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G8 SUMMIT

[genova 2001] récit subjectif incomplet d’un blob désirant

samedi 3 février 2007, par 2ni, intersiderale

le manuscrit qui suit a été écrit & retranscrit (en partie) en 2001, suite aux évènements du G8 à Genova. malheureusement, l’auteur n’a pas tout retranscrit et n’a jamais retrouvé le manuscrit original.
si bien que le récit à peine entamé s’arrête sans fin..

Vendredi 20 juillet, arrivée à Ancona. Un comité d’accueil, composé de 2 à 300 robocops, nous attend armé de matraques et de lacrymogènes. Les drapeaux rouges et les cris s’élèvent. Le port est bouclé. A leur appel, les touristes et autres voyageurs débarquent paisiblement dans l’empressement. Vient notre tour. Chaque passeport est scruté & vérifié un par un. Tout le monde passe le contrôle sans peine, mais non sans stress. Quelques blobs et moi sont retardés pour seul délit de sale gueule sur le photomaton du passeport. Tout cela nous retarde d’une heure.

Pas le temps de souffler, nos "organisateurs" nous pressent à monter dans les cars. Ils craignent une offensive répressive des robocops ; hier des altermondialistes grecs ont été repoussés manu militari dans le bateau pour un GO BACK TO GREECE. La stratégie de la tension est déjà entamée.

Reste 500 km à parcourir avant de rejoindre Genova, il est 11h du mat. Notre convoi, composé d’une quinzaine de cars, démarre. Il est contraint de suivre une "voiture-ouvreuse" (comme au cinéma, sans être surréaliste) blanche aux décorations et gyrophare bleus. Le voyage est pénible. Les cars sont obligés de suivre les voitures blanches teintées de bleu au rythme du 30 km/h, à d’autres moments, nous sommes immobilisés sur le bas côté de la chaussée pour un temps indéterminé. L’énervement monte dans les cars. Les "organisateurs" de l’initiative Genova 2001 nous poussent au respect, le but étant d’atteindre Genova. Patience, c’est pas les 20h de bateau, ni les 4 à 8h de route qui les précèdent qui nous pressent. Certains cars, les premiers, rejoindront Genova le lendemain vers 3h du mat, quant à d’autres dont le mien, ils atteindront les derniers le campement de la place "Kennedy" à 6h du mat (! !)
En route, nous apprenons l’assassinat par balle d’un jeune manifestant. Les nouvelles sont confuses, un jeune espagnol dit-on, ainsi qu’une jeune fille allemande ? aux abords de la zone rouge. La désinformation bat son plein [1]. Dans notre car, règne un grand silence mortifère, dans d’autres, c’est le début des débats. Bien envie de crier pour ne pas pleurer, mais cela ne sert à rien sinon à augmenter la tension. On tentera d’aborder la zone rouge après la dislocation de la manif pacifique.

Samedi 21 juillet. Genova, place "Kennedy", on installe rapidement, là où il reste une place, les sacs de couchage pour dormir quelques heures ; pour vu qu’il ne pleuve pas, le ciel est menaçant et sans le comprendre encore, ni même le voir, cela pue le lacrimo. D’autres altermondialistes se préparent à quitter Genova après deux jours de manifestation. Les alentours (banques et voitures) sont dévastés, la répression a dû être dure - une sorte de vision post-apocalyptique. Les robocops "campent" à une centaine de mètres de notre campement-parking de fortune.

Après 3h de sommeil, notre collectif organisateur – l’initiative Genova 2001 - se met en route aux cris de "one solution ! revolution ! - assassini ! assassini ! – libera Genova !" pour rejoindre le Social Genoa Forum où se déroulent des conférences-débats. Les hélicoptères entonnent déjà leur ronronnement. Le lieu étant infesté de camarades de toutes sortes de IVè Internationale, j’en profite pour m’éclipser avec blob 4849 à la recherche d’un espresso. Mission accomplie. Les débats terminés, tout le monde se dirige vers le lieu de départ de la manifestation à venir.

Putain ! Comment retrouver les blobs de l’intersiderale belgik dans cette foule !! J’abandonne les blobs de l’intersiderale grek et remonte la foule jetant les yeux partout. C’est noir de monde. Pas moyen de les contacter les blobs et comment les trouver. Le G retentit et interrompt la conversation entamée en grec avec un Albanais d’Italie. Ok ! Rendez-vous au stade Carlini. La foule ne désemplit pas jusque là-bas, 3 à 400.000 personnes à traverser c’est pas rien.

Enfin, les retrouvailles suivies des embrassades, d’un joint et d’un peu vin blanc. Je crois rêver, mes oreilles abasourdies, mais qu’ont-ils bouffer mes intersidérants ?! J’ai beau faire, je ne parviens pas à croire entièrement leurs récits, ils exagèrent !? Non ! et de loin, je n’ai encore rien vu.

La troupe de blobs s’apprête. Finalement, elle est prête. Blob 9898 me propose de revêtir des protections sur le bras fermant la chaîne ; je n’y crois toujours pas.

Trop tard pour rejoindre le défilé en son lieu de départ. Avec les quelques milliers d’altermondialistes qui nous accompagnent, nous prenons des raccourcis. Déferlant côte à côte à rythme forcé, les manifestants d’audience anarchiste et/ou communiste dévalent pour rejoindre au plus vite la manif pacifique. L’intersiderale marche de tout côté. Un petit camion nous accompagne chargé de matériels d’autodéfense. Les ambulances résonnent en remontant vers le stade. Des blobs m’informent que cela n’est rien comparé au rythme de la veille. La tension n’arrête pas de monter. Les rues nous encadrant regorgent de robocops mi-visibles.
Le mot "assassini" est balancé au rythme de notre cadence, des ambulances, de l’hélicoptère et des robocops rencontrés en chemin.
En route, 3 BBs - ou 3 interpols ? - en motocyclette attendent, un mototov suspendu à un arbre au-dessus des voitures stationnées ; il s’agit soit de bloquer les robocops, soit de les inviter. Qui sait ?
Notre regroupe rejoint finalement la manif pacifique sans escarmouche.

Enfin, une sorte de soulagement, de détente, les quelques milliers sont fondus au sein des centaines de milliers. Les hélicoptères et robocops mi-visibles nous invitent à nous exprimer - "assassini ! assassini !".
L’intersiderale belgik accélère le rythme pour tenter de rejoindre, l’intersiderale grek. Blob 8797, rencontré au passage, nous informe qu’elle à 3 km au-devant en début de manif - mission difficile, on accélère.

Au loin, on aperçoit les fumées noires (voitures) et blanches (lacrymos), il y a du grabuge place Kennedy. Des chrétiens forment des chaînes et essaient d’empêcher la manif de continuer, peine perdue, personne n’a oublié le nom de Carlo Giuliani. D’autres casqués, des Tute bianche ?, confisquent tout ce qui est susceptible d’être une "arme". Blob 1653 se fait confisquer sa couleur à bomber inoffensive.
Les yeux piquent, le nez chatouille, la place est proche. Blob 9898 me donne un citron.

Les blobs de l’intersiderale belgik revêtent leurs matériels, lunettes et masques à gaz. Merde, mon matériel de piscine est avec l’intersiderale grek. Au devant, cela chauffe, quelques courageux lancent pierres et molotovs contre lacrymos tirés à bout-portant et horizontalement. Le gros de la manif bifurque. Les blobs décident d’aller voir de plus près les nuages blancs et noirs. Blobs 1653 et 5993 m’avertissent en rigolant "tu ne tiendras pas deux secondes, sans lunettes ni masque".

Bein merde où sont-ils tous passés ? Les yeux font mal, pas facile de respirer, je recule de quelques dizaines de mètres et j’attends. Que faire ? Blob 8797 resté plus en arrière me rejoint. On s’écarte un peu des nuages, je lui donne mon citron. Il me dit "faut rejoindre l’initiative Genova 2001, moi j’ai vécu Polyteknio (la révolution grecque), les jeunes pas !". Je lui demande de m’attendre, afin de récupérer le vinaigre au campement et de jeter un dernier oeil pour voir si les blobs de l’intersiderale belgik ne réapparaissent pas.

A deux, on remonte et rejoint l’initiative Genova 2001. Autre ambiance, personne n’est au courant. J’informe les blobs de l’intersiderale grek. En italien, français, résonnent les discours qui m’écoeurent "on a gagné ! le G8 est terminé", alors que c’est le massacre en contrebas ; la désinformation continue.

Un G retentit, blob 1798 doit rejoindre le campement de la place Kennedy où blob 4939 est pris de panique, les robocops déferlent avec leurs nuages. L’intersiderale grek est morte de fatigue. Je décide d’accompagner blob 1798.

Nous retraversons la foule amassée sur la Piazza G. Ferraris.
Sur Corso Sardegna, des manifestants groupés ou isolés descendent ou remontent. On dépasse la ligne de chemin. Au passage 6 BBs - ou 6 interpols ? – sont occupés à détruire avec allégresse les vitrines d’une banque à l’aide d’une barre de fer et de coups de pieds. Les cordons de robocops sont à peine à 100m en contrebas. Qui sait ? Si c’est des BBs, ils sont attardés, si c’est des interpols, ils font leur travail, justifier la répression aveugle en cours [2]. On se rapproche du cordon pour crier "assassini !" et voir s’il y a moyen de passer, la place Kennedy est en contrebas. Les nuages sont remontés jusqu’ici. Les robocops chargent par à-coups à l’aide de lacrymos. Nous reculons pour réavancer. Ils agissent méthodiquement. Ils tentes d’isoler les "avant-gardes". Nous reculons 3 fois. Les 6 BBs-interpols agissent eux aussi méthodiquement et reculent pour attaquer chaque banque sans être inquiétés. Certains manifestants invitent au calme pour éviter la panique.
Recharge, cette fois ils ont réussi leur coups, ils arrivent de 3 côtés. C’est la débandade. Blob 1798 disparaît dans les nuages blancs. Un peu à la traîne, j’échappe de justesse aux robocops. C’est pas le cas de quelques dizaines qui n’ont pas dû rigoler dans leur sang – les robocops ont la matraque lourde.
Pas moyen de respirer malgré mon kéfir imbibé de vinaigre, les yeux font mal, mais il faut courir. Une ruelle me permet de me débiner comme les autres. Après 400m de marche, je parviens à respirer quasi-normalement.

Putain où est passé blob 1798 ? Que dire ? Pas question de retourner à la Piazza G. Ferraris, blob 4849 va angoisser et blob 7966 va m’étrangler. Je redescends à la recherche de blob 1798 et de blob 4939.

P.-S.

juillet 2001. le manuscrit électronik s’arrête là.

Notes

[1] nous sommes informés des nouvelles des medias grecs par sms

[2] la police emploie une technique de répression mussolinienne ; elle isole un par un chaque pâté de maison, les personnes bloquées sont passées à tabac sans discernements (enfants, femmes, personnes âgées compris)

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