intersiderale - διαστρική

NO GLOBAL, article paru dans le journal C4, No : 97-98

Cybermanifs

un cybermanda√Į

lundi 1er juillet 2002, par Cybermanda√Į-e-s

Les cybermanda√Į-e-s sont une association de fait cr√©√©e d√©but mars √ l’appel du collectif ¬« Intersiderale ¬ ». Tr√®s rapidement (il y aura seulement cinq A.G.) le groupe s’est √©largi √ d’autres collectifs et individus (une trentaine de personnes), venant essentiellement de Li√®ge, mais aussi de Bruxelles.
L’id√©e √©tait celle-ci : cr√©er un espace politique au sens le plus large possible, c’est-√ -dire qu’aucune plate-forme n’√©tait pr√©alablement √©crite. Seule une id√©e ma√ģtresse ; "nos cybercapacit√©s - c’est √ dire, nos capacit√©s communicationnelles, affectives et cr√©atives - ont en commun d’√™tre ¬« manda√Įs√©es ¬ » : Cybermanda√Į-e-s est notre nom, le premier mai ; notre f√™te."

Le 1er mai 2002, les cybermanda√Į/e/s font joyeusement irruption dans l’espace public, dansant derri√®re le sound system d’un char improbable. Le but : prendre la parole √ leur fa√ßon sur la question du travail, de leur travail. Sans plus attendre ni vouloir qu’on traite de cette question √ leur place.

Pourquoi avoir choisi la date symbolique et tr√®s connot√©e du 1er mai, jour traditionnellement ¬« r√©serv√© ¬ » aux mouvements ouvriers (du PC au PS en passant par la FGTB) ?

Parce que le 1er Mai est notre f√™te (√ nous aussi). Tout pourrait partir de cette phrase d’apparence anodine. Aujourd’hui, trop de vieilles distinctions sont encore en activit√© : travail et non-travail, travail intellectuel et travail manuel, travailleurs salari√©s et travailleurs autonomes, production et reproduction. Et notre mani√®re de produire nous rejette trop souvent dans la ¬« mauvaise ¬ » partie du tableau. Celle du non-droit (ou du droit vague et inadapt√©). Le syst√®me de protection sociale et de droit du travail qui est en vigueur a √©t√© pens√© autour d’une figure historique : le travailleur salari√©. Nous pensons qu’il est temps de remettre cette centralit√© en cause. Il ne saurait √™tre question de remettre en cause l’ensemble des droits obtenus par les travailleurs salari√©s √ travers les luttes ouvri√®res. Ces droits doivent √™tre d√©fendus et nous sommes solidaires de tout combat pour la pr√©servation des acquis sociaux. Mais, en tant que travailleurs a-typiques - artistes, int√©rimaires, intello free-lance, etc. - ses droits ne nous sont pas adapt√©s.

Vous r√©clamez un ¬« new welfare ¬ », une red√©finition de l’Etat social. Quelle forme pourrait-il prendre ? Ne croyez-vous pas qu’il faudrait le penser sans lier protection sociale et travail comme c’est actuellement le cas ?

De nouveau, la protection sociale n’est pas li√©e au travail mais √ l’emploi salari√©. Or il y a du travail au-del√ de l’emploi salari√©. Ce que nous r√©clamons c’est une v√©ritable machine √ cr√©er du droit : adapter le juridique √ la vie et pas pousser les gens √ aller vivre l√ o√Ļ il y a du droit. Dans notre cas, la pr√©carit√© et l’absence de reconnaissance de la multiplicit√© des formes de vie et des modes de production sont intimement li√©s. Ce n’est pas un probl√®me qu’il y ait un rapport √©troit entre droits sociaux et production, le probl√®me c’est qu’on ne reconnaisse pas la multiplicit√© des fa√ßons de produire et la richesse de leurs productions. La cr√®che mobile qui se trouvait le 1er mai en queue de la street party pourrait nous inspirer pour construire le nouveau welfare que nous d√©sirons. Au point de rendez-vous, un couple de Louvain est venu nous demander si nous voyions une objection √ ce qu’il int√®gre leur camionnette, am√©nag√©e en lieux de repos pour les enfants, au cort√®ge. Comment refuser une telle proposition ! Voil√ un service compl√®tement adapt√© √ l’√©v√©nement, pens√© par les gens qui y participent pour les gens qui y participent. Il faudrait avoir une conception tr√®s born√©e et obtuse de l’organisation pour ne pas lui reconna√ģtre une utilit√©. Or c’est un peu la conception de l’organisation de la soci√©t√© aujourd’hui en vigueur √ travers notre syst√®me de protection sociale.

Justement, la street party. C’est la forme que vous avez choisie pour investir l’espace public. C’est plus qu’un hasard ?

C’est tout simplement ce que nous d√©sirions faire. Nous voulions attirer l’attention sur la n√©cessit√© d’une reconnaissance de nos formes de vie, de nos fa√ßons de produire et de nos d√©sirs. Et la ¬« forme ¬ » street party s’est impos√©e √ nous. Parce qu’elle nous permettait de travailler sur un projet autod√©termin√© et √ notre mani√®re - selon une m√©thode qui nous est propre. Le style et le contenu, c’est jamais bien √©loign√©. Ce que nous revendiquons est directement li√© √ la mani√®re dont nous le revendiquons. Cette street party, c’est le fruit d’une coop√©ration entre plusieurs dizaines de personnes, b√©n√©voles et hautement qualifi√©es. Et, pour un minimum d’investissement financier mais avec un capital humain inquantifiable, √ßa √ donn√© une production tr√®s riche, tant pour ceux qui l’ont organis√©e que pour ceux qui y ont simplement particip√©r. On pourrait dire, en conclusion, que ce que nous d√©sirons c’est un peu la reconnaissance de la richesse (sociale) de ce genre de production et les fa√ßons de travailler qui les permettent.

City Parade

Ce 22 juin 2002 √ Li√®ge, les cybermanda√Į/e/s ont remis le couvert. En ce jour de City Parade dans la Cit√© ardente, ils avaient d√©cid√© de s’introduire dans le cort√®ge afin de contester ludique ment un √©v√©nement hyper-commercial qui ach√®te la Ville √ coup de Perrier, de Red Bull et de Chupa-Choups. Ce coup-ci, les cybermanda√Į/e/s ont choisi le minimalisme. Avec trois caddies de supermarch√© abritant un DJ, un groupe √©lectrog√®ne, et une Diva cyberpunk haranguant la foule √ coups de seins silicon√©s, de vibromasseur, et de bas r√©sille, (autant d’attributs de la femme-objet), ils ont investi la Parade. Leur mot d’ordre : ¬« La ville n’est pas √ vendre. La f√™te n’est pas une marchandise ¬ ». A rebours de cette logique commerciale investissant les moindres recoins de l’espace public, les cybermanda√Į/e/s ont amen√© une note contestataire dans la Parade. A mille lieues de l’esth√©tique des chars Perrier, les caddies des manda√Į/e/s n’en ont pas moins interpell√© la foule. La nuit s’est termin√©e dans une clairi√®re des bois de la Citadelle, o√Ļ les cybermanda√Į/e/s ont offert √ environ 600 personnes une Free Party √©lectro gratis. Tandis que les techno√Įdes tous azimuts payaient 29 euros pour entrer au Hall des Foires de Coronmeuse...

P.-S.

NB : Un/e manda√Į/e est un travailleur effectuant une t√Ęche subalterne et mal pay√©e.

Pour plus d’informations nous vous renvoyons au site http://collectifs.net/cybermandai


article paru dans le journal C4, No : 97-98

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