains, voire français. En Italie, on a appelé ça le 68 larvé, un 68 qui a duré 10 ans, où la classe ouvrière, dans un pays plus pauvre que les Etats-Unis ou la France, était plus active, plus "révolutionnaire". Pasolini n’a-t-il pas dit, un peu cyniquement peut être, "Mais qui sont ces petits bourgeois d’étudiants qui haranguent la classe ouvrière qu’est la police ?". Nous ne partageons évidemment pas ce point de vue aujourd’hui, surtout lorsqu’on a vu, à Genova, cette classe ouvrière qu’est la police, faire son boulot. Et pourtant, pour nous, marxien/ne/s libéré/es, nous savons que les travailleurs, - en tant que tels - ne représentent pas la classe qui va sauver le monde, mais la classe la plus démunie, donc la plus malléable... Et c’est justement là que nous voulons en venir. L’énergie du désespoir avec laquelle certains activistes italiens se sont battus nous a montré un lumpen prolétariat et des travailleurs immatériels, une minorité, d’un peuple qui n’a manifestement plus rien à perdre, voire plus rien à gagner. Ici nous voyons l’analogie avec la fin de l’âge d’or, avec l’entre-deux guerre. La crise planétaire et l’arrivée du fascisme. Ce que l’on nomme communément, en ce début de troisième millénaire, L’EMPIRE.

Bref, tout ça ressemble un peu à du prêt-à-porter politique. La mode des années 90 s’inspire de 60, la mode des années 2000 s’inspire des annés 80. Si la mode 2020 s’inspire de la mode 2000, à quoi est-ce que ce que ça va ressembler ?

L’après Genova pose la question délicate de la légalité et de ses limites, mais aussi de notre survie (physique) dès lors qu’à une manifestation majoritairement pacifique les gens se font purement et simplement attaquer par la police.

Il n’y a plus de monde tri-polaire, plus de guerre du Vietnam perdue d’avance, il y a l’Empire qui attaque, et une révolution que nous ne connaîtrons pas.

Dès lors se pose cette question que les Nihilistes russe posaient en 1840, et que Lénine a reposé, ainsi que Wharol, un demi siècle plus tard. Que faire ?

Il ne s’agit pas d’être pour ou contre la violence

On pourrait facilement conclure qu’il y au moins deux grands types de violence. Celle qui est organisée, et l’autre qui est spontanée, dans un éclat de colère collective. L’une doit être critiquée, l’autre, peut-être excusable.

Nous devons réfléchir sur les actes, violents ou non, de désobéissance civile au service du mouvement. Cela en partant du principe qu’il faut toutes les formes de contestation pour alimenter un réel rapport de force avec objectifs à la clé. Mais surtout, le fait que nous bossons "pour les générations futures", mais aussi pour notre bien-être, et qu’il n’est pas question de finir comme notre camarade Negri.

Bref, un vrai rapport de force avec le pouvoir (ou ses symboles) dans le cadre d’une manifestation comporte les 3 éléments en vogue ces derniers temps : le pacifisme, la désobéissance civile, et la violence organisée.

Sans vouloir schématiser, il semblerait que les Blacks Blok (ou apparentés) soient des jeunes issus de milieux favorisés ou non, mais qui n’ont pas un travail sur le long terme. Quoi qu’on en dise, ou qu’on en pense, ils sont nos alliés. NOUS SOMMES/ETIONS/AVONS/SERONS tous des Black Blok (BB).

Il y a les désobéissants civils, d’un âge moyen, de situation moyenne également, c’est finalement ce qui forme notre réseau, du prof au fonctionnaire, du chômeur à l’étudiant, de l’ouvrier à l’employé de bureau, du drogués à l’infirmier.

Puis il y a les pacifistes. Suivant les analyses des BB, ce sont des gens responsables, des réformistes petits bourgeois, voire des froussards. Mais ce sont nos alliés aussi.

En tant que désobéissants civils, nous sommes le lien entre les différentes tendances. Nous devons travailler dans le long terme, la désobéissance civile doit être perçue comme une jurisprudence et non une provocations.

La violence et la destruction de biens comme outils d’auto-défense et non pas comme fin en soi.

C’est vrai qu’il existe une théorie comme quoi la violence amène la violence et qu’à ce jeu-là, les forces de l’ordre auront toujours le dernier mot. C’est en partie vrai, du moins pour le moment, suivant comme dirait l’autre le rapport de force respectif.

Défoncer la vitrine d’un magasin qui avait courageusement décidé de rester ouvert. Brûler une voiture modeste loin des cortèges. Cette violence dénature clairement un mouvement de contestation , et c’est peut-être ces actes qui sont commis par des hooligans, des fascistes ou des indics. Brûler une banque au long d’un parcours essentiellement pacifiste, participe de la même absurdité, même si le symbole est louable, et le dégôut de ces institutions partagé. C’est avec ce genre de violence que surenchérit la brutalité policière. Je parlais bien de saccages de bâtiments le long d’un parcours.

La violence pour l’autodéfense, en bref . . .

Revenons au cortège de la désobéissance civile à Genova. La dernière charge d’une tortue de carabiniers a été repoussée à coup de pavés et projectiles divers. Au vu de la violence aveugle excercée par les forces de l’ordre, repousser des carabiniers à coups de pierre participe pleinement, et sans cynisme aucun, à un acte courageux d’autodéfense. En d’autres termes, si ces actes violents n’avaient pas été commis, nous aurions eu à faire face à une cinquantaine de carabiniers survoltés qui auraient frappé sur tout ce qui bouge, et sans distinction de toute manière . . . Pour eux, nous sommes tous des terroristes.

Notre constat est celui-ci, mais il convient de le nuancer en fonction de la politique des forces de l’ordre. Si elle est bien décidée à stopper "les casseurs", nous avons tout intérêt à jouer la légalité, au mieux la désobéissance civile non violente. Mais si, au contraire, ces mêmes robocops sont amenés à laisser agir des minorités d’activistes violents pour pouvoir se concentrer sur le gros des troupes pacifistes, il devient quasi instinctif de se défendre à l’aide de projectiles, défense qui passera obligatoirement par la destruction de quelque chose, vu que nous ne sommes pas armés.

La violence, en gros . . .

Dans le cadre d’un rapport de force avec un objectif, telle la prise d’une zone de sécurité, certains blacks bloks à Seattle jouaient la diversion, en coordination (parait-il) avec le mouvement de désobéissance civile. Leur tactique étaient de déforcer les cordons policiers en faisant du saccage bien loin de la zone rouge. Il y a peut-être eu une ébauche de cette tactique lors de l’assaut à Genova. Mais les carabiniers et policiers étaient bien assez nombreux pour faire face à ce genre d’événements. Les forces de l’ordre voulaient en priorité détruire le gros du mouvement, et non pas quelques centaines d’irréductibles qui, malgré eux, faisaient finalement le jeu de la politique sécuritaire savamment orchestrée par le ministre de l’intérieur et ses sbires. Une autre action de certains blacks bloks nord-américains a receuilli l’approbation du gros des troupes ; des petites unités très mobiles, partaient au secours des malheureux qui s’étaient fait isoler et arrêter. De source sûre, on raconte qu’il suffisait de crier à l’aide pour voir rappliquer un blok à votre secours ! Ce genre de violence n’est pas isolée du mouvement, comme voudrait le faire croire certains pacifistes. D’une part elle est offensive, car elle crée diversion - et aussi défensive, puis qu’elle cherche à rendre la liberté à des individus. La tactique de la diversion colle au mouvement, et en même temps, signer des actes violents loin des cortèges revient à dire qu’il s’agit d’actes assumés pleinement par une minorité qui a choisi de s’exprimer différemment, et qui le fait de manière isolée, ce qui devrait enlever toute tentation d’amalgame chez les forces de l’ordre.

Comme on l’a vu, les polices du monde entier ont pu étudier ces pratiques hautement déstabilisatrices pour le pouvoir, en l’occurence, de l’OMC, qui a manqué son sommet à Seattle, ou la Banque Mondiale à Barcelone, ce qui est la preuve que les contre-sommet, d’un côté comme de l’autre de l’atlantique, ont bien fonctionné. Une chose pareille ne pouvait plus se reproduire pour les 7 plus gros plus un russe. Une tactique vieille comme le monde dans ce cas-là, consiste à noyauter les radicaux, leur faire porter des actes de vandalismes purs et ainsi les couper du gros du mouvement.

Ne tombons pas dans ce piège.

La destruction de biens publics et privés est légitime lorsqu’il s’agit d’autodéfense (faire une barricade, lancer des projectiles sur une charge des forces de l’ordre, ou endommager leur matériel), c’est à dire lorsque les gardiens de la paix chargent une manifestation ou un rassemblement au départ pacifiste.

La destruction de symboles capitalistes (banques, Mac do) n’est pas notre problème, si les actes sont commis hors du parcours de la manifestation non-violente. D’une part, ils créent la diversion, d’autre part, ils sont pleinement assumés par les individus ayant choisi de s’exprimer par la violence.

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