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interview de San Precario

mercredi 15 décembre 2004

(-) Il y a ceux qui pour parler de précarité, prennent seulement en considération la croissance numérique des contrats de travail dits « atypiques ». Il me semble au contraire que tu préfères une autre perspective. Dans ton discours, émergent plutôt des allusions à l’absence de droits sociaux et une conception très articulée de la prestation du travail. En fait, on peut lire que sont entrées dans le travail d’autres facultés de l’être humain, comme le langage, les capacités d’invention, l’esprit d’innovation...

Il faut certainement partir du constat que la prestation de travail n’est pas uniquement modifiée juridiquement ou quantitativement, mais aussi et surtout qualitativement, investissant toute la vie. C’est pour cela que la condition de précarité est non seulement universelle (elle concerne aussi ceux qui ne sont pas précaires de fait : mais jusqu’à quand ?), mais aussi existentielle.

Le mécanisme de contrôle de la force de travail n’est plus seulement d’ordre disciplinaire (mécanisme nécessaire quand l’outil de travail est « le corps physique » ), mais il est de plus en plus social et indirect. Rendu nécessaire, surtout quand le travail implique toutes les facultés humaines. Ce n’est certes pas un hasard théorique d’affirmer que la création d’images stéréotypées par les nouvelles technologies de communication et par les medias est d’une importance vitale dans le processus d’accumulation du capital. Si nous analysons ce fait à l’intérieur d’un dispositif mis en place pour susciter des mécanismes d’autocontrôle, le discours semble peut-être plus clair. La production d’imaginaire est vitale pour définir les mécanismes de contrôle des comportements collectifs, mais tout en répondant à une logique économique de fond. Quelques érudits ont parlé « d’économie du logo » : expression qui indique que la production d’imaginaire est une activité productive et, en même temps, un système sophistiqué de contrôle des comportements collectifs.

Mais revenons à notre question. Le traité de Lisbonne signé en 2000 par les pays de l’Union européenne prévoit que le vieux continent devienne d’ici 2010, l’espace politique et économique dans lequel serait dominant un modèle défini de société de la « connaissance ». Même si l’Europe semble très loin d’atteindre ce but (il suffit de penser aux restrictions des budgets pour la formation), la question du savoir reste centrale dans les politiques de l’Union européennes et des Etats nationaux. Et ceci est aussi vrai pour les Etats Unis. Par exemple, les grandes entreprises étatsuniennes achètent des « cerveaux » en Inde en les payant moins qu’aux USA, mais l’un des termes de leur contrat est de ne pas travailler avec d’autres entreprises. Cet outsourcing de la connaissance est basé sur la précarisation ; un élément, le dernier, concernant la fonction des modèles d’organisation de la production basés sur la flexibilité : le « just in time » bien connu. En synthèse, toute réflexion sur la précarité reste « tronquée » si elle n’inclut pas dans ses présuppositions le fait que dans le système économique la dimension linguistique de la production est aussi importante que la dimension « matérielle ». En ce sens, on fait souvent référence à des concepts comme le « travail immatériel » ou, comme je le disais avant, « l’économie du logo ». Dans ce type d’organisation économique, n’importe quelle production relative au discours, innovation linguistique, pratique sociale ou mode culturelle, subit une sorte de « privatisation », car on lui appose un logo pour la revendre à ceux là même qui l’ont produit. Ce n’est plus tant une question de monopole des moyens de production que la capacité à tirer profit de la créativité sociale diffuse, à transformer en une marque tout phénomène produit par l’imaginaire social. En ce sens, le travail créatif et immatériel devient un aspect central de la production. Mais en vertu de sa nature particulière, le travail créatif est un travail socialement diffus, collectif et qui ne peut être placé dans un horaire de travail prédéfini, malgré la réorganisation de lieux explicitement dédiés à la production visant à enrégimenter un tel aspect. Il s’agit d’une production collective hors des entreprises, sans aucune contrepartie.

(-) Et est-ce pour ce motif que le refus de la propriété intellectuelle devient un thème fort dans les mobilisations des précaires ?

Nous partons du constat que se développe rapidement un gigantesque processus de privatisation de ce qui a toujours été commun : l’eau, la connaissance, l’information. Pour cela, la ré-appropriation de ce qui était justement commun passe par le refus des normes sur les brevets, sur le copyright pour affirmer le droit à la libre circulation et au partage du savoir. C’est un refus qui prévoit la violation des normes et des lois sur la propriété intellectuelle, mais aussi la construction de moments de production que l’on décide no-copyright. Dernièrement, quelques étudiants ont photocopié des livres et distribué des software protégés par les droits d’auteur. C’est une violation de la loi, mais qui affirme le droit universel à la connaissance et au savoir.

(-) Bref, la violation de la légalité est fondamentalement revendiquée. Pourtant, les actions menées le six novembre à Rome ont provoqué une réaction négative de la part de toutes les forces politiques et des organes d’information.

Faire passer une problématique sociale pour un simple problème d’ordre public, c’est un mauvais film qui a été projeté trop de fois en Italie. Avec ces actions, on voulait porter un coup à l’image des entreprises qui font des profits avec l’utilisation intensive du travail précaire. L’objectif, ça vaut le coup de le répéter, était une auto-réduction de 70% sur les prix de vente des marchandises et des biens. On avait fixé aussi un « panier précaire » qui pouvait être distribué en « don » de la part du supermarché et de la librairie impliqués dans les actions. Au programme, il y avait aussi la volonté d’établir un contact avec les employés qui sont souvent précaires. Nous pouvons parler de ces objectifs, s’ils ont été atteints de façon optimale ou pas, mais il est vrai aussi qu’il s’est passé ce qu’a écrit la Corriere della sera : beaucoup se sont jetés sur les biens et les marchandises exposés et les ont pris. Le problème alors n’est pas la rupture avec la légalité, mais la capacité de communiquer les motifs d’une action, en en revendiquant la légitimité. Si ensuite quelqu’un parle d’abus ou de prévarication, il devrait mieux se renseigner avant d’émettre des jugements hasardeux.

Alors, la précarité est une condition qui concerne l’existence. Et c’est une réalité qui ne peut pas être présentée comme un bulletin météorologique : il fait mauvais temps (la précarité), mais demain le beau temps sera de retour (emploi à durée indéterminée). Quel pourrait être le système de norme qui prenne en compte le changement survenu dans la production de la richesse ?

Il faut briser la cage du rançonnement, en faisant de la flexibilité un choix. Pour faire cela, sont inventées des pratiques de ré-appropriation et des formes de confrontation à reproduire, mettant sur pied de nouvelles alliances sociales et des parcours de libération qui brisent la possibilité de se faire rançonner par besoin. Nous avons devant nous une précarité existentielle contre laquelle revendiquer de nouveaux droits dans la reconfiguration d’une citoyenneté sociale avancée. A partir d’un revenu garanti et inconditionnel, non lié à la prestation de travail, à travers un quota monétaire direct et un indirect sous forme de « services » : logement, santé, savoir, transports. Un revenu de citoyenneté pour combattre le rançonnement et la marginalisation. Un revenu de mille euros par mois, pour tous les chômeurs, précaires, immigrés et assurés, pour refuser le travail et choisir le désir, pour refuser la nocivité et choisir la qualité de vie, pour refuser de travailler pour la guerre globale et choisir la coopération sociale.

(-) Je comprends la proposition d’un revenu de citoyenneté, mais parmi les précaires, il y en a qui parlent de la priorité d’un système, comment a-t-il été défini, de « flexicurity » ?

Ce n’est pas un problème nominal. Quand on parle d’expérimentation, cela signifie qu’il n’existe pas une belle recette prête à être utilisée. On peut donc parler d’objectifs intermédiaires, d’une articulation des propositions qui tienne compte de ce qui s’est déjà passé, c’est à dire une démultiplication des aspects du travail, des typologies contractuelles. Et alors, cela vaut la peine de revendiquer la garantie du revenu direct et indirect, de travailler à la simplification des typologies contractuelles du travail, de définir des droits minimum dans le travail (congés, maternité, sécurité sociale, pas de discrimination). Mais cela signifie que la dimension « territoriale » des actions de regroupement des précaires est centrale. Récemment, l’idée de points San Precario a fait son chemin. Nous pouvons les appeler ainsi ou d’une autre façon, comme on l’a déjà fait, mais il est certain que ce sont des lieux d’information et de consultation, mais aussi des moments de communication, de transmission d’expériences, de retrouvailles festives pour les précaires. En tous cas, ce peuvent être les lieux où il est possible d’identifier la contre partie et ses points faibles.

Nous vivons une période où est annoncée la mauvaise nouvelle que le welfare state est fini. Par contre, s’affirme la valeur politique d’une autre bonne nouvelle : le welfare state est défendu et développé. Quand on parle de droits sociaux de citoyenneté, on parle de la défense d’une forme de vie qui refuse la pensée dominante suivant laquelle le logement, les transports, la santé, la retraire, l’eau, les savoir sont des marchandises qui s’acquièrent suivant les lois du marché. Nous ne voulons cependant pas seulement défendre le welfare state en l’état, tel qu’il a été construit dans les décennies précédentes. Le réalisme nous amène à dire que l’état social s’élargit, modifié à la lumière des changements survenus sur le marché du travail et dans les formes de vies qui ont mûri dans cette réalité. Nous pourrions dire par provocation qu’il faut partir des promesses d’universalité dans les propositions de Lord Keynes et de Lord Beveridge pour affirmer le droit à la continuité de revenu, niveaux de salaire fixés - le salaire comme variable indépendante -, assurance maladie, congés garantis, congés de maternité, accès au savoir, droit à la formation continue.

Et la liste pourrait s’allonger, car le droit à affirmer est le droit à l’existence.

source hns

chainworkers

P.-S.

Traduction de l’italien, Franca, HNS-info

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