intersiderale - διαστρική

Oser perdre

pôle d’attraction - résistance versus assistance

jeudi 15 janvier 1998, par natalinea

Ere de compulsion, je t’emmerde.

Prise au piège des incertitudes millénaires, je moisis dans ce trou à rats. Murée. Muette. Brisée.

J’ignore quand c’est précisément arrivé... J’aimais bien le vent sur ma peau et la lumière du matin. Sans blague, c’était au poil. La vie, quoi ! Du plaisir à tous les coins de rue. Des sensations. Une putain d’insouciance. Un amoureux à chaque doigt.

Le temps ? Un détail.

Le travail ? Un spectre lointain.

Etre et Avoir ? Des verbes auxiliaires.

Le futur ? No futur !

La jeunesse. Elle filtrait le réel. Le teintait de bleu. Masquait toutes les petites imperfections du monde. Toutes ses petites misères.

Comme disait la chanson « on se dit qu’à vingt ans on est les rois du monde, et qu’éternellement on verra dans nos yeux le ciel plus bleu »...

Plus bleu, mon oeil ! Et l’éternité, juste un mot !

J’ignore comment c’est arrivé, mais c’était brutal. Comme un réveil-matin.

Tout a changé. Enfin, c’est une formule. En réalité, le filtre s’est fait la malle. Avec toutes ses petites astuces, tous ses tours de passe-passe et tout le toutim !

Et j’ai vu. Les monopoles. Les enseignes lumineuses. Les trottoirs à piétons. Les sens interdits. Les embouteillages. Les prix terrifiants. Les chicons A cent-vingt francs le kilo. Le panier de la ménagère. Les files du Forem. Les matins gris. La Machine Administrative. Les No Man’s Land. Le pain et les jeux. La chute du Mur. La dégringolade planétaire. Les contrats de sécurité. Les narcodollars. La vie, quoi ! Tout un programme. Et un monde virtuel pour oublier ses petits soucis, tandis que Nintendo et consort se font des couilles en or... « Ne sous-estime jamais la puissance de Playstation »... Pour se foutre de notre gueule, ça, ils se foutent bien de notre gueule.

J’ai vu aussi des hommes et des femmes. Seuls. Chacun dans son petit costume. Traversant la vie et les nuages de dioxine. Montre en main.

La jeunesse avait son goût de révolte, certes, mais on vivait... La misère du monde, on la bravait par la vie. Avec une inconscience inconstante et A toute épreuve.

Je me rappelle cette curiosité pour l’autre, pour l’ailleurs, pour l’inconnu.

Un mouvement. Et moi à l’intérieur de ce mouvement. Autre chose que cette immobilité glaçante qui me cloue dans ce trou à rats.

Ca roulait... Je me revois déambulant les rues, traversant les avenues, brûlant les carrefours. Mes jambes me portaient. N’importe où. Partout. Les destinations se présentaient d’elles-même.

Après, tout fut différent. Ma nécessité d’infini se heurta à l’industrie lourde capitaliste qui veille au grain et nous laisse une seule option, un seul circuit. Une belle saloperie de circuit : la boucle bouclée de la production.

La multiplicité de l’individu passe A la moulinette de la pensée unique et les résidus réfractaires sont taxés de toxicos, schizzos ou cocos... A l’ère des clones, la différence continue d’Etre une peste qui alimente les taxonomies fascisantes du Belge ordinaire.

Un seul circuit. Le capital est partout. Industrieux. Infime. Incontournable. La vie, quoi !

Et puis... Le tout tout de suite... Les compulsions ordinaires. Les petites aliénations de Monsieur Tout le Monde. Les mordus de l’Apocalypse qui spéculent depuis cinquante ans sur l’an 2000.Les psychanalyses. Le Xanax. La Prozac Generation. Industrie lourde, je vous disais.

Dans ce circuit fermé, on te bourre d’illusions sur le « bout du tunnel » et autres conneries ambiantes, histoire d’occulter que la vie est une et qu’au bout de cette giga-chaîne de montage universelle, y’a la mort et rien d’autre.

Mais même dans les mécanismes les plus au point, les mieux huilés, il y a parfois des phénomènes qui échappent aux rouages de la Machine et brouillent les pistes.

Je ne pouvais pas entrer dans la moulinette. Tous les fragments de moi-mEme se sont hérissés d’un seul coup et ont saboté la Machine. Toutes mes contradictions. Mes paradoxes. Mes incertitudes. Mes certitudes, aussi.

Un état d’esprit. Un mutisme. Une résistance A la force centrifuge du circuit.

Non sans mal.

Car la vie suivait son cours et avec elle son lot de visions pourries. Mon cerveau accumulait des images-déchets et se transformait en poubelle planétaire. Jusqu’à saturation. Hallucinée, jusqu’à la Nausée. Dans une solitude glacée. Un cerveau-banquise et pas moyen de trouver l’antigel. Des pulsions de mort... Un vrai fiasco !

La drogue ou la vie, disait l’autre. La vie, j’en voulais plus... Pas cette vie-lA ! Il me fallait un carburant. Un peu de chaleur intérieure. Du fuel... Un passeport pour l’ailleurs. Un peu de plaisir, bordel !

Les résolutions et les principes ont flambé à même l’aluminium. La chaleur a giclé dans mon corps, d’un seul coup. C’était bon. Un grand dégel. Tous les « demain j’irai » se sont fait carboniser le plexus solaire dans la braise, l’incandescence et la torpeur. Les « je ferai » se sont caramélisés gentiment, en douceur, avant une volatilisation dense et subtile, et il ne restait plus qu’à fermer les yeux. Un cinémascope intégral qui intégrait la durée au plaisir. Une pellicule couleur en cut-up d’idées reçues. Les bouffées s’immiscaient entre les rainures de sol et chaque déplacement semblait un vol silencieux. Mes résolutions flambant à même le fuel répandu. A même les lendemains douteux. Les « que dire » en cendres froides sur les pelouses des élucubrations. Mes ébauches putrides et autres fragments A désagrégation incorporée au fin fond des égouts modernes. Une combinaison transitoire pour une quête insoluble.

Un grand dégel. Puis l’ennui. Le repli. La compulsion. Le pognon. L’assuétude. La dépression à même l’aluminium. Les toubibs. La méthadone pour décrocher de la came et le lithium pour raccrocher A la vie... Les cures. Les lois débiles. La conscience d’être baisée par la Machine, de toute façon et en toute impunité. Car la came est un mode de vie. D’une routine infernale. Un cloaque sur mesure. Un piège à rats... Une saloperie de virus inoculé par le capital. Qui te cloue le bec. Pieds et poings liés, je n’avais plus qu’à alimenter la Machine. A coups de narcodollars. Court-circuitée. Malgré moi, j’avais réintégré le circuit. Mon panier de la ménagère à moi, c’était la poudre, et ça me faisait pas rigoler... Le plaisir s’était tiré. Restait le besoin... Ma nécessité d’infini en prenait pour son grade.

Que pouvais-je faire ? Quelques réconciliations tentées avec l’ordre du monde, le monde de l’ordre, les mots d’ordre... Echaffauder des issues de secours... Jongler avec la mauvaise foi... La mienne et celle des autres. Et toujours cette foutue compulsion. En chaque chose. La came est un éternel recommencement. Une histoire sans fin. Une équation A inconnue. Un vrai fiasco !

Murée dans ce trou à rats, je n’avais plus douze mille solutions. L’impossible était grand et le ciel sens dessus-dessous. On ne pouvait que s’y perdre.

C’était la confusion... Il fallait oser l’impossible. Oser la confusion. Oser perdre. La face. La raison. Oser perdre. Un slogan d’avenir pour enrayer la Machine. Prendre la parole à tout prix. Témoigner. Le ciel sens dessus-dessous et la terre qui se dérobe... Ma nécessité d’infini devait sortir du mutisme. Résister A la Machine. Dynamiter le cloaque.
Oser la confusion. Quand rien n’est vrai, tout est permis. En désespoir de cause, il reste l’expression. Des mots pour le dire. Pour vous dire. Résister A la Machine. Un état d’esprit. Un état des lieux. Oser la confusion. Sous un ciel sens dessus-dessous. Oser me perdre. Court-circuiter l’industrie lourde. On vaut tout de mEme mieux qu’une plus-value. Garder les yeux ouverts et intacte la nécessité d’infini. Evacuer les visions-poubelles. Sous un ciel sens dessus-dessous. Confirmer l’impossible.

Ere de compulsion, je t’emmerde.

1 Message

  • renseignement 24 mai 2005 08:24, par bellazura

    bonjour je voudrais savoir qui a ecrit ou chanté la chanson "prozac generation" parce que vous citez une phrase (« on se dit qu’à vingt ans on est les rois du monde, et qu’éternellement on verra dans nos yeux le ciel plus bleu »... ) ds votre article (que jai aprecié par la meme occasion !) ! si vous pouvez me repondre ça serait super gentil parce que je n’arrive pas a trouver le chanteur ! merci d’avance

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