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François Claudius Koeningstein dit Ravachol (1859-1892)

d√©claration (interdite) de ravachol √ son proc√®s

samedi 1er novembre 2003, par savate, stalinopAnk

Au terme d’une jeunesse tr√®s difficile, abandonn√© par son p√®re, apr√®s avoir exerc√© divers petits m√©tiers, Ravachol devient anarchiste. Convaincu de la n√©cessit√© de la "reprise individuelle" pr√©conis√©e par certains th√©oriciens comme S√©bastien Faure et √‰lis√©e Reclus, il se lance dans la contrebande, fabrique de la fausse monnaie, se fait profanateur de s√©pultures et en vient √ l’assassinat.
Mais la reprise individuelle ne lui para√ģt pas suffire √ √©branler radicalement une soci√©t√© qu’il estime corrompue ; il s’adonne donc √ "la propagande par le fait".
Dans les journaux anarchistes, on peut lire des recettes d√©taill√©es permettant de fabriquer des explosifs. Ravachol va les appliquer. Le 11 Mars 1892, il fait sauter l’immeuble d’un juge qui vient de condamner des anarchistes.
Le 27, la maison d’un substitut est d√©vast√©e par une autre marmite infernale.
Ravachol sera arr√™t√© peu apr√®s sur la d√©nonciation d’un gar√ßon de caf√© qu’il avait essay√© de convertir aux th√©ories libertaires.
Au cours de son proc√®s, Ravachol livra sa conception de l’anarchie, caricatur√©e, selon lui, en doctrine de haine et de violence alors qu’elle pr√īnerait la paix et la fraternit√©.
Condamn√© √ mort, il monta √ l’√©chafaud en chantant :
"Si tu veux être heureux
Nom de Dieu
Pends ton propriétaire
Coupe les curés en deux"

¬« Si je prends la parole, ce n’est pas pour me d√©fendre des actes dont on m’accuse, car seule la soci√©t√©, qui par son organisation met les hommes en lutte continuelle les uns contre les autres, est responsable. En effet, ne voit-on pas aujourd’hui dans toutes les classes et dans toutes les fonctions des personnes qui d√©sirent, je ne dirai pas la mort, parce que cela sonne mal √ l’oreille, mais le malheur de leurs semblables, si cela peut leur procurer des avantages. Exemple : un patron ne fait-il pas des vŇ“ux pour voir un concurrent dispara√ģtre ; tous les commer√ßants en g√©n√©ral ne voudraient-ils pas, et cela r√©ciproquement, √™tre seuls √ jouir des avantages que peut rapporter ce genre d’occupations ? L’ouvrier sans emploi ne souhaite-t-il pas, pour obtenir du travail, que pour un motif quelconque celui qui est occup√© soit rejet√© de l’atelier ? Eh bien, dans une soci√©t√© o√Ļ de pareils faits se produisent on n’a pas √ √™tre surpris des actes dans le genre de ceux qu’on me reproche, qui ne sont que la cons√©quence logique de la lutte pour l’existence que se font les hommes qui, pour vivre, sont oblig√©s d’employer toute esp√®ce de moyen. Et, puisque chacun est pour soi, celui qui est dans la n√©cessit√© n’en est-il pas r√©duit a penser : "Eh bien, puisqu’il en est ainsi, je n’ai pas √ h√©siter, lorsque j’ai faim, √ employer les moyens qui sont √ ma disposition, au risque de faire des victimes ! Les patrons, lorsqu’ils renvoient des ouvriers, s’inqui√®tent-ils s’ils vont mourir de faim ? Tous ceux qui ont du superflu s’occupent-ils s’il y a des gens qui manquent des choses n√©cessaires ?"

Il y en a bien quelques-uns qui donnent des secours, mais ils sont impuissants √ soulager tous ceux qui sont dans la n√©cessit√© et qui mourront pr√©matur√©ment par suite des privations de toutes sortes, ou volontairement par les suicides de tous genres pour mettre fin √ une existence mis√©rable et ne pas avoir √ supporter les rigueurs de la faim, les hontes et les humiliations sans nombre, et sans espoir de les voir finir. Ainsi ils ont la famille Hayem et le femme Souhain qui a donn√© la mort √ ses enfants pour ne pas les voir plus longtemps souffrir, et toutes les femmes qui, dans la crainte de ne pas pouvoir nourrir un enfant, n’h√©sitent pas √ compromettre leur sant√© et leur vie en d√©truisant dans leur sein le fruit de leurs amours. Et toutes ces choses se passent au milieu de l’abondance de toutes esp√®ces de produits ! On comprendrait que cela ait lieu dans un pays o√Ļ les produits sont rares, o√Ļ il y a la famine. Mais en France, o√Ļ r√®gne l’abondance, o√Ļ les boucheries sont bond√©es de viande, les boulangeries de pain, o√Ļ les v√™tements, la chaussure sont entass√©s dans les magasins, o√Ļ il y a des logements inoccup√©s !

Comment admettre que tout est bien dans la soci√©t√©, quand le contraire se voit d’une fa√ßon aussi claire ? Il y a bien des gens qui plaindront toutes ces victimes, mais qui vous diront qu’ils n’y peuvent rien. Que chacun se d√©brouille comme il peut ! Que peut-il faire celui qui manque du n√©cessaire en travaillant, s’il vient a ch√īmer ? Il n’a qu’√ se laisser mourir de faim. Alors on jettera quelques paroles de piti√© sur son cadavre. C’est ce que j’ai voulu laisser √ d’autres. J’ai pr√©f√©r√© me faire contrebandier, faux monnayeur, voleur, meurtrier et assassin. J’aurais pu mendier : c’est d√©gradant et l√Ęche et c’est m√™me puni par vos lois qui font un d√©lit de la mis√®re. Si tous les n√©cessiteux, au lieu d’attendre, prenaient o√Ļ il y a et par n’importe quel moyen, les satisfaits comprendraient peut-√™tre plus vite qu’il y a danger √ vouloir consacrer l’√©tat social actuel, o√Ļ l’inqui√©tude est permanente et la vie menac√©e √ chaque instant.

On finira sans doute plus vite par comprendre que les anarchistes ont raison lorsqu’ils disent que pour avoir la tranquillit√© morale et physique, il faut d√©truire les causes qui engendrent les crimes et les criminels : ce n’est pas en supprimant celui qui, plut√īt que de mourir d’une mort lente par suite des privations qu’il a eues et aurait √ supporter, sans espoir de les voir finir, pr√©f√®re, s’il a un peu d’√©nergie, prendre violemment ce qui peut lui assurer le bien-√™tre, m√™me au risque de sa mort qui ne peut √™tre qu’un terme √ ses souffrances.

Voil√ pourquoi j’ai commis les actes que l’on me reproche et qui ne sont que la cons√©quence logique de l’√©tat barbare d’une soci√©t√© qui ne fait qu’augmenter le nombre de ses victimes par la rigueur de ses lois qui s√©vissent contre les effets sans jamais toucher aux causes ; on dit qu’il faut √™tre cruel pour donner la mort √ son semblable, mais ceux qui parlent ainsi ne voient pas qu’on ne s’y r√©sout que pour l’√©viter soi-m√™me. De m√™me, vous, messieurs les jur√©s, qui, sans doute, allez me condamner √ la peine de mort, parce que vous croirez que c’est une n√©cessit√© et que ma disparition sera une satisfaction pour vous qui avez horreur de voir couler le sang humain, mais qui, lorsque vous croirez qu’il sera utile de le verser pour assurer la s√©curit√© de votre existence, n’h√©siterez pas plus que moi √ le faire, avec cette diff√©rence que vous le ferez sans courir aucun danger, tandis que, au contraire, moi j’agissais aux risque et p√©ril de ma libert√© et de ma vie.

Eh bien, messieurs, il n’y a plus de criminels √ juger, mais les causes du crime a d√©truire. En cr√©ant les articles du Code, les l√©gislateurs ont oubli√© qu’ils n’attaquaient pas les causes mais simplement les effets, et qu’alors ils ne d√©truisaient aucunement le crime ; en v√©rit√©, les causes existant, toujours les effets en d√©couleront. Toujours il y aura des criminels, car aujourd’hui vous en d√©truisez un, demain il y en aura dix qui na√ģtront. Que faut-il alors ? D√©truire la mis√®re, ce germe de crime, en assurant √ chacun la satisfaction de tous les besoins ! Et combien cela est facile √ r√©aliser ! Il suffirait d’√©tablir la soci√©t√© sur de nouvelles bases o√Ļ tout serait en commun, et o√Ļ chacun, produisant selon ses aptitudes et ses forces, pourrait consommer selon ses besoins. Alors on ne verra plus des gens comme l’ermite de Notre-Dame-de-Gr√Ęce et autres mendier un m√©tal dont ils deviennent les esclaves et les victimes ! On ne verra plus les femmes c√©der leurs app√Ęts, comme une vulgaire marchandise, en √©change de ce m√™me m√©tal qui nous emp√™che bien souvent de reconna√ģtre si l’affection est vraiment sinc√®re. On ne verra plus des hommes comme Pranzini, Prado, Berland, Anastay et autres qui, toujours pour avoir de ce m√©tal, en arrivent √ donner la mort ! Cela d√©montre clairement que la cause de tous les crimes est toujours la m√™me et qu’il faut vraiment √™tre insens√© pour ne pas la voir.

Oui, je le r√©p√®te : c’est la soci√©t√© qui fait les criminels, et vous jur√©s, au lieu de les frapper, vous devriez employer votre intelligence et vos forces √ transformer la soci√©t√©. Du coup, vous supprimeriez tous les crimes ; et votre Ň“uvre, en s’attaquant aux causes, serait plus grande et plus f√©conde que n’est votre justice qui s’amoindrit √ punir les effets.

Je ne suis qu’un ouvrier sans instruction ; mais parce que j’ai v√©cu l’existence des mis√©reux, je sens mieux qu’un riche bourgeois l’iniquit√© de vos lois r√©pressives. O√Ļ prenez-vous le droit de tuer ou d’enfermer un homme qui, mis sur terre avec la n√©cessit√© de vivre, s’est vu dans la n√©cessit√© de prendre ce dont il manquait pour se nourrir ?

J’ai travaill√© pour vivre et faire vivre les miens ; tant que ni moi ni les miens n’avons pas trop souffert, je suis rest√© ce que vous appelez honn√™te. Puis le travail a manqu√©, et avec le ch√īmage est venue la faim. C’est alors que cette grande loi de la nature, cette voix imp√©rieuse qui n’admet pas de r√©plique, l’instinct de la conservation, me poussa √ commettre certains des crimes et d√©lits que vous me reprochez et dont je reconnais √™tre l’auteur.

Jugez-moi, messieurs les jur√©s, mais si vous m’avez compris, en me jugeant jugez tous les malheureux dont la mis√®re, alli√©e √ la fiert√© naturelle, a fait des criminels, et dont la richesse, dont l’aisance m√™me aurait fait des honn√™tes gens ! Une soci√©t√© intelligente en aurait fait des gens comme tout le monde ! ¬ »

Ravachol

P.-S.

 ::Quelques textes ::

mes principes html rtf

english

My Principles, 1892
A Narrative, 1892
Ravachol’s Forbidden Speech, 1892

8 Messages de forum

  • En lisant ces ligne il est un ph√©nom√®ne souvent √©clips√© . Notre monde a-t-il chang√©, ou en sommes nous comme au temps de Ravachol ?

    Les femmes sont encore des esclaves sexuels et le bois de Vincennes est rempli de ces êtres en souffrance.

    La situation même semble pire et ce 16 ans après la mort du communisme, la chasse au terrorisme fait fondre comme neige au soleil les libertés individuelles.

    A quoi cela √ t‚€™il servis de gagner la guerre froide ?

    Les écarts nord sud sont amplifiés .

    L‚€™Afrique sub-saharienne cr√®ve de soif et de faim l‚€™argentine, et le c√īne sud assis sur un tas de viande ne peut en manger.

    Aucun des √©conomistes n‚€™avait vu un baril de p√©trole √ 70$ ?

    Il y aura h√©las d‚€™autres Ravachol et pas des intelos comme lui. Mais des dingues qui utiliseront un jour, pas de la dynamite mais un truc bien plus grave.

    Et tout cela parce que ceux qui ont d√©j√ bien plus que ce qu‚€™il faut pour vivre pendant mille ans n‚€™en ont jamais assez !

    ¬ę Ce monde a commenc√© sans l‚€™homme il finira sans lui ¬ Ľ Levy-Strauss

    les insectes et autres bestioles pourrons puiser dans nos archives pour essayer de ne pas faire les mêmes conneries que nous .

    jofraud@aol.com

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  • Il aura fallu qu’un type utilise le pseudo "Ravachol"sur un forum d’ORANGE(le fournisseur) pour que je me renseigne un peu plus √ 57 ans sur ce bonhomme. Malgr√© ma petite culture politique,je ne pense pas que ce texte, tr√©s interessant et auquel on a envie d’adherer apr√®s sa lecture,puisse nous apporter la r√©ponse √ la question que nous nous posons tous. Quelle soci√©t√© pour nos enfants ? Il y a un revers √ chaque pi√®ce de monnaie mais une seule loi : Celle de la Nature. Quand une esp√®ce a du mal √ s’adapter aux changements de son milieu,elle est condamn√©e. Quelle difference entre 1892 et 2009 ,sur le plan social et des id√©es ? R√©gression ? Progr√®s ? Rien n’a chang√© ? Quand le fruit est m√ Ľr ,il tombe,donc attendons ce moment."Une bonne guerre" disait ma Grand M√®re....

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  • d√©claration (interdite) de ravachol √ son proc√®s 6 septembre 2011 18:21, par solarkaos

    Je trouve affligeant l’immobilisme dont fait preuve le peuple fran√ßais. d’un autre c√īt√©, quand on voit que nos anc√™tres gaulois ont √©t√© les plus grands r√©sistants √ l’empire Romain jusqu’√ ce que... ...ils d√©couvrent le confort qu’ils apportaient avec eux, et ne deviennent plus romains que les romains eux m√™me !!! On fait des r√©volutions et ce sont les bourgeois qui s’en emparent, on voit des politicards "s’entretuer" devant les cam√©ras et on retrouve les m√™me bras dessus/dessous autour d’une table chic au fouquet’s... qu’elle cr√©dibilit√© √ tout √ßa ? Le fran√ßais aime beaucoup blablater, d√©nigrer ; la majorit√©, que nous l’acceptions ou pas, est conservatrice et l’inertie dont nous faisons preuve est affligeante. Nous voudrions que tout change autour de nous sans avoir besoin de d√©coller nos cul du canap√©, lobotomie t√©l√©visuelle et autres torpeurs intentionelles font de nous des vers de terre. Nous manquons de Ravachols et rappelons nous qu’il n’y avait pas beaucoup de jean moulin non plus il n’y a pas si longtemps que √ßa. Je suis certain que pour prot√©ger leurs enfants des m√©chants anarchistes (j’oubliais que la soci√©t√© capitaliste leurs offre un avenir tellement plus radieux !!) le premier connard venu se transformera instantan√©ment en "agent smith" (cf matrix) bon r√©gulateur de "L’HARMONIE" sociale. Pas de vague, j’ai un cr√©dit √ rembourser... Oui mais s’il n’y a plus de syst√®me banquaire ?? Lib√©r√©es les masses ! all√©, un peu d’√©nergie, de volont√© Au travail il y a le droit de retrait quand le travail demand√© peut entra√ģner un risque √©vident. Et bien face aux dangers dus √ ce syst√®me que nous supportons depuis trop longtemps, un autre droit s’applique : celui de la d√©sob√©issance civile.

    Je ne reconnais pas le pouvoir de l’√©tat √ g√©rer ma vie tel que cela lui chante.

    J’invoque le droit √ disposer de ma vie pour moi-m√™me, sans engager le respect dont j’ai le devoir envers chacun des √™tres qui m’entourent.

    Je m’engage √ participer √ la vie de la communaut√© en mettant une partie de mon temps √ son profit, de mon plein gr√© et en fonction de mes aspirations et/ou comp√©tences, et ce localement.

    J’invoque le devoir de partage des denr√©es primaires tel que chacun puisse manger √ sa faim, se laver, s’habiller

    J’invoque le droit au logement et j’irai m√™me plus loin, le devoir d’investir les b√Ętiments qui dorment afin de se prot√©ger soi et les siens des intemp√©ries et du froid. On sait depuis longtemps qu’il y a assez de logements en france pour que personne ne soit dehors, et faire en sorte que les familles nombreuses ne se montent pas dessus comme des cafards.

    J’invoque le droit √ une d√©tention plus humaine, la privation de libert√© est une choses, la privation des droits civiques en est une autre. De meilleures conditions de d√©tentions et un acc√®s g√©n√©ralis√© √ la formation qualifiante, √ l’art et √ la culture, l’√©galit√© mat√©rielle entre les d√©tenus.

    J’invoque le devoir de respect envers l’humanit√©, et dans ce cas particulier, aux malades mentaux, dont les th√©rapies qu’ils subissent, entre camisole physique et chimique, est une barbarie aux yeux de la d√©claration des droits de l’homme. Les th√©rapies cognitives par exemple y opposent d’excellents r√©sultats, ceci alli√© √ des conditions d’internement d√©centes me semble √™tre une alternative vitale aux conditions actuelles. .....

    Une guerre ? sur playstation ??? Non, une √©volution non violente... et consciente !

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