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les loisirs : grandeur et décadence d’un concept eighties [pages 10-11]

vendredi 1er novembre 2002, par intersiderale

A la fin du moyen-âge, l’homme revendiquait le droit de choisir son dieu. A la fin du 17ème siècle, il refuse l’arbitraire politique. Peu  peu, au 19ème le pouvoir patronal est limité et la liberté du travail se développe.. La fin du 20ème siècle voit le pouvoir de la famille remis en cause et ce, principalement, par l’avènement du loisir.
Loi de 1921 : le régime des 48 heures/semaine et le système des 8 heures/jour, dans tous les secteurs industriels sans diminution du salaire.
Loi de 1936 : une semaine de congés payés est accordée ainsi qu’une réadaptation des salaires.
L’apparition des congés payés en 1936 va permettre  la classe ouvrière, disposant d’un peu de temps libre, de s’adonner au sport et  l’éducation physique. Ceci entraînera un net développement des lieux de sports et de loisirs. C’est ainsi que sont réalisées dans tout le pays plusieurs plaines de sports par une main-d’œuvre au chômage. De cette époque datent des lacs artificiels, des stades, des piscines, des espaces volley et basket.
Deux films de Henri Stork : les Jeux de l’été et de la mer, 1936. Ce film de commande est devenu un carnet d’images, notant allègrement les mille et un petits faits qui se jouent sur la plage. Vacances, 1938. L’euphorie des congés payés sur « une plaine de jeux qui s’étend sur septante kilomètres  » entre La Panne et Le Zoute.
Le loisir s’oppose  l’oisiveté dans le sens où celle-ci ne se définit pas par rapport au travail, elle n’en est qu’un substitut. Le loisir suppose d’abord le travail et surtout la réduction du temps de travail qui a permis un réinvestissement du temps libéré. Le loisir suppose ensuite une société où le travail est séparé des autres activités et où celles-ci ne sont plus toutes réglées par des rites collectifs. Autrement dit une société urbaine. C’est la vacance des valeurs qui fait la valeur des vacances.
Marx avait justement prévu qu’un jour le temps libéré par le progrès des forces productives et de la pression sociale permettrait le développement humain. La famille, la spiritualité, l’engagement mais surtout l’éducation et les loisirs sont les champs privilégiés par cette libération. Ce qu’il n’avait pas prévu c’est  quel point le temps libéré du travail deviendrait le lieu de nouvelles valeurs qui remettent en cause ces thèses. Par contre son gendre l’avait bien préssenti...
Il faut encore distinguer le temps libre du loisir. Idéalement, ce dernier est le temps libéré non seulement du travail mais aussi des obligations sociales. De plus il est désintéressé et lié au principe de plaisir. Les relations humaines n’y sont pas directement soumises aux hiérarchies sociales dominantes. En ce sens c’est le lieu où s’épanouit la créativité personnelle et collective.
Mais le surinvestissement de la sphère des loisirs correspond surtout au développement spectaculaire de la société de consommation. Tout ce temps libéré est aussi tôt récupéré par la création des industries du sport, du tourisme, du spectacle et de la fête. Le loisir qui s’opposait  la production rationnelle des marchandises pour devenir le lieu de la libre réalisation des individus est devenu lui-même une marchandise. Grandeur et décadence du concept : le loisir aurait d » être aux sociétés post-industrielles ce que le travail f »t  la société industrielle, .. trop tard il s’est vidé de son pouvoir de subversion.
Aujourd’hui on travaille plus aux States que partout ailleurs dans le monde en contradiction avec la théorie qui veut que richesse et prospérité se conjuguent avec réduction du temps de travail. Le salarié américain doit travailler d’avantage pour compenser la baisse continue de son pouvoir d’achat et pour acquérir les marchandises qu’il se doit de posséder. Allez les gars. Certes ce surmenage laisse peu de temps  la famille, aux engagements et aux loisirs mais le vide est désormais comblé par les entreprises.. Elles aménagent les lieux de travail et tentent de pourvoir aux besoins matériels, psychologiques et affectifs des salariés : on ne travaille plus en usine mais sur un campus avec terrains de sports, garderies, cafés, blanchisseries, thérapeutes voire conseillers de deuil. Elles favorisent les rencontres sexuelles par le biais de club de célibataires. L’effet d’intégration des sphères privées et professionnelles est maximum. L’objectif n’est plus de travailler moins mais de se surmener dans de meilleures conditions.

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