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Procès Abou Jahjah : la vigilance est de mise !

lundi 28 janvier 2008, par stlnpk

La condamnation pénale, fin 2007, des dirigeants de la Ligue Arabe Européenne (AEL), Ahmed Azzuz et Dyab Abou Jahjah, est alarmante. La lourde condamnation – un an de prison ferme et un dédommagement de plus de 5.000 euros-, cinq ans après les faits incriminés repose sur des accusations et des « preuves » qui suscitent nombre d’interrogations.

Comme citoyens préoccupés de la sauvegarde de notre Etat de droit, nous protestons contre cette condamnation pour plusieurs raisons :

- Ce procès semble être le point final d’une campagne politique, médiatique et juridique de longue haleine visant à diaboliser et à criminaliser les condamnés et leur organisation. Elle a culminé lorsque le premier ministre, Guy Verhofstadt, a annoncé au parlement l’arrestation de Dyab Abou Jahjah, bafouant ainsi le principe de la séparation des pouvoirs, fondement de l’ Etat de droit. Depuis, de nombreux médias ont relayé toutes les accusations possibles : obstruction au travail de la police, antisémitisme, possession illégale d’armes, trafic des diamants, possession de matériel de pornographie infantile, mise sur pied d’une milice privée. Aucune de ces allégations n’a pu être vérifiée. Une seule charge a finalement été retenue : incitation à l’émeute et rébellion contre la police après le meurtre de Mohamed Achrak, professeur de religion musulmane, à Anvers, le 26 novembre 2002.

- Le témoin-clé auquel le juge se réfère dans son interprétation du comportement de Dyab Abou Jahjah (un agent de police qui aurait entendu Abou Jahjah appeler en arabe à la rébellion) n’a pas été soumis à un interrogatoire croisé ou confronté à d’autres témoins. Le tribunal n’a pas répondu à l’argument de la défense selon lequel les jeunes ne comprennent pas l’arabe, mais seulement le néerlandais ou le berbère !

- La demande de la défense d’interroger le commissaire Luc Lamine sur ses déclarations à décharge d’Abou Jahjah, dans l’hebdomadaire Humo, a été rejetée.

- Le tribunal reconnaît que Jahjah et Azzuz ne sont arrivés sur place que 3 heures après le début des désordres. Pourtant, ils sont déclarés personnellement responsables pour les émeutes et les dommages encourus. Justification du juge : ils n’auraient pas utilisé leur « autorité morale » pour calmer les esprits. Le jugement se base sur le dernier alinéa de l’article 66 du Code pénal. Ce texte a été voté après de grandes grèves ouvrières en …1866. Il avait pour but de poursuivre les dirigeants syndicaux pour leurs prises de position qui auraient incité à l’émeute. Cette loi bafoue le droit à la liberté d’expression et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Selon la jurisprudence ainsi créée, des dirigeants syndicaux pourraient être condamnés au pénal pour ne pas avoir incité à la reprise du travail lors d’une grève.

- Le contexte des désordres n’a jamais été pris en considération : le mouvement de contestation chez les jeunes issus de l’immigration au niveau européen, belge et anversois et la réaction crispée du monde politique et des forces du maintien de l’ordre ; la forte indignation suscitée chez les jeunes Anversois par le meurtre sur Mohamed Achrak et la manière dont la police a essayé de contenir les désordres ainsi que les efforts de la communauté immigrée pour calmer les esprits.

Compte tenu des sérieux doutes suscités par le jugement, du précédent dangereux ainsi créé et de l’appel interjeté par la défense, nous appelons à :

a) suivre le déroulement ultérieur du procès avec la plus grande attention ;

b) permettre aux inculpés de disposer de tous les moyens juridiques afin que les lacunes de l’instruction et les carences du jugement puissent encore être levées en appel ;

c) veiller à garantir les droits démocratiques et en particulier le droit à la liberté d’expression de tous les habitants de ce pays.

Indépendamment de leurs opinions sur les prises de position de la Ligue Arabe Européenne (AEL), les signataires expriment unanimement que la condamnation de Dyab Abou Jahjah et d’Ahmed Azzuz représente une menace considérable pour l’un des droits fondamentaux de notre démocratie : le droit de mobilisation et d’émancipation politique, y compris celui des groupes minoritaires.

Voir en ligne : Pétition

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