intersiderale - διαστρική

O11 - O13

Un monde pour tous les mondes

par Laurence Vanpaeschen

mercredi 23 octobre 2002

Dans le cadre du FITA (Festival International de Th√©√Ętre Action) et √ l’initiative des collectifs li√©geois "Intersid√©rale" et "Cybermanda√Įs", se sont tenues √ Li√®ge du 11 au 13 octobre des rencontres sur l’√©tat et le devenir des pratiques politiques alternatives qui √©mergent au monde depuis quelques ann√©es, et dont les manifestations les plus m√©diatis√©es sont les actions men√©es lors des grands rassemblements contre la mondialisation neolib√©rale (Seattle, G√®nes, Porto Alegre...). Un week-end d’√©change d’histoires, d’inspiration, et de pratiques concr√®tes avec des acteurs de Longo Ma√Į (France), de Reclaim the Streets (Angleterre), du centre social Eurodusnie (Pays-Bas) et du mouvement zapatiste (Mexique), dont voici quelques moments.

Collectifs contre les expulsions, collectifs sans tickets, centres sociaux, street parties, mouvements de ch√īmeurs, pour le droit au logement, paysans sans terres, Action Mondiale des Peuples, Tute Bianche devenus Disobbedienti, assembl√©es populaires de quartiers en Argentine, au Nigeria, en Afrique du Sud, en France, en Suisse, en Angleterre, en Inde... Une n√©buleuse internationale (intergalactique, diraient les zapatistes) qui rassemble des milliers de personnes dans la contestation active de la mondialisation lib√©rale. Ceux que les m√©dias, un peu perdus, appellent les anti ou alter mondialisation, parfois encore les no global. Mouvement qui pourtant par essence, n’a ni d√©nomination ni d√©finition fig√©e.

écologie et Carnaval

Multiple, mouvant, nomade, pratiquant l’action directe et la d√©sob√©issance civile, puisant sa force dans la diversit√©, dans la d√©centralisation, dans le fonctionnement en r√©seaux, dans la rupture inventive d’avec les structures pyramidales, le leadership, et l’attente du Grand Soir. Un mouvement des mouvements dont John Jordan, qui a particip√© depuis ses d√©buts √ Reclaim The Streets, dessine la pratique politique √ travers la m√©taphore de l’√©cologie. Approche aussi claire que po√©tique qu’il base sur cinq points communs. "Un syst√®me √©cologique est avant tout bas√© sur la diversit√©. Et dans ce mouvement des mouvements, on voit une √©norme diversit√©. Chez nous par exemple, √ Reclaim the Streets, il y a des r√©seaux anarchistes, des √©cologistes radicaux, des r√©seaux de f√™tes... et on a pu aussi travailler avec les dockers de Liverpool, organisation tr√®s syndicale et tr√®s traditionnelle. Ensuite, l’√©cologie est fondamentalement d√©centralis√©e. Et ce mouvement est bas√© sur l’id√©e du r√©seau, sans aucune centralisation. Le troisi√®me point commun c’est l’interconnexion. Ce mouvement fonctionne sur l’interconnexion d’une diversit√© de groupes, √ travers l’internet, les r√©unions internationales... comme dans le syst√®me √©cologique o√Ļ tout est reli√©. Le quatri√®me point est qu’un syst√®me √©cologique existe au niveau local et a une relation globale : une plante est tr√®s locale, mais elle est en relation avec le climat, avec le syst√®me de l’eau... C’est la m√™me chose dans ce mouvement. Ses meilleurs aspects se trouvent ancr√©s dans le local (Longo Ma√Į, les zapatistes, les assembl√©es populaires en Argentine...) et en m√™me temps, ils ont une connexion interglobale. Enfin, la cr√©ativit√© prend place sur les bords du syst√®me √©cologique et non en son centre, et c’est la m√™me chose avec ce mouvement. C’est aux bords que se trouve la cr√©ativit√©.
Tant le syst√®me √©cologique que ce mouvement politique et social sont tr√®s souples, flous, tr√®s interconnect√©s, ce n’est pas une histoire construite en ligne droite. Pour comprendre ce mouvement, on doit avoir une tout autre fa√ßon de comprendre le monde, c’est un tournant paradigmatique entre une compr√©hension techniciste de la politique et une autre vision du changement social".
Reclaim the Streets est un des mouvements embl√©matiques de ces nouvelles pratiques politiques et sociales. Une contestation radicale bas√©e sur l’action directe cr√©ative, inattendue, paradoxale, dont chacune des manifestations a mobilis√© des milliers de participants, au vrai sens du terme. " RTS vient d’un grand mouvement contre la construction d’une autoroute dans les ann√©es 90 en Angleterre. L’id√©e √©tait de cr√©er des espaces libres, o√Ļ on prenait la rue, on cr√©ait des f√™tes et des festivals politiques et culturels. Un carnaval contre le capital. La police et l’√©tat √©taient compl√®tement perdus face √ ce mouvement. Ils ne savaient pas si on voulait cr√©er des √©meutes ou des f√™tes... L’id√©e de faire de la politique par le carnaval est fondamentale, parce qu’on veut une politique sans m√©diation, o√Ļ tout le monde participe. Et tout le monde participe au carnaval, il n’y a pas de s√©paration entre spectateur et spectacle, et en plus il repr√©sente l’inversion de tout ce qui est √©tabli. Cette id√©e en a inspir√© d’autres, √ travers les r√©seaux de diff√©rents mouvements et les street parties ont commenc√© partout en Europe en 97-98. Une grande action qu’on a faite, par exemple, c’√©tait le 18 juin 99, le jour o√Ļ le G8 se r√©unissait √ Cologne. L’id√©e √©tait d’occuper les centres financiers du monde. C’est √ ce moment l√ que l’id√©e de l’internationalisme et du pouvoir des histoires prend place. Dans les r√©seaux, il n’y a pas de coercition, ce sont l’inspiration et les histoires qui les dirigent. Pour cette action, on avait juste une page de 500 mots qui racontait une histoire, c’√©tait une proposition tr√®s simple qu’on a diffus√©e partout et √ partir de laquelle les gens ont organis√© des choses au m√™me moment, de mani√®re autonome l√ o√Ļ ils se trouvaient. A Londres, il s’agissait d’investir la City, le centre financier. C’√©tait une action inspir√©e des zapatistes. A RTS on avait des drapeaux de trois couleurs : rouge pour le communisme, vert pour l’√©cologisme et noir pour l’anarchie. Tous les drapeaux √©taient diff√©rents mais portaient ces trois couleurs, √ßa marquait la diversit√© qui √©tait l’id√©e centrale du mouvement. On a cr√©√© dix mille masques, de chacune de ces couleurs. Les gens se sont rassembl√©s √ l’entr√©e de la City. On a distribu√© ces masques sur l’envers desquels il y avait un texte po√©tique, qui parlait de la visibilit√©, de l’invisibilit√©, du carnaval, du capital... Et en bas, il √©tait inscrit "au signal, suivez votre couleur et que le carnaval commence". Au signal, la musique de "Mission impossible", cent drapeaux de chaque couleur sont sortis de nulle part. Les dix mille personnes ont suivi les drapeaux, qui sont partis dans plusieurs directions diff√©rentes. L√ , le syst√®me policier de communication est compl√®tement d√©bord√©, parce qu’ils ne peuvent pas imaginer qu’une foule puisse aller dans plusieurs directions √ la fois. On a r√©ussi √ prendre la City, on a construit un mur qui a bloqu√© l’International Future Exchanges. Ca a fait la une du Financial Times qui a utilis√© pour la premi√®re fois les mots "anti capitaliste" pour d√©crire ce mouvement. Cet √©v√©nement a eu des effets au niveau mondial : au m√™me moment, il y a eu des actions dans les centres financiers de 71 autres pays. Il n’y a pas de diff√©rence entre le local et le global. Si le r√©seau est assez interconnect√©, les actions locales auront des effets globaux".

La parole et la solidarité comme armes définitives

Cette nouvelle culture politique a √©t√© en grande partie inspir√©e par le mouvement zapatiste au Chiapas. Si les revendications d’autonomie des indig√®nes chiapan√®ques sont tr√®s ancr√©es dans leur r√©alit√©, leur parole, leur arme la plus d√©finitive, selon Lourdes Uranga, a r√©sonn√© aux quatre coins du monde. Leur "c’est vous qui √™tes derri√®re nos masques noirs" a permis que se rencontrent des milliers de pratiques diff√©rentes autour de l’id√©e d’un monde o√Ļ tous les mondes seraient possibles. C’est ce qu’explique Lourdes, qui a particip√© √ la r√©bellion arm√©e au Mexique dans les ann√©es 70 et qui suit de pr√®s le mouvement zapatiste, depuis bien avant son soul√®vement public en janvier 94. "Si quelque chose distingue les zapatistes et le mouvement indig√®ne, c’est leur cr√©ativit√©. Cette cr√©ativit√© r√©side surtout dans ces √©tranges, ces myst√©rieuses nouvelles formes de lutte. Je distinguerai surtout la parole, comme arme d√©finitive, l’oxymoron qui n’est pas toujours un paradoxe. L’oxymoron c’est par exemple, la parole zapatiste "nos tapamos la cara para que nos vieran", difficile √ traduire mais qui peut √™tre rendue par "nous nous cachons le visage pour √™tre vus".
Des Mayas, ils ont aussi gard√© l’intersubjectivit√© qu’on trouve dans certaines langues mayas. Quand la major Ana Maria, de l’arm√©e zapatiste dit "Estamos ustedes", encore difficile √ traduire, "Nous sommes vous", c’est une application de la subjectivit√© des langues mayas. La premi√®re personne ne se termine pas l√ o√Ļ commence la deuxi√®me, car si je te parle, tu m’√©coutes. C’est r√©v√©lateur de la mani√®re de comprendre le monde des indig√®nes. Quand ils subissent un examen, ils se mettent tous √ protester en disant "pourquoi est-ce que les professeurs veulent nous interroger individuellement ? On va rater. Ce n’est que si on le fait ensemble, collectivement, que nous allons r√©ussir et en sortir plus sages". Et toute cette culture a impr√©gn√© le nouveau langage et a boulevers√© tous les Mexicains, ou en tout cas beaucoup d’entre nous. La d√©sob√©issance est aussi un paradoxe, ce n’est pas un mot tr√®s clair. Inventer des lieux d’√©change, des parlements pour parler des probl√®mes du monde, c’est un acte de d√©sob√©issance tr√®s important. Se voiler le visage ou donner comme domicile les montagnes de la for√™t mexicaine, du Sud Est du Mexique, c’est un acte de d√©sob√©issance. C’est sortir du sens, perdre le nom qui t’a √©t√© donn√© et commencer √ construire ton monde. C’est difficile mais c’est ce que font les mouvements autonomes et notamment les mouvements indig√®nes du continent am√©ricain. On doit arr√™ter d’√™tre les nains de Blanche Neige ! Les √©tats Unis veulent transformer le monde en un grand Disney Land et nous ne devons pas les laisser faire. Nous sommes trop diplomates. Il y a beaucoup de choses avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord et on ne dit rien. Il faut vivre avec courage, et la premi√®re chose √ faire est de construire ce que nous voulons r√©ellement. Et ce n’est pas facile. Seuls pourront le faire les hommes et les femmes libres, les hommes et les femmes courageux. Et il faut avoir de l’imagination pour faire de la lutte un carnaval !"

Du pouvoir √ la puissance

Le centre social Eurodusnie, √ Leiden, est un acteur important des mouvements alternatifs hollandais. Les pratiques y sont √©galement celles de la mise en oeuvre concr√®te d’alternatives locales, d’espaces de partage et de compr√©hension, de liens qui se tissent. L√ non plus il ne s’agit de prendre le pouvoir, mais bien de gagner en puissance, de construire collectivement un espace o√Ļ chacun ait sa place. "Concr√®tement, une des choses que nous faisons c’est un magasin gratuit, o√Ļ on peut amener des objets qu’on n’utilise plus et o√Ļ on se sert sans argent. Cela am√®ne une nouvelle forme d’envisager la marchandise, une nouvelle conception de l’√©conomie interactive, sans instrumentaliser des gens qui sont en dehors du processus d’√©change. Bien s√ »r, nous ne pensons pas qu’on puisse changer la soci√©t√© en cr√©ant un magasin gratuit. Ca a une valeur symbolique, √ßa montre qu’il est possible d’agir autrement que selon les pr√©ceptes en vigueur majoritaires dans la soci√©t√©. Il s’agit aussi de ne pas postposer la question de comment on voudrait vivre et produire √ apr√®s LA R√©volution, mais de poser ces questions ici et maintenant. Tous ces mouvements mettent l’accent sur le fait de s’organiser en autogestion, de cr√©er des alternatives localement, et de cr√©er des relations entre elles. C’est une nouvelle id√©e de la lutte qui a donn√© lieu √ une nouvelle subjectivit√©, celle de ce qu’on appelle la multitude, ce qui signifie qu’il y a diff√©rents groupes, avec des id√©es et des valeurs diff√©rentes, des mani√®res diff√©rentes de concevoir ce pourquoi on se bat... Une des questions centrales est de parvenir √ cr√©er des formes d’organisation dans lesquelles chacun puisse s’exprimer, de construire ensemble des interconnexions entre les luttes, de partager des niveaux de discussion et, ce qui est tr√®s important, de partager la prise de d√©cisions. En bref, de pas reproduire les m√™mes sch√©mas de pouvoir qu’on d√©nonce dans la soci√©t√©. Dans la contestation √ la mondialisation, il existe aussi beaucoup de mouvements moins radicaux, comme par exemple Attac. La principale diff√©rence entre ce genre de groupe et Eurodusnie, par exemple, c’est que notre objectif est plut√īt de continuer √ accro√ģtre la tension pour d√©l√©gitimer les gouvernements, les formes de pouvoir, aux niveaux √©conomique et politique. Si on n√©gocie avec le gouvernement, √ßa veut dire qu’on accepte sa l√©gitimit√© et en agissant ainsi, on ne pourra pas atteindre un changement structurel. Pour y arriver, il faut cr√©er de nouvelles perspectives dans l’esprit des gens, avoir conscience que nous cr√©ons une force entre nous et savoir que c’est √ßa qui peut changer les choses. Le fait de dialoguer avec les dirigeants peut couper cet √©lan".
Sur la question de l’ouverture √ des formes d’opposition plus institutionnelles ou du dialogue avec certains repr√©sentants du pourvoir, les pratiques et les points de vue sont divers. Pour John Jordan, ce r√©seau de mouvements est trop grand et trop complexe pour craindre d’√™tre r√©cup√©r√© par des structures politiques conventionnelles. "Il est impossible de cr√©er une structure pour centraliser ce r√©seau. Nous devons croire que cette √©poque est le bon moment pour cr√©er des r√©seaux horizontaux, on doit avoir la foi dans le fait que c’est le moment propice pour ce genre de politique.
Si on a cette foi, on saura qu’on ne peut pas √™tre corrompus par des mouvements qui fonctionnement selon les principes de l’ancienne gauche. Pour ce qui est de notre relation avec des rassemblements internationaux comme le Forum Social Europ√©en qui va se tenir √ Florence, il faut encore en revenir √ l’√©cologie : c’est sur les bords que la cr√©ativit√© s’exerce, comme dans ces Forums. C’est pour cela que je pense qu’il ne faut pas rester compl√®tement √ l’ext√©rieur de ces structures, m√™me si nous ne croyons pas en elles. Il faut plut√īt am√©liorer notre communication et savoir expliquer aux gens qui sont dans ces structures comment fonctionnent les r√©seaux d√©centralis√©s".

Un laboratoire d’une autre mondialisation

Ces questions, le mouvement rural autog√©r√© Longo Ma√Į ("longtemps encore", en proven√ßal) les vit et les r√©fl√©chit depuis sa cr√©ation en 1973. R√©seau international qui rassemble dix coop√©ratives dans le monde, il s’est fond√© d√®s le d√©part sur une pratique alternative de vie quotidienne ouverte sur le monde, sur une base solidaire et militante. Par des liens directs et concrets, des complicit√©s qui se tissent √ partir de communaut√©s d’id√©es, Longo Ma√Į s’est impliqu√© dans des luttes tr√®s diverses : l’accueil de r√©fugi√©s chiliens √ la chute d’Allende, le soutien √ des opposants kurdes et turcs, la cr√©ation d’une coop√©rative au Costa Rica avec des r√©fugi√©s nicaraguayens et honduriens, la lutte contre le trusts agro alimentaires, le soutien √ Otelo de Carvallo, leader de la R√©volution des Oeillets emprisonn√© en 84, le soutien aux sans papiers, l’aide √ la cr√©ation d’une radio libre √ Bamako, la cr√©ation du Forum Civique Europ√©en, la mobilisation sur la situation des saisonniers marocains en Andalousie √ partir de la ratonnade d’El Ejido... Du local au global, toujours, la communaut√© est devenue un vrai laboratoire de mondialisation alternative, comme l’explique Alex Robin, qui y participe depuis le d√©but.
" La premi√®re coop√©rative a √©merg√© √ Forcalquier en Provence, sur une ferme de 300 hectares o√Ļ ont d√©barqu√© au printemps 73 une quinzaine de jeunes autrichiens, suisses et allemands qui venaient de groupes autonomes qui avaient √©merg√© au d√©but des ann√©es 70 √ Vienne et en Suisse. C’√©tait d√®s le d√©part une volont√© de vivre ensemble entre gens qui venaient d’horizons diff√©rents, et de la mani√®re la plus globale possible. C’est en ce sens que √ßa peut √™tre un exemple int√©ressant de contre-pied √ la mondialisation lib√©rale dont on parle depuis plus r√©cemment. C’est aussi tr√®s difficile, √ßa exige une grande volont√©, beaucoup de disponibilit√©, et peut-√™tre autant de duret√© que de g√©n√©rosit√©. Ce qui fait que sur trente mille personnes qui sont pass√©es, on n’est quand m√™me en tout que deux cents. On se trouve maintenant souvent dans des configurations √ g√©om√©trie variable, o√Ļ nous avons beaucoup d’amis proches avec qui on fait beaucoup de choses. C’est une dimension importante de l’√©poque actuelle : il est plus facile de fonctionner en r√©seaux, c’est plus dans l’air, plus spontan√©. On s’inscrit aussi souvent dans des d√©marches plus larges, que l’on rejoint sur diff√©rentes questions. Par exemple, r√©cemment, nos engagements se sont principalement attach√©s au probl√®me des migrations dans le monde rural en Europe, √ partir du cas des √©meutes racistes √ El Ejido. Par rapport aux probl√©matiques qui s’acc√©l√®rent dans ce qu’on appelle la mondialisation lib√©rale, on est tr√®s pr√©sents sur cette question, tr√®s sensible et tr√®s strat√©gique, parce que c’est un sympt√īme pr√©cis du renforcement de la forteresse Europe, qui d√©bouche sur des lois de plus en plus polici√®res que tout le monde finira par payer. Ce n’est donc pas forc√©ment dans un esprit de charit√© chr√©tienne, mais plut√īt ans un esprit d’Europ√©en conscient qu’on r√©agit √ cette question. Plut√īt que se d√©velopper en un seul lieu, on a essaim√©, on s’est multipli√© pour permettre une sorte de respiration, que ce ne soit pas toujours les m√™mes gens qui fassent les m√™mes choses au m√™me endroit avec les m√™mes autres. Ca donne aussi une exp√©rience sur la mani√®re de s’organiser horizontalement et le plus largement possible, c’est-√ -dire le plus nombreux possible. On a souvent ce probl√®me de comment √©chapper √ la d√©rive des structures de pouvoir qui naissent dans les contre pouvoirs.
Elles ne naissent pas forc√©ment parce qu’il y a quelqu’un de machiav√©lique qui met le grappin sur un groupe. Elles naissent b√™tement, humainement, aussi parce qu’on d√©l√®gue une prise de parole, parce qu’il y a des arrangements qui se font entre les uns et les autres, une sorte de s√©dentarisation, d’habitude... Quant aux rencontres internationales, aux grands messes, elles peuvent √™tre int√©ressantes ; de toute fa√ßon elles existent, alors il faut faire avec. Mais il ne faut pas aller s’y perdre de but en blanc : il faut prendre le temps de d√©velopper un mouvement bas√© sur les relations directes entre les gens, qu’il y ait un noyau qui se soit form√©. Et savoir que c’est souvent plus int√©ressant dans les couloirs que dans les grandes assembl√©es. A part √ßa, moi je n’ai pas de complexe √ aller au Forum Social Europ√©en, ou dans d’autres structures internationales. Par exemple, nous faisons une sorte de lobbying au Parlement Europ√©en et on a √©t√© √ l’origine de l’exclusion de Haider de l’Internationale Lib√©rale. On n’h√©site pas √ se compromettre avec des gens si √ßa peut avoir une efficacit√© politique. Parce que de toute fa√ßon, on ne risque pas trop d’√™tre corrompus par √ßa dans la mesure o√Ļ on est engag√©s de la mani√®re la plus alternative qu’on puisse conna√ģtre. Il faut quand m√™me √™tre capables de r√©fl√©chir le plus largement possible et pas par rapport seulement √ l’id√©al qu’on a soi-m√™me dans la t√™te".

P.-S.

une version plus courte de cet article est parue dans le journal C4, No : 101-102

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