intersiderale - διαστρική

ezln vs euskadi

dimanche 8 décembre 2002, par savate

Il est intéressant de lire l’ensemble des lettres sur la question basque que Marcos a expédié le 7 décembre 2002, et non seulement la réponse médiatique au juge Garzon. Trouvé sur http://www.ainfos.ca/fr

ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE. MEXIQUE.

7 décembre 2002

A l’organisation politico-militaire basque Euskadi ta Askatasuna (ETA). Pays basque. Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique.

Mesdames et Messieurs,

Je vous écris au nom des enfants, des anciens, des femmes et des hommes de l’Armée zapatiste de libération nationale du Mexique. Comme vous le savez sans doute, il y a quelque temps, et dans une lettre lue en territoire espagnol, nous avons fait référence à la lutte du peuple basque pour sa souveraineté. Bien que le texte fît clairement référence à la lutte politique basque et non à la lutte militaire, les paroles furent intentionnellement ambiguës en ce qui concerne l’action de votre organisation ETA. L’objectif de l’ambiguïté était de provoquer, ce qui a réussi. Nous n’ignorons pas que nous avons mis en danger le capital moral que, nous zapatistes, avons conquis dans le monde entier, en particulier dans la péninsule ibérique, mais c’était nécessaire... alors. Vous et nous savons bien que l’EZLN n’a réalisé et ne réalisera aucune action militaire contre les civils. Vous savez aussi que nous condamnons ce type d’attaques, qui font un grand nombre de victimes chez des personnes qui ne savent même pas de quoi il s’agit. Ce n’est pas rien le nombre de victimes civiles que vous avez provoquées par vos actions. Parmi elles, il y avait des personnes qui sympathisaient avec notre cause et qui, comme le reste des victimes civiles, sont mortes dans l’angoisse de ne pas savoir pourquoi. Nous considérons la lutte du peuple basque pour sa souveraineté comme juste et légitime, mais cette noble cause, ni aucune autre, ne justifie que l’on sacrifie la vie de civils. Non seulement cela ne produit aucun bénéfice politique et, même si cela arrivait, le coût humain n’a pas de prix. Nous condamnons les actions militaires qui touchent les civils. Et nous les condamnons de la même manière, qu’elles proviennent d’ETA ou du gouvernement espagnol, d’Al-Qaida ou de George W. Bush, d’Israéliens ou de Palestiniens, ou de quiconque, sous des noms différents ou des sigles différents, alléguant ou non des raisons d’Etat, idéologiques ou religieuses, prenne ses victimes parmi les enfants, les femmes, les anciens et les hommes qui n’ont rien à voir avec le sujet. Je sais aussi que, dans le compte des morts et blessés que réalise le gouvernement espagnol, ne figurent pas les milliers de Basques qui ont été exécutés, torturés et les disparus entre les mains des forces de l’Etat. Cependant, je ne vous écris pas pour comparer le nombre des morts. En cela, nous surpassons les uns et les autres, vu que ce sont des millions d’indigènes mexicains qui sont tombés depuis la conquête espagnole. Personne ne peut concurrencer nos morts. Non, ce n’est pas pour parler de ce qui s’est passé avant que je m’adresse à vous. Il y a deux jours, le juge Fernando Baltasar Garzon Real m’a défié à un débat. Je lui ai répondu par l’affirmative et j’ai posé comme condition, entre autres, que se réalise une rencontre entre toutes les forces politiques, sociales et culturelles impliquées ou intéressées par la problématique du Pays basque, pour qu’elles parlent et s’écoutent au sujet des chemins basques. De même, au nom de mes camarades, je vous demande de décréter une trêve unilatérale pour une période de 177 jours, qui commencerait au matin du 24 décembre 2002. Je vous demande de ne réaliser aucune opération militaire offensive durant cette période et de contribuer ainsi à créer un climat propice à cette rencontre, c’est-à-dire pour donner une opportunité à la parole. Il serait bon qu’Euskadi ta Askatasuna envoie plusieurs délégués parler et écouter, pas à négocier ou à faire un pacte, pour la rencontre "Le Pays basque : des chemins". Je sais qu’ils courraient des risques, mais s’ils sont disposés à mourir ou à être faits prisonniers dans les actions militaires qu’ils réalisent, je ne vois pas pourquoi ils ne seraient pas disposés à souffrir la même chose dans une action politique.

C’est ce que je vous demande, pas de vous rendre ni d’abandonner vos armes ou vos convictions. Je vous demande simplement de donner une opportunité à la parole et honorer ainsi le grand risque que les zapatistes ont pris et devront prendre. En cas de refus, je me propose personnellement comme victime propiciatoire de votre prochaine attaque. Vous pourrez me traiter de "collaborateur" de l’Etat espagnol (ce qui sera paradoxal, puisque les autorités espagnoles m’accusent d’apologie du terrorisme). L’argument sera le minimum. Il n’y aura pas de reproches ni de représailles de notre part, mais au moins je saurai pourquoi je meurs. J’attends votre réponse.

Bon. Salut et une chance à la parole. Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. Sous-commandant insurgé Marcos. Mexique, décembre 2002.

ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE. MEXIQUE.

7 décembre 2002

A toutes les forces politiques, sociales, culturelles et religieuses du Pays basque, quelle que soit leur idéologie. Du sous-commandant insurgé Marcos

Dames, gentilshommes et enfants,

Je vous écris au nom de l’Armée zapatiste de libération nationale pour vous inviter à vous unir et à faire vôtre la mobilisation "Une chance pour la parole" qui prétend obtenir d’ETA et du gouvernement espagnol un climat propice à la réalisation de la rencontre "Le Pays basque : des chemins". Cette rencontre doit se tenir sur l’île de Lanzarote, îles Canaries, du 3 au 7 avril 2003 et n’a pas d’autre motif que d’essayer de changer la logique de guerre qui assaille le monde.

Nous vous invitons aussi à vous approprier cette rencontre, à l’organiser et à y participer, au moment et sous la forme que vous trouverez les plus adéquats. Au départ, la rencontre est une des conditions que nous avons fixées pour la réalisation du débat auquel nous a défié le juge Baltasar Garzon, mais, s’il ne se réalise pas ou si quelque malheur ou contretemps empêche la célébration de la joute, nous vous demandons respectueusement de réaliser cette rencontre, comme vous le voulez, en lieu et date qui vous convienne. Je ne vais pas répéter ce qu’il y a dans les lettres que j’ai annexées.

Nous sommes sûrs que cette initiative, si elle réussit, se transformera en une lueur d’espérance pour tous les peuples de la Terre.

Je vous réitère nos salutations, notre respect et notre admiration.

Bon. Salut, est-ce que ça ne vaut pas la peine de donner une chance à la parole ? Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. Sous-commandant insurgé Marcos. Mexique, décembre 2002

ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE. MEXIQUE

7 décembre 2002

A la société civile espagnole et basque. Péninsule ibérique, planète Terre.

Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique

Dames, gentilshommes et enfants,

Je vous écris au nom des anciens, des femmes, des enfants et des hommes de l’Armée zapatiste de libération nationale, du Mexique, pour vous saluer. Il y a quelque temps, une de nos lettres, lue à l’Aguascalientes madrilène, a déclenché une polémique et une condamnation contre nous, parce que la lettre était ambiguë par rapport aux actions armées de l’organisation basque ETA. Même si, au début de la lettre, on avertissait que "rien n’est accidentel chez les zapatistes" et que nous faisions clairement référence à la lutte politique, et non armée, du peuple basque, le manque de condamnation explicite du terrorisme a été interprété comme un appui de l’EZLN à ETA et à ses actions. Je dois vous dire que l’ambiguïté était intentionnelle, comme le ton du reste de la lettre. Nous cherchons à provoquer le tempérament hispanique d’un homme et ainsi entreprendre une initiative qui, pour notre part, représente peut-être la dernière opportunité d’aboutir à une solution pacifique digne de nos revendications qui sont, comme tout le monde le sait, la reconnaissance des droits et de la culture indigènes.

Vous savez bien que nous ne pratiquons pas le terrorisme et qu’en plusieurs occasions, dans des déclarations écrites et orales, nous avons condamné la terreur, d’où qu’elle vienne. Et si cette fois nous ne l’avons pas explicitement fait, c’est pour des raisons que l’on commence à voir clairement. Pour les familles des victimes d’ETA et de l’Etat espagnol, parmi lesquelles se trouvent nombre de partisans de notre cause, nous nous excusons si par cette ambiguïté nous manquons de respect à leur douleur. Nous voulons de tout cœur qu’ils nous comprennent et qu’un jour ils nous pardonnent ce que nous avons provoqué. Nous regrettons aussi que cette souffrance ait été manipulée par le gouvernement espagnol pour détourner et cacher son inefficacité criminelle dans la catastrophe écologique qui s’abat sur le peuple galicien qui a démontré que l’on peut s’organiser et résoudre ses problèmes pendant que les gouvernants se promènent dans les pages sociales des journaux madrilènes. Comme vous le savez, le juge Fernando Baltasar Garzon Real m’a provoqué à un débat public sur divers thèmes. Nous avons décidé d’accepter le débat et de mettre comme condition que l’on réalise une rencontre entre les intéressés et concernés par la problématique basque, pour parler et écouter, sans bombes, balles et ordres de détention. Le thème de la rencontre est "Le Pays basque : des chemins". Pour la réalisation de cette rencontre, je me suis déjà adressé, par lettre, à l’organisation basque ETA pour lui demander de déclarer une trêve unilatérale de 177 jours (commençant le 24 décembre de cette année) et ainsi de rendre propice un climat adéquat pour la réalisation de cette rencontre.

Nous pensons que quelque chose doit se faire pour changer la logique criminelle qui s’impose actuellement dans le monde. Que la terreur se combatte par la terreur mais sans pouvoir la vaincre. Que les arguments légaux servent à justifier les tortures, les disparitions, les assassinats mais n’en finissent pas avec ceux qui, avec des arguments idéologiques ou religieux, justifient la mort des autres. Le monde d’aujourd’hui nous présente une solution finale qui, comme toutes les solutions finales, est un piège. On nous oblige à choisir entre une terreur et une autre et critiquer l’un veut dire appuyer l’autre. Dans ce cas, on nous oblige à choisir entre le terrorisme d’ETA et le terrorisme de l’Etat espagnol, et si nous nous démarquons de l’un, nous sommes complices de l’autre. Vous et nous savons que l’alternative n’est pas une chose ou l’autre, sinon celle que l’on construit comme une nouvelle voie, comme un nouveau monde. Il serait joliment juste et instructif que, au milieu d’un monde polarisé ou la mort et la destruction ne varient qu’au niveau des arguments et de la déraison (ou condamner les actions punitives de Bush équivaut à soutenir la folie fondamentaliste de Bin Laden), ce soit dans la péninsule ibérique que l’on ouvre un espace pour donner une chanceé à la parole. Il serait merveilleux que ce soit la dignité ibérique qui dise au monde entier que c’est possible, et nécessaire, de donner une chance à la parole. A cause de tout cela, nous vous invitons à vous mobiliser sur tout le sol hispanique pour demander, au gouvernement espagnol et à ETA, cela : une chance à la parole.

Bon. Salut. Et si ce n’est pas maintenant, quand alors ? Il faut donner une chance à la parole. Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. Sous-commandant insurgé Marcos. Mexique, décembre 2002

ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE. MEXIQUE.

7 décembre 2002

Aux organisations politiques, sociales et culturelles basques de gauche (abertzales). Pays basque.

Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique.

Frères et sœurs,

Je vous écris au nom des enfants, des anciens, des femmes et des hommes de l’Armée zapatiste de libération nationale du Mexique et je vous salue avec respect et admiration.

Je crois ne pas me tromper en supposant que vous connaissez bien la polémique qui s’est développée à partir de la lettre zapatiste lue à l’Aguascalientes madrilène à la fin du mois de novembre de cette année. Comme vous verrez dans la lettre que je joins, j’ai accepté le défi à débattre que m’a lancé le juge Baltasar Garzon. Puisque je suis le défié, c’est à moi de fixer les conditions, et j’ai répondu que l’une d’elles est que, de manière parallèle au débat, se réalise une rencontre entre les forces politiques et culturelles impliquées dans la problématique du Pays basque et qui y sont disposées. J’ai également écrit à ETA en lui demandant de déclarer une trêve unilatérale de 177 jours à partir du 24 décembre de cette année, afin de créer les conditions propices pour la réalisation de cette rencontre. Bien, c’est une courte synthèse. Vous pourrez en savoir plus avec les lettres mentionnées. Mais je m’adresse spécialement à vous pour plusieurs raisons. En plus de vous inviter à participer à la rencontre, je vous écris pour vous demander de vous joindre à la demande que je fais à ETA, parce que vous avez l’autorité morale et le prestige qui me manque pour cela. Je vous demande aussi, avec inclusion et tolérance, de réunir les plus grandes forces possibles pour que cette rencontre puisse avoir lieu. Je vous le demande parce que, historiquement, la gauche a toujours démontré être meilleure organisatrice que la droite. Les thèmes, les rythmes et les autres conditions de la rencontre doivent être le fruit de la décision de toutes les forces qui veulent donner une chance à la parole.

Je sais bien que, à la différence de la gauche parlementaire mexicaine, vous avez, vous, un projet politique alternatif, pas seulement pour la lutte pour la souveraineté basque, mais aussi pour la construction d’un système plus juste, plus démocratique et plus libre, c’est-à-dire plus humain. Pour cela je m’adresse à vous, à votre expérience, à votre décision de lutte, à votre héroïsme et à l’autorité morale qui, cela ne fait aucun doute, se sont construits à l’intérieur du noble peuple basque. Qu’il y ait des voies encore inexplorées pour conquérir la souveraineté basque ne fait aucun doute. Et cela ne fait aucun doute que ces voies sont aujourd’hui fermées par la terreur qui souffle d’un côté ou de l’autre. Pour cela, je vous demande de parler et d’écouter. Pas de renoncer à vos convictions et à vos projets mais de les faire connaître dans un espace pour lequel vous devez lutter, cela oui, aux côtés de tous les hommes et femmes honnêtes.

Je vous demande de lutter pour rendre possible cet espace, personne n’a rien à perdre (sauf nous, les zapatistes, mais c’est notre spécialité) et beaucoup à gagner.

Je vous demande de consacrer vos plus grands efforts à donner une chance à la parole. Autre chose (je sais que je demande beaucoup, mais vous êtes nobles), je vous demande, même si tout va à l’envers et que rien n’aboutit comme nous l’aurions voulu, de la manière dont vous le désirez, d’ouvrir cet espace et de convoquer tous ceux qui le veulent à parler et à entendre ce que tous et toutes ont à dire et à entendre.

Bon. Salut, je sais que cela ressemble à une consigne de mobilisation de rue, mais il faut donner une chance à la parole. Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. Sous-commandant insurgé Marcos. Mexique, décembre 2002.

Auteur : anonymous ( poulos )

P.-S.

trouvé sur nice.imc

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auteur ; (anonymous) poulos

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