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La station Quilombo se pose et ouvre ses bagages.

mercredi 7 avril 2004, par intersiderale

Sorcières, rebelles, activistes, rêveur/ses, guerilleros des villes, chomeurs fraudeurs, stratèges de salon, handicapés, écrivains, cyborgs, camarades, soeurs folles,...

Montez, installez-vous, prenez vos aises ; il y a des coins, de l’ombre, assez de lumière, du temps pour tous . N’ ayez pas peur. Vous prendrez bien quelque chose à boire...

Nous avons besoin de vous, il faut qu’on s’explique. Déjà qu’on ne parle pas la même langue. C’est vrai, on sait pas grand chose de nous. Ni de vous d’ailleurs. On peut dire que nos origines sont erratiques. Ca vous va comme ça ! On est là depuis toujours . On s’est sûrement déjà vu. On est -mais comment vous dire ça dans votre langue- peut-être flottant ou fugitif. De nous , nous ne savons que ce que nous fuyons : la monoculture commerciale, la standardisation des affects et des désirs, le « business as usual », l’état permanent de guerre globale. De nous, nous ne savons que ce que nous cultivons : l’autonomie, l’autogestion, l’autoformation, l’autodéfense de nos corps et l’autodérision. De nous, nous ne savons que ce que nous désirons : la liberté de circulation de nos corps et de nos émotions, la liberté dans l’accès aux espaces, aux informations et aux moyens de communication, la liberté dans la création de nos désirs et de nos envies.

Non, non, attendez, restez. C’est quoi que vous voulez boire au juste... un coca, c’est- ça ?. Nous comprenons, c’est parfois un peu impressionnant tout ces tics ; ces petites bestioles n’ont pas toujours une tête très sympathique. Vous avez remarquer, dans nos bagages, il y a des recepteurs de murmures, de cris, de colère et de rires, des recepteurs d’ombres et de lumières, de sourires et de grimaces, option nightshot. C’est rigolo, non ? Pas toujours, c’est vrai, l’amnésie ça nous ronge. Ces petites machines à errata, c’est vital pour nous. C’est ce qui permet à nos circuits de ce régénérer et à la station de pouvoir repartir, trouver un autre chemin. On vous promet, on vous laissera une copie. Vous l’arroserez et lui donnerez tout ce que vous avez de bon à manger. On ferra de même et quand on se reverra, on aura déjà quelque chose à se raconter, des souvenirs, une mémoire commune. Vous êtes d’accord ? alors, commençons par le nom de notre station : Quilombo, nous viendrait de notre passage dans les communautés d’esclaves du 17e siécle brésilien. De cette histoire, nous avons quelque trace , du reste, il nous manque la mémoire. A nous de multiplier les errata

Les quilombos sont des refuges d’esclaves en fuite, constitués en communautés rurales au Brésil. Ils fuyaient ainsi les plantations de sucre et la société esclavagiste du XVIIe siècle. Lieux de résistance aux structures de l’oppression coloniale, autonomes et inexpugnables, noirs, métis, indiens et blancs (juifs et musulmans qui refusaient de se convertir au catholicisme) s’y organisent jusqu’à fonder la république libre de Palmarès, qui résistera durant plus d’un siècle aux portuguais.La république de Palmarès sera la seule à cultiver en pluriculture dans un environnement de monocultures de sucre. Elle organisera des guerillas de libération d’esclaves, qui survivaient rarement plus de cinq ans sur les terres brésiliennes. Chacun ne devenait libre que lorsqu’il avait lui-même libéré un autre esclave.

La traite des esclaves va dessiner le paysage mondial avant la révolution industrielle et en permettre son avénement, en créant les guerres internes en Afrique pour constituer un lot d’esclaves, en développant la marine anglaise et ses ports industriels et en instituant des économies dépendantes dans les pays nouvellement colonisés, fournisseurs de sucre.

A l’heure de la conquête spatiale, de nouveaux territoires s’offrent aux puissance impériales sans qu’aucune proposition antagoniste ne vienne s’interposer. Allons-nous encore une fois les laisser ravager ces espaces et y imposer leurs modèles ? Non ! Solidarité avec les revendications martiennes ! Nous devons construire ensemble le quilombo de l’hyper-espace.

C’est pourquoi nous vous proposons XX jours d’expérimentation de la station Quilombo (dates : fin juin, début septembre ? durée), espace libéré afin de partager nos savoirs théorico-pratiques, nos savoirs-faire, nos expériences de résistance, et laboratoire ouvert de décolonisation de notre imaginaire.

Pour qui ?

La station Quilombo accueille des groupes d’action, des organisations et des initiatives culturelles de toute la Belgique, qui ont en commun qu’ils imaginent d’autres mondes et construisent de nouvelles réalités au travers de réseaux de solidarité, de projets alternatifs, d’actions, de rencontres et de discussions, de publications, de pratiques artistiques, etc.

A ceux qui errent dans le no man’s land de la frontière linguistique, à ceux qui travaillent les parcours hybrides plutôt que les identités bien définies , cette rencontre de groupes francophones et néerlandophones devrait nous permettre d’échanger nos points de vue, nos visions de la réalité, nos dynamiques propres, trop longtemps restées à l’écart les unes des autres alors que nos luttes font face à une réalité politique semblable dénommée Belgique.

Il nous paraît également important de ne pas travailler uniquement entre nous mais de rendre publiques et ouvertes ces journées en invitant largement. Il s’agit de brasser différents milieux et de briser les monopoles des savoirs. On imagine aussi un Quilombo qui s’inscrit dans les quartiers où il prend place et les invite à participer à la dynamique.

Et tout ça en deux langues... Ouiffff !

Pourquoi ?

L’histoire des colonisations hante les mémoires. Nous la portons en nous mais elle reste taboue. A nous d’investir le concept de colonisation, de comprendre en quoi des processus de colonisation sont toujours à l’oeuvre actuellement, comment ils fonctionnent, quels sont les nouveaux territoires qu’ils s’approprient, qu’est-ce que l’Histoire, et l’Histoire des luttes de décolonisation, peuvent nous apprendre, nous donner pour réinventer de nouveaux espaces de liberté, pour inventer le Quilombo ! La colonisation des esprits, la conquête des imaginaires par une norme soi-disant majoritaire, devient un enjeu primordial. Cette norme permet de distinguer le normal du déviant, l’humain du « moins humain ». Le pouvoir colonial est celui qui, à partir d’un critère de race ou de genre, nie l’humanité de l’autre, sa complexité, le réduit à un seul caractère puis l’assigne à un rôle social.

Le bombardement constant des médias, avec leurs idéaux publicitaires et leurs rêves aseptisés, formatent les cerveaux collectifs. De l’idée de Bonheur se fige une définition qui porte en elle les sentiments de tristesse et de malheur pour tous ceux qui ne correspondent pas au modèle. Nous ne nous posons plus la question « Que signifie le bonheur là où je suis », mais « là où je devrais être ».

Nous ne sommes alors plus que des « chômeurs fraudeurs sociaux », des « squatteurs marginaux », des « marocains de seconde génération non intégrés », des « femmes voilées à l’émancipation inachevée », des « handicapés », des « ouvriers déclassés », des « délinquants allochtones », des « artistes paresseux », des « mauvais payeurs », des « grévistes preneurs d’otage », des « femmes âgées insécurisées », des « grévistes de la faim illégitimes »...

Ces dénominations vont devenir notre devenir, not re regard sur nous-mêmes et sur l’autre, et très vite notre prison. Les discours « sur » -sur l’exclusion, l’émancipation, l’utopie,...- seront ainsi les discours par rapport auxquels nous existerons. La représentation spectaculaire de nos vies devient plus réaliste que ce qui nous arrive vraiment.

Les idées de Progrès, de Modernité, de Raison, de Bonheur, constructions idéologiques occidentales, sont diffusées, puis rêvées à l’échelle mondiale. Elles se revendiquent d’une majorité alors qu’elles ne profitent qu’à une minorité. Elles nient la multitude des visions minoritaires et stérilisent nos imaginaires. Elles vident l’activité humaine de ses sens multiples, pour la réduire à un sens unique.

A l’heure où toute personne, toute production humaine, toute relation, ne se mesure qu’à l’aune de sa valeur marchande, chacun doit s’y plier et accepter de se vendre sur la place du marché.

La colonisation, c’est l’incarnation dans l’être, de l’oppression, économique, sociale, culturelle. Face à cela, le Quilombo renverse les stigmates et affirme la complexité du réel et des situations. Il reconnait la multiplicité des identités et des cultures, irréductibles les unes aux autres, et défend leur métissage, comme producteur d’imprévisible et d’irrépressible.

Le Quilombo ! s’approprie son histoire et la crée chaque jour. Il veut agir avec du sens dans le monde et réfute le contenu vide de sens qui fait la une des médias. Pour tout ceux qui ont envie de faire leur bagages, pour tout ceux qui ont envie de les ouvrir.

Pour mener à bien le Quilombo, nous devons décoloniser nos idées, nos discours, mais aussi nos modes d’être en relation, nos corps, nos imaginaires.

En ce qui concerne les contenus, nous proposons de poser les questions : Qu’est-ce qui a été colonisé ? Qu’est-ce que les histoires et la diversité des points de vue nous donnent comme outils pour décoloniser ? Quelles pistes existent pour inventer le Quilombo ?

Par rapport aux contenants, nous souhaitons mettre en place un espace d’expérimentation : il ne s’agit pas seulement de « parler sur » mais d’agir sur l’espace-temps du Quilombo, tenter de décoloniser y compris les formes d’« être en relation ». Par exemple, imaginer des formes d’ouverture vers des associations avec lesquelles on n’a pas l’habitude de travailler, vers un quartier, vers d’autres milieux. Cela pourrait aussi prendre corps dans des processus de recherche et de préparation des workshops, ou au travers de méthodologies des discussions où la parole ne soit pas le seul vecteur, qui permettent l’expression de chacun et des différentes formes de savoirs et de pratiques. L’objectif est d’imaginer des façons de discuter ensemble qui ne reproduisent pas les débats traditionnels. Bon vous avez compris, prenez vos bagages, on délocalise.

P.-S.

Demain soir, la station Quilombo se pose et ouvre ses bagages.

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