intersiderale - διαστρική

non-Violences

jeudi 31 mars 2005, par R a F, stlnpk (Date de rédaction antérieure : 25 janvier 2005).

La non violence

Les 15 thèses sont claires : la non violence comme choix politique représente un acquis politique et culturel de grande portée pour réaliser la refondation d’une pensée et d’une pratique communiste dans le nouveau millénaire.

La non violence comme choix politique, ici et maintenant, n’est pas simplement et banalement refus de comportements de supercherie ou d’intolérance. La non violence a une charge active, c’est une autre façon de concevoir et de pratiquer la politique. La non violence est celle que le Mouvement a pratiquée à Gênes, quand il a su réagir à la répression abstraite et généralisée mise en pratique par un pouvoir supra national en échappant à la spirale répression/violence/nouvelle répression. Le mouvement a ainsi mis le pouvoir en échec et a conquis un consensus de masse qu’il aurait perdu s’il avait réagi sur le même plan que le pouvoir.

Il ne faut pas confondre la non violence avec la légalité. Violence et non violence ne sont pas synonymes d’illégalité et de légalité. La guerre, la plus grande expression de la violence, revêt l’uniforme de la légalité. La non violence peut amener et même amène souvent dans la société capitaliste dominée par la violence de l’exploitation à désobéir à des décisions du pouvoir et à des lois injustes. Nous l’avons fait dans le "stopping train", nous l’avons fait encore dans mille expressions des conflits de travail et territoriaux. La non violence comme choix politique échappe à l’idée de "camp", celle pour laquelle "l’ennemi de mon ennemi est mon ami", mortifère pour la possibilité d’expansion du mouvement.

La non violence est l’unique modalité de l’action politique qui permette une réelle généralisation et une réelle pratique de masse, consentant à quiconque de la pratiquer collectivement et individuellement. La non violence amène avec elle une critique du pouvoir et de sa neutralité aussi bien dans la version de "l’entrée dans la pièce des boutons" que dans celle de la "prise du Palais". Le pouvoir, comme la science, n’est pas neutre, n’est pas le volant d’une voiture qui devient bon ou mauvais selon qui le tient. Le pouvoir doit être enquêté de façon critique. La non violence aide cette enquête parce qu’elle met l’accent non seulement sur le résultat mais sur le processus pour l’obtenir. Elle affirme même que le résultat que l’on veut obtenir, le but, doit être incorporé dans le processus, dans les moyens, autrement, à plus long terme, même la fin serait compromise.

La non violence permet de réels échanges avec les pensées critiquant la société capitaliste qui se sont développées ces dernières années et qui ont enrichi la pensée et la pratique d’une transformation sociale. Le féminisme, l’écologisme critique, le pacifisme, les mille formes des expériences de la solidarité internationale et en vue d’une citoyenneté universelle amènent avec eux de nouvelles acquisitions d’idées et de pratiques révolutionnaires et la non violence en représente un bastion. On ne peut pas non plus penser à de réels échanges/partages avec les pensées, les parcours, les actions de ces nouveaux mouvements en dehors du choix de la non violence comme guide de l’action politique. En dehors de ce choix, il n’y a pas d’échange/partage avec les mouvements, mais de vides litanies qui cachent une indifférence de fond. On ne comprendrait pas non plus les révolutions d’aujourd’hui, même celles qui sont armées pour se défendre comme la zapatiste, hors du choix de la non violence et d’une nouvelle pratique de critique du pouvoir séparé.

Dans la motion des camarades du document "Une autre refondation est possible", il est textuellement dit : "Nous sommes pour le pacifisme radical mais nous ne partageons pas la "métaphysique" de la non violence". Que signifie cette expression ? Qui a donc parlé de la "métaphysique" de la non violence ? Pour nous, la non violence est une catégorie de l’action politique, valable dans cette période historique et dans ce contexte, et non une religion. Ces camarades, qui se disent ouverts aux mouvements, entretiennent donc une ambiguïté sur un point de fond de l’innovation politique et culturelle du Parti qui les fait rester au milieu du gué.

Comme sur le gouvernement où, entre le projet de l’alternative programmatique de gouvernement et l’opposition, ils choisissent de rester au milieu, en proposant de nouveau le désistement, puis la navigation à vue, de même sur l’innovation de culture politique et sur les échanges avec le mouvement, ils ménagent la chèvre et le chou : pacifistes intégraux (?) mais sans la non violence comme choix de leur action politique.

Dans la motion "Etre communiste", on fait preuve d’une véritable incompréhension qui est pire que la déformation : c’est l’incapacité de comprendre, avec pour bagage l’orthodoxie momifiée. Ils affirment : "Les formes de lutte dépendent du contexte dans lequel on les pratique : en Italie, il est aujourd’hui possible de pratiquer la lutte pacifique parce qu’hier, les partisans ont battu le fascisme, les armes à la main : par contre, en Irak - après une guerre et une occupation illégitime - le peuple irakien est obligé de donner vie à une résistance, même armée, pour vaincre les envahisseurs". C’est l’expression d’une vieille logique de continuité à cause de laquelle on confond non violence et légalisme, comme si la non violence se réduisait à un trait de délicatesse dans la lutte politique, à du "bonisme" pour employer un terme à la mode. C’est exactement le contraire, comme le prouvent même les mouvements de masse les plus récents dans le Pays. La non violence, ce n’est pas seulement défiler, ou faire des pétitions ou se mobiliser au moment du vote : la non violence est une pratique active de désobéissance qui détermine une généralisation du conflit et qui, à travers un partage et une pratique de masse, se propose de le dépasser à ses racines. Scanzano et Melfi voudront sans doute enseigner quelque chose.

Enfin, ces camarades réalisent un autre grave malentendu qui en dit long sur leur inadaptation à comprendre les nouveautés de l’élaboration politique et culturelle du mouvement. Ils affirment textuellement : "Même le concept selon lequel les communistes ne luttent pas pour conquérir le pouvoir nous parait non seulement étranger à notre histoire, mais incompréhensible ; perdre de vue ce terrain, pour demeurer purs et sans taches, signifierait renoncer à la lutte politique". "Critique du pouvoir" et "renoncement au pouvoir" deviennent donc synonymes, démontrant ainsi que, dans leur façon dogmatique de se situer il n’y a de place que pour une vision traditionnelle du pouvoir et du rapport entre gouvernement, société et mouvements.

Non violence et résistance

Il est politiquement insensé de mettre en relation le choix de la non violence comme choix politique ici et maintenant avec d’autres époques et d’autres contextes. La référence à la Résistance italienne est pour cette raison absolument hors sujet. Mais il y a pire.

Séparer, dans la Résistance, la lutte armée du projet de société, tailler dans le vif, séparant en son sein l’aspect de résistance à l’ennemi occupant, du processus de libération, signifie opérer sur un corps vivant et le tuer. De cette manière, on ne défend pas la Résistance, non seulement on assèche sa vitalité encore actuelle mais on en trahit l’aspect le plus profond. Mais c’est précisément ce que font ces camarades en mettant directement en relation la Résistance au nazi fascisme et la résistance irakienne. Et ce n’est pas accidentel : dans un autre passage, la résistance irakienne est mise en relation avec celle du Viêt-Nam. C’est qui l’idée de "camp" qui revient au premier plan.

Que l’on fasse bien attention, on ne remet pas ici en question le droit d’un peuple à résister par les armes à une occupation militaire ou à une agression ni le fait que toute partie, même celle qui est armée, doit avoir le droit de participer à des négociations de paix. Sur ce point, il n’y a entre nous aucune dissension. Le point de désaccord est ailleurs. A la différence de ce que font les camarades de "Etre communiste", pour passer à la solidarité militante, il doit y avoir, selon nous, le partage du projet de société, il doit y avoir un processus de libération.

En somme, les Talibans en Afghanistan ne sont pas les Viêt-Congs et la résistance irakienne ne peut être mise en rapport avec la Résistance en Italie. En faisant ainsi, non seulement on ne comprend pas ces phénomènes mais on en arrive à trahir l’esprit et le message de ces autres expériences, en Italie comme au Viêt-Nam (au-delà, naturellement, des issues et des contradictions de toute expérience que l’on doit de toute façon examiner).

En ce qui nous concerne, nous croyons qu’il est possible et nécessaire d’échapper à cette logique "de camp" et que l’on peut être contre l’invasion de l’Afghanistan sans se ranger aux côtés des Talibans et être contre l’occupation de l’Irak et pour le retrait immédiat des soldats étrangers, avant tout du contingent italien, sans se calquer sur la résistance irakienne et même en en voyant les contradictions et l’élément politiquement corrupteur du nouveau terrorisme.

La spirale guerre/terrorisme

Les camarades de la motion "Etre communiste" affirment : "nous sommes en désaccord avec ceux qui - avec la complicité des médias - évoquent une présumée spirale guerre/terrorisme. Non seulement cette formule efface du tableau la Résistance irakienne mais de plus, elle suggère une équivalence inadmissible des responsabilités. La plus nette condamnation du terrorisme demeurant ferme..." Là aussi, on regarde vers le phénomène du terrorisme à travers le prisme du passé, comme si l’on se trouvait face à la guerre d’Algérie où des moyens discutables sont utilisés dans un but partagé de libération. On ne comprend pas le nouveau phénomène du terrorisme et sa capacité à infiltrer et à devenir hégémonique dans la lutte armée.

Le terrorisme prend naissance comme projet politique, utilise les contradictions du monde - la guerre aussi - en les pliant à son projet. Le terrorisme, dans la dimension globale qu’a lancée le défi de Al Kaida, ne se présente donc plus comme un moyen de combattre une guerre juste mais comme une fin en soi, c’est-à-dire qu’il est porteur d’une idée de société et des rapports entre les cultures et les différences. C’est pour cette raison que l’on dit, dans les 15 thèses, qu’il est "fils et frère de la guerre". Par le terme "spirale", on ne veut pas repérer une hiérarchie du type "la guerre génère le terrorisme" ou bien, au contraire, "le terrorisme cause la guerre". Par cette expression, on affirme qu’il existe aujourd’hui entre la guerre et le terrorisme une relation par laquelle, pendant qu’ils se combattent, leur combat lui-même est la condition de leur reproduction et plus l’affrontement est aigu, plus grande est la force avec laquelle ils s’alimentent. D’autre part, la grande force d’expansion du mouvement pour la paix et sa capacité à être l’interprète d’un besoin répandu de l’humanité naît justement dans le fait des ’êtres soustrait au choix de camp et d’avoir proposé une critique radicale de la guerre et du terrorisme.

Voir en ligne : Italie, les raisons de la Refondation Communiste : notes et réflexions à l’appui de la motion du Secrétaire

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