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Question pour un champion [pages 5-6]

vendredi 1er novembre 2002, par intersiderale

PARCOURS D’UNE CYBERMANDAIE
[2] Septembre 1989 : J’entre  l’Université. Département d’études Romanes. Mes parents me croient lancée sur la rampe d’accès  la réussite. Moi, je me pose pas encore trop de questions.

Il n’y a pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de choisir de nouvelles armes.

Aussi longtemps que je me souvienne :

J’ai toujours été soumis au et exploité par le commandement Kapitaliste.

Il m’a d’abord enfermé dans des usines. Zéro sécurité, totale répétition, labeur épuisant et travail  mi-temps (12 h/jour). J’étais jeune, plutôt beau gosse et prometteur mais encore maigrelet et plutôt ignorant (un peu biesse si on veut). Je comprenais que dalle  ce qui m’arrivait. Je me demandais tout le temps « Que faire ?  ». Alors, j’me suis mis  lire en faisant des pompages en dehors de mon temps de travail. J’organisais mon magnifique corps d’Apollon quoi. J’ai pu envisager de désobéir aux ordres qu’hurlait le contremaître/lieutenant sans risquer ma peau. Et je lui ai fait savoir que j’allais plus continuer  aller au front/usine me faire massacrer 6 jours par semaine, 52 semaines par an dans des conditions aussi lamentables.

Le commandant K est intervenu et vu que j’étais déj plutôt balaise  décider de négocier. M’accordant chaque jour un peu plus de droit. Le poids physique de mon travail s’amenuisait grâce aux inventions technologiques et aux machines - que j’ai d’ailleurs inventées moi-même contrairement  ce que beaucoup pensent. Je passais toujours moins de temps  l’usine - j’ai même obtenu des jours de permission payés ! Ce petit jeu a duré plus d’un siècle et  la fin le commandant K était plus le commandant de grand chose et je mettais des tartes pour un oui ou pour un non au contremaître/lieutenant.

Ah ouais, j’dois aussi vous dire qu’ un moment, pendant ce temps l , j’ai même tenté une fameuse expérience : remplacer moi-même le commandant K. Mais ça a tourné au délire façon « soyez vous-même votre propre patron  » : y avait une part de moi-même qui prétendait savoir où aller et que foutre et qui se comportait en vrai tyran avec les autres parties de moi-même. Total schizo, passage obligé par l’asile.

Puis j’me suis laissé pousser les cheveux et la barbe - j’étais toujours aussi beau mais j’avais envie de changer de style (important ça, le style !). J’en avais marre et je l’ai fait savoir  tout le monde par l’entremise du professeur/contremaître (le frère jumeau du contremaître/lieutenant) que la discipline d’usine c’était terminé. Ras-le-bol de la soupe  la cantine, des tâches répétitives et abrutissantes, de pas pouvoir mélanger filles et garçons et des uniformes. Je voulais une vie créative, amusante et originale. Donner de la joie aux autres et pouvoir faire plein de trucs différents. Voir du pays et apprendre  jouer du djembé. Je veux apprendre une chose, puis une autre, puis 1000 autres.

L , le commandant K (qui était aussi recteur) s’est pas démonté parce qu’il a pigé que sinon j’allais tout démonter et il a dit : « très bien, pas d’usine. Pour toi, la vie ce sera comme un grand jeu télé : spectacle et paillettes, avec gros lot pour le gagnant  ».

Et j’me suis dit que cette fois la vie allait être belle comme une longue descente après une côte interminable.

Une descente ! Oui mais au (nouvel) enfer. Parce que j’ai quand même fini par comprendre que le commandant K avait vraiment l’art de tout changer pour que rien ne change. Et j’ai pigé qu’y avait des victoires que t’encaisses comme des défaites si tu captes pas que le championnat est encore long.

Je voulais voir du pays, faire plein de trucs différents en parlant plein de langues : j’suis hôtesse chez Ryan Air !

En fait, le présentateur télé, c’est qu’un contremaître dans un costard. Et une vie de candidat/acteur permanent qui passe d’audition en audition et qui court le cachet/super cagnotte, ben c’est pas une vie. D’ailleurs, Qui veut gagner des millions 24/24 (mais attention tu peux appeler un ami ou demander l’aide du public/société). Et les séries télé, c’est quasi toutes les mêmes. T’as beau pouvoir jouer tous les rôles, t’es toujours un figurant qui se fait engueuler par le réalisateur/contremaître qui répond aux ordres du commandant K (qui est maintenant producteur façon Jean-Luc Delarue). Juste que maintenant tu fais dans le rire et les larmes et dans le savoir - mais plus  la boutique de RTL que sur Arte - plutôt que dans la tôle pour bagnole.

Maintenant je me retrouve dans le show-biz jusqu’au coup. Dans ce drôle de monde où tout le monde se fait la biz, c’est chacun pour soi parce qu’il y aura pas des €/$ pour tous. Et mon corps, autrefois puissant, vole en éclats. J’y comprends plus rien. Que faire ? Avant ma tactique était claire : sabotage et/ou grève. Seulement quand la chaîne de télé/montage prétend avoir une âme, c’est la mienne qu’elle met au boulot. Et le sabotage, c’est du suicide. Y a qu’une solution : quitter cette vie de top modèle potentiel pour en inventer plein d’autres. Et me reconstruire un autre corps : fort, beau et puissant. Comme autrefois mais en plus mouvant, pour qu’il intègre toutes mes vies présentes et futures. Pour qu’elles jouent de concert une infinité de symphonies mais plus jamais celle dictée par la baguette parasitaire du chef d’orchestre/ commandant Kapitaliste.

Qui suis-je ?

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