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LE PRECARIAT versus LES SYNDICATS, LE TRAVAIL versus LES EMPLOIS... [pages 7-9]

vendredi 1er novembre 2002, par intersiderale

PARCOURS D’UNE CYBERMANDAIE
[3] Septembre 1995 : Je sors de l’Unif avec une licence en poche. Direction : bureau de chômage.

Un texte préparatif  une intervention orale dans le cadre d’un Café Syndical, sur le thème « Nouvelles formes de travail, nouvelles formes de luttes  » le 25/10/2002  Liège, Belgique, Planète Terre.

Quand nous parlons du Travail, on nous répond toujours en terme d’emploi !
On aimerait parfois travailler avec/dans/mais pas pour les Syndicats, mais... Même si c’est s »r qu’il y a,  l’intérieur de ces structures syndicales, des gens qui réfléchissent aux changements profonds intervenus dans le monde du travail aujourd’hui, on a quand même pas l’impression qu’ils pensent beaucoup  nous, nouvelles générations de travailleurs précaires... Les syndicats.
Ils sont encore dans des dispositions d’une autre ère. L où on aimerait qu’ils aillent de l’avant, qu’ils réclament des nouveaux droits pour les travailleurs d’aujourd’hui et pas seulement qu’ils se concentrent sur une sauvegarde des « acquis/conquis  »  tout prix. Acquis pour qui ? Et  quel prix ?

Nous sommes souvent des travailleurs non-marchands et nous l’avons choisi - animateurs, profs, journalistes, factotums dans les nouvelles technologies, un peu tout ça  la fois, ça dépend des fois, actuellement dans des contrats ou pas - . Cet espace particulier de production immatérielle est un terrain que nous, anticapitalistes de tous poils, devons défendre, investir et favoriser de toutes nos forces.
Nous sommes nombreux  avoir aujourd’hui atteint la trentaine - bien qu’on se sente parfois en quarantaine -, et, alors que nous travaillons, nous avons rarement accès  un statut acceptable.

Exemple. Aux cours des dernières années, en cumulant ses diverses activités rémunérées, un cybermandaï X, diplômé de 31 ans, a travaillé « officiellement  »  2/3 temps de moyenne. Or ce cybermandaï connaît  un moment un « vide dans son parcours professionnel  », et il se retrouve considéré comme en allocation d’attente pour le chômage, comme s’il venait tout juste de sortir de l’école, vierge de toute carrière professionnelle. Et pas de Rosettas pour venir le sauver au dessus de 26 ans ! En plus, en tant que cohabitant, notre cybermandaï X risque un jour de perdre les 300€ que, gracieusement, la collectivité lui octroie chaque mois, si par hasard son ami/e a la mauvaise idée d’avoir une situation jugée stable avec un minimum de 900 zorros par mois. Et c’est même pas s »r qu’il puisse faire du bénévolat, ça dépend du bon vouloir de l’employé/e du Forem en charge de son dossier qui peut juger que c’est du noir déguisé ou que la dite occupation a peu d’utilité. Et s’il preste un jour une activité occasionnelle, alors l  : le cybermandaï X doit noircir une case correspondant au jour dit sur sa carte bleue de chômeur, perdre ainsi une journée sur ses allocs - même s’il n’a été employé qu’une heure - et prévoir une somme  mettre de côté pour rembourser des impôts en fin d’année. Et si jamais il cherche  améliorer sa situation en trichant sur son adresse, sa vie privée, ou en faisant quelques heures sur le côté en catimini pour un ami, ce cybermandaï risque d’être puni...

Et nous ne pensons pas qu’ travers cet exemple on ait décrit une situation exceptionnelle. Il n’est pas question ici d’ajouter au cahier des charges une revendication sectorielle de plus. Parce que nous sommes convaincus que ce type de situation est amené  être de moins en moins marginal. Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
Nous, on ne croit pas qu’on puisse attendre patiemment la fin de la crise et le retour  une société de plein emploi. Et on refuse de condamner le petit travail « au black  », toute l’économie informelle, parallèle, faites de petites illégalités, au nom du respect et de l’équilibre de la Sécurité Sociale. Il y a des règles qui nous protègent tous - plus ou moins bien -, c’est vrai. C’est aussi vrai qu’il y a des gens qui refusent de jouer le jeu et qui ne veulent pas payer pour la collectivité, mais il y a surtout des gens qui n’ont tout simplement pas les moyens de respecter les règles en vigueur.
Pour être volontairement provocateurs, on pourrait dire que nous sommes pour une certaine flexibilité dans le travail, tout en étant bien-s »r contre l’exploitation capitaliste de cette flexibilité. On a grandi au milieu de cette atmosphère faite de pertes de repères, de chamboulements, d’instabilité et de vitesse... Nous en avons fait notre réalité.
Nous sommes des travailleurs nomades et immatériels.
Pourtant, nous comprenons le sentiment de sécurité et même de fierté qui chez nos parents émanait du fait d’être lié  vie  une entreprise ou  un corps de métier. Seulement, nous n’avons plus envie de travailler 8h par jour pendant 35 ans dans une même usine ou  un même bureau. Nous nous enrichissons en passant d’un projet  un autre ou en cumulant plusieurs activités en même temps. Nous sommes prêts  nous former continuellement et  nous déplacer s’il le faut. Enfin, nous rejetons le modèle d’une certaine spécialisation.
Bref, c’est toute une nouvelle culture par rapport au travail que nous incarnons.

Et on a l’impression que les syndicats sont encore très loin de ces réalités propres  nos sociétés post-industrielles.
Dans cet ordre d’idées, une des luttes sociales importantes qui se joue en ce moment - et qui est loin encore d’être gagnée - , c’est celle sur l’adaptation, l’élargissement du statut des artistes. L encore, on a le sentiment que s’ils ont suivi le mouvement, les syndicats n’ont pas été en première ligne sur cette question qui nous semble pourtant essentielle dans un processus de conquête de nouveaux droits sociaux. Dans cette société post-industrielle, il y a de plus en plus d’individus qui, sans être des artistes  proprement parler, sont au quotidien de véritables créateurs de richesses immatérielles. Ces richesses servent la société dans son ensemble, y compris économiquement, mais les travailleurs qui les créent ne sont ni rémunérés, ni même reconnus équitablement.
Pourtant, comme les artistes, nous serons de plus en plus  être des travailleurs « intermittents  » et il faudra bien qu’on trouve des solutions, une reconnaissance sociale et un statut décent pour cette population. Dans le cas contraire, on va droit vers une situation sociale ingérable et explosive. Il est urgent que les syndicats prennent pleinement en compte le devenir de ces travailleurs précaires. Ils ont d’ailleurs tout  y gagner.
Pour nous, des revendications nouvelles qui iraient dans ce sens et ne lieraient plus complètement la sécurité sociale  l’emploi ne sont pas plus irréalistes ou inacceptables par le patronat que de demander la semaine des 32heures avec embauches compensatoires et sans perte de salaire... Les conquêtes du monde du Travail ont toujours été le fruit de luttes et n’ont jamais été acceptées de bon cœur par le Capital.

Nous ne sommes pas « des chômeurs  temps plein  ». Nous sommes des travailleurs intermittents qui bénéficient par intermittence d’allocations minimes. Nous ne voulons pas être contraints  nous déclarer comme indépendants, comme le voudrait une certaine logique libérale. Nous ne voulons pas non plus d’un compromis du type d’un R.M.I., comme le voudrait une certaine logique sociale-démocrate.
Nous, travailleurs précaires, désirons êtres reconnus dans nos spécificités, pour cela, nous réclamons de nouveaux droits !

Et ce n’est pas parce que nous sommes des travailleurs immatériels, que nous n’avons pas droit  une certaine sécurité matérielle !

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