intersiderale - διαστρική

pôle d’attraction droit au travail versus droit à la paresse

L’ Ogre [pages 20-23]

en quoi les travailleurs galactiks (mutants, droïdes & autres blob’s) seraient-ils paresseux ?

mercredi 1er janvier 1997, par intersiderale

J’aime bien mettre des mots d’enfant sur des choses d’adulte.
J’aime bien me raconter des histoires.

Je m’imagine qu’il était une fois une ville, une ville très sombre, où plein de gens marchent, sur des longues avenues, comme des automates.

Ils ont l’impression qu’elles n’en finissent pas, ces avenues (ce n’est qu’une impression), ou n’y pensent même pas d’ailleurs.
Ils ne pensent pas non plus que là-bas au loin vit un ogre gigantesque.
L’ogre les guette.
Parfois, il débarque dans la ville et en attrape quelques-uns pour les manger (procezus ingeratus).

Il ne les croque pas, il les avale tout rond. Les gens n’ont pas mal, ils ont juste un peu la tête qui tourne (d’ivresse ou de malaise, on ne sait pas).
Les gens tombent alors, vivants, dans le fond de son estomac, et l’ogre les digère un à un (procezus digestus) ; puis, quand il a bien fait sa sieste, il les fait retourner, un à un, à leur état de poussière (procezus defecatus poetikus).

Ils garderont l’impression que ce mauvais moment pour eux n’aura duré que peu de temps.
Ils se diront qu’ils n’étaient tout compte fait pas si mal, là-dedans, avec les autres, bien au chaud, que ça pouvait encore aller...

Elle tient pas mon histoire, ça finit trop bien, c’est pas possible.
Il faut mettre du "pas gai" dans les histoires qu’on raconte, sinon ça fait pas vrai, ça fait pas réel. Vaut mieux prévoir à l’avance (putain d’habitude). On en était où ?
Ah oui, dans la ville avec l’ogre.

En fait, c’est pas vrai, l’ogre, il n’arrive pas comme ça, d’un coup (c’était avant, ça).
Il sait très bien que les gens se planquent quand ils le voient arriver (et puis d’ailleurs, il les écrase toujours avec ses grands panards).

Alors, il tactique.
Il se dit ‘faut les avoir par surprise’.

Comme il sait que toutes les avenues ont une fin, il va s’y placer, et dépose, jubilant, sa grande gueule ouverte au bout.

Il est d’ailleurs très content de sa nouvelle ruse, car elle marche très bien. Tous les gens arrivent un jour ou l’autre au bout de leur chemin.
On leur a appris à rester calme et docile tout en étant régulier et courageux.

Avec une de ces paires d’ornières qu’ils ne voient même pas ils pénètrent dans la gueule de l’ogre.

Ils se disent juste ’tiens, fait pas très clair ici’, mais ne se doutent de rien.
Ils tombent alors dans son estomac, les uns sur les autres.

Y’en a forcément qui se font mal en tombant et qui commencent à râler dès le début.

Moi je dis qu’ils feraient mieux de réfléchir avant de râler, pasqu’ils en ont du temps à devoir passer avec les autres.

Enfin, bref, ça commence déjà pas bien pour certains. D’autant plus que l’ogre, maintenant, croque les gens.

ça leur fait mal, et ça les fait forcément être pas bien dans leur peau de gens.
Commence alors la lente agonie des gens.
Faut bien bouffer en attendant la digestion (bizarre comme phrase).

D’abord, ils grattent contre les murs.
Au début, c’est pas beaucoup, rien qu’un petit peu avec les ongles.

Mais après, quand ils se rendent compte qu’ils ont vraiment la dalle, ils grattent de plus en plus, bouffent l’estomac de l’ogre pour pouvoir survivre, et peut-être s’échapper.

Mais on ne s’échappe pas du ventre de l’ogre, même plus par le côté logique des choses.
Pasque vous savez quoi ?
Et ben l’ogre, depuis un p’tit temps, il se tape une de ces constipations, j’vous raconte pas.
Il a plus d’appétit ; son bide est plein de gens qui s’amassent, qui vieillissent, sans pouvoir être digérés.

J’vous raconte pas non plus comme ils sont serrés les uns contre les autres.
Alors ça s’énerve, ça gueule, ça se tape dessus, et puis ça se rend compte que ça pourrait bien se bouffer.

Alors les gens se bouffent entre eux pour survivre, comme dans le film avec l’avion qui s’écrase dans la neige.
Au début, c’est pas très facile, pasqu’ils sont réticents, ils se disent ’oui mais...’
Puis après ils s’y font.
’Faut bien bouffer’ qu’ils se disent... puis ils s’habituent à se bouffer entre eux.
Y’en a m&ecric;me qui aiment bien...
Ca tient pas encore mon histoire, merde.
Vous en avez déjà vus, vous, des gens qui finissent mal et qui aiment bien ça ?

’Faudrait que je rende mes personnages plus consistants, comme on dit.
Et je me remets au travail. Parce que c’est du travail. Tout ce que je fais, c’est du travail. Faut pas déconner. Tout ce que j’ai dans la tête, c’est du travail. J’arrive plus à faire du non-travail.
Le travail m’a bouffé.
Je crois que ça remonte à huit ou neuf ans. Depuis, j’en suis plus sortie. Le travail m’a bouffé. Ca sert à rien de se raconter des histoires. Tout devient travail, j’arrive plus à apprécier la vie.

Toujours essayer d’aller plus vite, toujours essayer de gagner un peu de ce putain de temps si précieux (gagner du temps / pour pouvoir faire plus / faire = travailler / donc travailler plus).
J’suis toujours en train de penser à ceci, à noter cela pour ne pas oublier (de le faire) - le travail fait qu’on oublie/fait qu’on est toujours en train d’oublier/de faire -, à avoir les pages de mon agenda remplies de choses à ne pas oublier (de faire), à avoir l’impression de faire/travailler.

Parce que je me sens obligée. Et le pire de tout, c’est que je m’y habitue (re-putain d’habitude), j’en arrive presque à trouver ça normal, que le travail soit plus important que ma vie. Et c’est toujours la même comédie.

- Tu fais quoi dans la vie ?

- Et ben d’abord... et puis... et encore... et puis... ah oui, et encore ça, j’avais oublié... (style : tu vois, j’en fais des choses, hein)

- Oui, mais t’es pas bénévole quand même ? Socialement t’es quoi ?

- Ben, chômeuse...

- Ah, donc tu FAIS rien dans la vie...

C’est encore arrivé pas plus tard qu’aujourd’hui. Pourquoi ? Pourquoi travailler = faire ?
Pourquoi on ne pour-rait pas faire sans nécessairement travailler ?
Y’ a pas d’autres choses à faire que ça ?
Pourquoi je pourrais pas faire des trucs bénévoles toute ma vie, avec juste assez de blé pour bouffer ?
Voir le travail comme quelque chose derrière lequel il n’y a rien, pas d’intérêt, pas de pouvoir.

Pourquoi devoir toujours voir à long terme, avec degré de productivité à la minute ?
Tout le monde est vraiment comme ça ?
Y’en a pas qui se disent ’pourquoi je dois mentir ?
Pourquoi je dois donner l’impression que je travaille ?
Pourquoi j’en arrive à devoir bouffer les murs pour survivre (bouffer les autres, sans façon) ?’

Pourquoi j’ai toujours peur de l’impression que je vais donner ?
Pourquoi j’ose pas le reconnaître que le travail m’a bouffé ?
Pourquoi je dois faire semblant de bien m’y plaire, moi, dans le ventre de l’ogre ?
Pourquoi tout le monde fait semblant ?

P.-S.

P.S. Notre dĂ©ontologie nous oblige Ă taire le nom des dĂ©lateurs au procès 5.674 de l’affaire gens-gens (voir page 13.467 des archives du procès 5.674 de l’alinĂ©a 67 du code PĂ©nal). (...)

1 Message

  • L’ Ogre 14 juin 2006 01:14, par Appendle Craddle

    Je suis un internaute internĂ© dans mon moniteur-appartement. Je tombe par hasard sur le texte "l’ogre" d’une personne qui (je trouve) Ă©crit comme moi. Alors j’Ă©cris Ă cette personne via mon moniteur terne & aseptisĂ©. Je n’ai aucun texte externĂ© pour les moniteurs des gens, je copie colle donc un texte de mon cru ici. J’espère que dans cette non sincĂ©ritĂ© omniprĂ©sente & sĂ©curisante, il y a encore personne qui peut lire personne, vraiment, gratuitement, sans rien, sans "rĂ©fĂ©rences", sans "je suis dĂ©jĂ paru dans telle ou telle revue, alors faut me prendre au sĂ©rieux non mais sans dec"... Par pur dĂ©tachement & simplicitĂ©.

    Sincèrement & poĂ©tiquement, avec espoir d’un retour-partage dĂ©monitorĂ©, Appendle (plus ou moins membre des Poètes francophones http://perso.orange.fr/upfr/ ).

    Je ne me sens pas dans votre assiette

    Nous sommes fatalistes jusqu’Ă "prĂ©voir" la fin du monde. Nous voulons que tout soit prĂ©vu, mesurĂ©, graduĂ©, quantifiĂ©, analysĂ©, verrouillĂ©, terminĂ©. Nous n’aimons pas l’imprĂ©visible. Nous sommes de vrais gosses, des enfants pourris gâtĂ©s ou des vieillards gâteux, peu importe l’âge du gâteau Ă©cĹ“urant. Nous devons le terminer ce gâteau, avant de sortir de table, par politesse et convenances.

    Convenir de trop manger, convenir de manger, convenir de regarder la TV àheures fixes, créneau aliment hautement stratégique, entre une part de jambe arrachée par une mine antipersonnelle sponsorisée par notre âme antipersonnelle, et une part de foie diabétique cautionnée par notre âme de sucre Candeuuuurrrel®.

    Convenir d’ĂŞtre sucrĂ© afin de s’armer d’illusions carapacĂ©es d’orgueil convenable et copieux, pour affronter la journĂ©e oĂą l’on pourrait se faire agresser par les maigres prĂ©caires, couleur exotique.

    Insécurité incorrecte, sale et désemparée.

    SĂ©curitĂ© correcte, dĂ©sinfectĂ©e et javellisĂ©e par Homo® lave plus blanc que blanc, sĂ©curitĂ© emparĂ©e d’achats et de ventes au Carrechour® de la zone, au carrefour des croyances tout compris, rapport qualitĂ© prix.

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    Votre table de vos viscères, vos frustrations, vos vexations de la journée, vos plats amers de votre aigreur, votre table tribunal accusatrice, votre table au lourd passé ou àun autre présent, vos malheurs non résolus et jamais avoués, resservis àchaque comédiHomme-cinémabonappéti® Ding-Dong ten past twelve O-clock & half past seven en cloque, votre aigreur que vous vous délectez àvoir vos enfants ingurgiter sans broncher.

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    Voir en ligne : http://perso.orange.fr/upfr/

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