intersiderale - διαστρική

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An 1 [pages 17-18]

vendredi 1er novembre 2002, par intersiderale

Gênes, 20 juillet 2001. La guerre globale permanente se prépare. La multitude se soustrait  la violence infâme de la police Impériale, fuit les nouvelles matraques offertes par le centre gauche, se disperse sous le mot d’ordre « reconquête générale du territoire, des bassins de production, des flux de communication  ». En partant, on a peur pour nos sœurs et frères tombés dans les mains de la nouvelle administration pénitentiaire. L’ancienne avait été remplacée par le ministre de la justice Diliberto du Parti des communistes italiens (spécimen exemplaire du passage de la compromission historique  la corruption historique de la gauche européenne) car jugée trop soucieuse des droits humains.

Liège, 21 septembre 2001. On vient  peine de découvrir  quoi ressemble la guerre globale permanente. On s’agite beaucoup, on part un peu dans tous les sens, on se perd, on sait pas trop quoi faire, on crée des liens, on marche un peu avec tout le monde, mais une chose est s »re, on marche comme les zapatistes : en posant des questions. Allons-nous marcher encore longtemps ? La gauche est-elle devenue une forme plate, une mise en coordinaction ? C’est quoi la CES ? Un lobby, un hobby pour architecte mégalomane ? Un rapport de force faible + un rapport de force faible + un rapport de force faible + un rapport de force faible + ... = Un rapport de force puissant et fort ? C’est quoi le temps grammatical de l’Europe de l’emploi et du social, notre passé décomposé, le futur de notre passé ou notre futur presque parfait ? Et toi camarade, c’est quoi que tu désires comme avenir ? Et toi passant, c’est quoi ton problème  présent ? Une grande fatigue nous prend, Valfil, nos jambes tremblent, Tolmatil, Aciérie LD, Bocande, Tahamata, on tombe dans les pommes. Fond de seraing, printemps 1982, avec notre bande de camarade et un tourne-vis ( ça c’est un vice qu’on gardera un certain temps), on essaye de se faire un appareil  chewing-gum. On veut tout, les chewing-gums et l’argent des chewing-gums. C’est la forêt de Sherwood, le slogan de nos grands frères soixantehuitards trahis par nos pères. Justement, on en profite, nos pères regardent dans le vide, ils sont battus, le compromis est terminé. Sans nous voir (invisible, ça c’est une tare qu’on gardera encore plus longtemps) ils défilent vers la place John Cockerill pour écouter 4 ou 5 imbéciles qui martèlent que l’avenir est serein. Le compromis est terminé, la corruption devient l’avenir. Les murs tombent. On se relève et un peu allumé, on se dit que notre verbe sera celui du futur antérieur, car il précède toute possibilité d’avenir, c’est le passé dans le futur, plus le présent, et pas encore l’avenir.

Liège, 1er mai 2002. An 1 de la guerre globale permanente. On s’est posé deux questions : « De quel type d’exploitation faisons-nous l’objet aujourd’hui  » et « Aujourd’hui qu’est-ce qui est mis en jeu dans l’insubordination  l’exploitation  ». On est toujours s »r de rien, mais on a trouvé plein d’amis. Ensemble, on s’est posé plein d’autres questions : des questions de topographes (lieu ou non-lieu de l’exploitation), des questions d’horlogers (mesure ou hors-mesure de l’exploitation), des questions d’anatomies, de géologies, de thermodynamies, de cyborgs, de sorcelleries. Ensemble on veut traverser la ville, lieu d’entrecroisement du précariat suspendu entre le travail et la formation, entre le centre et la banlieue, se réapproprier les rues, les places, l’espace et le temps de nos vies. Aujourd’hui, on décide du rythme, de la forme, des couleurs. On met en jeu tout ce qui détermine le travail post-fordiste, nos corps, nos désirs, nos relations. Aujourd’hui, on décide l’autogestion de notre flexibilité et de notre mobilité. On veut de nouveaux droits, on veut du bonheur. « Nous sommes nouveaux, mais nous sommes antiques  ».

Glasgow, Manchester, Londres, Paris, Milan, Rome, Madrid, Bratislava, Moscou, USA, Australie, et en bien d’autres endroits disséminés  travers le monde ... 16 octobre 2002, MacStrike, Global Day of Action. An 2 de la guerre globale permanente. C’est le jour qu’ont choisi les nouveaux wooblies (c’est comme ça qu’on appelait les militants de l’International Workers of the World des années 20) pour une action de grève internationale contre MacDonald’s : « We don’t take shit, we make it  ». Assis devant notre PC, on lit les dépêches qui arrivent du monde entier. Il y a des centaines de MacDo fermés par les travailleurs. Des milliers d’activistes venus les soutenir. On rit. On rit beaucoup, les champions de l’antisyndicalisme sont pris  revers. Avec les syndicats fordistes et leur structure de professionnels payés, c’était facile, un jeu d’enfant. Mais la vieille taupe est sortie de terre, elle est devenue serpent. Nous sommes flexibles et nous ne plierons pas. On rit. On rit moins, le MacDo de notre ville est ouvert. Ici le flux de travail de merde n’est pas bloqué. Pas d’activistes dans les rues, pas de plans d’actions, pas d’organisations d’actions, rien que de la concertation, des coordinations et des coordinations de coordinations. On se sent un peu responsable, il faut que cela cesse, il y a encore du boulot : allez vieille taupe, sort de terre. Le mouvement No Global a démontré que le temps de la concertation était révolu, que c’est pas de ça que l’on a besoin, mais plutôt de résistances et d’exils : « Only fighting will win  » est écrit en grand sur le flyers de la coordination internationale des MacWorkers. Les lignes qui précédent pourraient passer pour une fumeuse rêverie « s’il n’y avait pas l’exemple de la lutte des précaires lancée par le combat victorieux du MacDo du boulevard Saint-Denis,  Paris. étendue ensuite  d’autres MacDo puis entrée en résonance avec d’autres entreprises (FNAC, Maxi-Livres, Go-Sport, Eurodisney), cette lutte a vu des jeunes précaires non politisés, qui n’imaginaient pas la veille d’avoir une telle activité, s’allier, trouver des solidarités et des tactiques transversales et tenir sur la durée, jusqu’ une victoire forcément provisoire, mais une vraie victoire. Ce combat a plus fait que mille politiques intégratrices pour lutter contre la barbarie dans les quartiers pauvres et donner  ses jeunes habitants le go »t d’un collectif qui ne soit pas une bande régressive.  »

Italie, 17, 18, 19 octobre, Généralisons la grève. An 2 de la guerre globale permanente. Le précariat social proclame la grève généralisée de 24 heures. Les 8 heures ne représentent plus la complexité d’un travail qui s’étend dans le temps jusqu’ se superposer  l’entièreté de la vie. Notre usine a dépassé les parois du poste de travail et est partout dans la cité. Pour notre mobilité, nous usons des sous, du temps, des nerfs et du souffle. On travaille chez nous, on change de lieu de travail tous les jours, on travaille sur le réseau. Notre travail a dépassé les parois du temps de travail. L’anxiété, les passions, les relations, les savoirs, les idées que nous mettons en jeu dans le travail n’ont pas d’horaires... Souvent c’est quand on ne travaille pas que nous travaillons le plus.

Si le temps de travail s’étend  toute la journée, étendons la grève  toute la journée. Si le travail s’étend  toute la cité, étendons la grève  toute la cité.

Construisons la grève prolongée, qui surpasse la grève comme elle est menée d’ordinaire par les syndicats. Une grève de ce nouveau monde du travail qui est exclu du statut de travailleur. Une grève de ceux qui ne peuvent pas faire grève, parce qu’ils risquent le licenciement, parce qu’ils n’ont pas de contrat, parce qu’ils n’ont pas un permis de séjour ou simplement parce que leur travail n’est pas reconnu. Généralisons la grève pour conquérir de nouveaux droits sociaux et citoyens. Généralisons la grève pour un revenu, comme redistribution de tout ce travail non reconnu, comme instrument de libération de la précarité, pour réduire le temps de travail et libérer du temps de vie. Généralisons la grève pour la libre circulation des êtres humains comme des savoirs, contre les centres fermés, contre la privatisation de la connaissance, et pour une Europe sans frontières.

Généralisons la grève pour déserter la guerre globale, guerre préventive qui devient guerre sociale et économique.

Qu’est-ce que c’est bon de voir la banderole de ce groupe de pensionnés de la Cgil reprendre le refrain des No Global : « Non  toutes les guerres, non  la guerre contre l’Irak, non  la guerre sociale  »...

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