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Quel sommet avons-nous atteint √ Bruxelles ?

par Brian Holmes (traduc : Ata)

mardi 22 janvier 2002

Une r√©flexion int√©ressante sur les mobilisations de Laeken... De quoi alimenter en tous les cas la r√©flexion en perspective de la mobilisation contre l’UNICE.

Quelqu’un soutenait en l’air un panneau peint en rouge au-dessus des t√™tes de la multitude sur la Place Bockstael √ Bruxelles. Une fl√®che blanche pointait la route tout droit avec la mention : "EuroTop", le terme n√©erlandais pour "Sommet". Une autre fl√®che, courb√©e vers la droite disait "Route l√©gale". C’√©tait une mani√®re de demander aux manifestants, √ travers l’action directe, de penser ce que nous √©tions en train de faire sur cette Place Bockstael. Mais quand l’immense globe terrestre, avec ses danseurs d√©guis√©s qui surgissaient de ses continents, a pris la route √ droite, tout le monde l’a suivi sans se poser de questions. Et par la suite, la manifestation a toujours suivi le sc√©nario pr√©√©tabli. Les mots "No Red Zone", qui apparaissaient √©galement sur le panneau en question, ont √©t√© vains. Personne n’a perturb√© les leaders europ√©ennes enferm√©s dans leur ch√Ęteau au milieu d’une v√©ritable "Zone rouge".

Les protestations qui se sont d√©roul√©es √ l’occasion du Sommet de l’UE au Palais de Laeken en Belgique ont connues une importante participation populaire malgr√© le vent glacial qui soufflait ces jours-l√ . Au moins 80.000 personnes ont particip√© √ la manifestation organis√©e par les syndicats le 13 d√©cembre et 25.000 autres personnes ont march√© dans la manifestation "alternative" le jour suivant. Le samedi 15 d√©cembre les anarchistes et la Street Party organis√©e par BruXXel ont converg√©es pour s’ouvrir leur propre route dans la ville. Mais la manifestation syndicale, qui a suivi un bref et ennuyeux parcours rectiligne pour s’achever sous de gigantesques √©crans vid√©os et un syst√®me audio dignes d’un match de football, a √©t√© innond√©e de tristes slogans r√©formistes tels que "L’Europe, c’est nous". En ce qui concerne la manifestation alternative organis√©e par une coalition d’ONG et de groupes d’extr√™me-gauche, elle n’a pas seulement suivi la route l√©gale qui nous a conduits √ un zoning industriel inhabit√©, mais elle s’est termin√©e dans un complexe d√©saffect√© auquel on n’acc√©dait que par une porte relativement √©troite que les manifestants ont √©videmment d√ » fermer quand la police a commenc√© √ les provoquer avec des canons √ eau. R√©sultat : des milliers de personnes ont √©t√© forc√©es de subir l’humiliation des "contr√īles s√©l√©ctifs" pour sortir du complexe et 25 ont √©t√© arr√™t√©es. Seule la Street Party s’est refus√©e √ suivre un chemin pr√©√©tabli mais elle fut de ce fait paralys√©e et encercl√©e pendant une heure par des l√©gions de policiers tandis que les organisateurs n√©gociaient avec les bourgmestres la poursuite du parcours. Toute cette s√©rie de manifestations ont constitu√© une le√ßon objective sur le contr√īle et la neutralisation.

"Mais que veux-tu faire ?" me demandaient-on. "Encore plus de violence, comme √ G√™nes ?". Absolument pas. Nous devions √©viter une confrontation st√©rile qui aurait in√©vitablement √©t√© utilis√©e contre nous et c’est ce que nous avons fait. Cela est tout √ fait positif. Il n’y a pas de terroristes dans le mouvement pour un changement d√©mocratique et √©galitaire, et le v√©ritable d√©fi de ceux qui protestaient √ Laeken √©tait de surmonter le double spectre de la violente urbaine inutile et du 11 septembre. Mais √ un moment o√Ļ ce mouvement joui d’un croissant appui populaire en Europe, cela ne signifie pas que nous devons renoncer √ notre force. A Bruxelles, les diff√©rentes composantes du mouvement ont tacitement d√©cid√©es de se mod√©rer ce qui constitue la meilleure mani√®re pour se laisser identifier et contr√īler par les pouvoirs coercitifs de l’Etat belge/europ√©en. Nous avons eu les syndicats un jour, les ONG et les partis de gauche minoritaires un autre et freakes, roses et anarchistes le week-end. Ce que nous n’avons pas eu c’est cette sorte de solidarit√© politique qui traverse tout le spectre social et qui a effectivement exist√© √ G√™nes.

Avez-vous d√©j√ eu la sensation que quelqu’un surveille chacun de vos gestes ? L’entreprise √©tasunienne "Rand Corporation" (un think tank" r√©actionnaire, NDT) concentre d’immsenses ressources intellectuelles pour publier ouvertement le r√©sultat de ses observations. Ils viennent de sortir un nouveau livre sur ce qu’ils appellent la "social netwar" (la guerre sociale sur le r√©seau) avec un chapitre sp√©cifique sur Seattle que vous pouvez t√©l√©charger gratuitement (http://www.rand.org/publications/MR...). Les auteurs de ce chapitre 7 affirment que si aucune organisation "gauchiste" n’a analys√© pourquoi le fameux 30N (le 30 Novembre, journ√©e de blocage de l’OMC, NDT) a √©t√© une journ√©e victorieuse, de nombreuses institutions l√©gales et gouvernementales, elles, l’ont fait. Pourquoi donc les actions r√©alis√©es ce jours-l√ √ Seattle contre l’OMC furent-elles aussi puissantes ? En termes g√©n√©raux, parce qu’elles ont repr√©sent√© un certain type de "contamination" entre des mouvements qui agissent "normalement" de fa√ßon s√©par√©e, tels que les syndicalistes, les militants d’ONG, les √©cologistes et les anarchistes qui veulent pratiquer la d√©mocratie directe dans la rue. Cette convergence n’a pas √©t√© accidentelle : elle fut rendue possible gr√Ęce aux membres du Direct Action Network (DAN) qui ont eu la justesse de penser √ la mani√®re dont, √ travers l’action directe non-violente, la police de Seattle se verrait immobilis√©e √ un moment o√Ļ "tout peut arriver" et de telle fa√ßon que ceux qui participaient √ une marche syndicale pouvaient s’unir √ l’action. Le DAN a mis en pratique des blocages et des techniques de d√©sob√©issance civile tr√®s pr√©cises men√©es √ bien par des activistes entra√ģn√©s, pour produire un chaos strat√©giquement d√©fini qui s’est av√©r√© le plus fort face aux tentatives de "r√©tablissement de l’ordre" par la Garde nationale. En d’autres termes, les v√©ritables activistes de Seattle avaient √©tablis les conditions pour que se cr√©√© une sorte d’auto-organisation spontann√©e.

Evidemment, il est peu probable qu’un autre Seattle nous tombe du ciel. La police tout comme les politiciens en ont tir√© les le√ßons. Ils s’efforcent de maintenir les marches syndicales le plus loin possible des "anarchistes" et ils mettent en place des "espaces de dialogue" (avec des somnif√®res dans le champagne) pour les leaders syndicaux ou d’ONG suffisamment na√Įfs que pour penser que l’on peut obtenir des r√©formes sans la menace d’une r√©volution. Ils divisent et ils cooptent tant qu’ils peuvent et si √ßa ne marche pas, ils canalisent, neutralisent et r√©priment √ tour de bras.

Ronfeld et Aquilla (les auteurs jumeaux du rapport du "Rand") parlent beaucoup d’"enjambres". Ce qui veut dire quelque chose comme l’auto-organisation multiforme mais tr√®s pr√©cise d’une manifestation contemporaine. Pourquoi ne sommes-nous pas conscients de comment le pouvoir des gens est plus puissant et de comment l’impulser au maximum ? En premier lieu, un mouvement qui depuis ses d√©buts s’est bas√© sur l’action directe devrait regarder avec admiration ces quelques 50 personnes (Belges, Hollandais et autres) qui ont occup√© le CEFIC, c’est √ dire le Conseil europ√©en de l’industrie chimique le 12 d√©cembre. Bruxelles est truff√©e de ces lobbies patronaux : Table ronde des industriels, Trans-Atlantic Buisiness, Unice, toutes organisations dont l’existence m√™me est un crime contre la d√©mocratie et dont l’abolition imm√©diate est une exigence l√©gitime. Et ce serait encore plus l√©gitime si des syndicalistes, des √©cologistes, des gauchistes et des anarchistes distribueraient des tracts ou enverraient par e-mail une explication sur ce qui est en train de se passer au m√™me moment o√Ļ l’action directe a lieu, en indiquant la direction exacte.

Nous ne pouvons pas tomber dans l’illusion que nous allons arr√™ter les machines de la globalisation n√©olib√©rale en marchant chacun √ la queue-leue-leue, s√©par√©s dans des journ√©es diff√©rentes et en donnant des bisous sur les boucliers des aimables policiers. Les gens qui participent aux indispensables journ√©es d’action globale pourraient se d√©multiplier √ travers des id√©es et des actions r√©ellement convergentes capable de faire front √ la cooptation que cherchent les illumin√©s qui nous gouvernent. Jospin parle-t-il de "mondialisation √ visage humain" ? Eh bien montrons-lui les visages de tous ceux que les multinationales fran√ßaises ont licenci√© au Br√©sil tout comme leur filiales le font √ Paris ou polluent les eaux des Bouches du Rh√īne. Blair parle d’√©duction ? Pourquoi alors ne lui montrerions nous pas dans la rue des signes qui expliquent ce qu’il co√ »te d’aller √ l’Universit√© en Grande-Bretagne compar√© √ il y a cinq ans ? Les acolytes d’Aznar affirment que les immigr√©s Marocains volent le travail des Espagnols ? Voyons combien de tomates espagnoles sont produites par le travail d’hommes et de femmes avec des salaires en-dessous du minimum et dans des conditions de travail semi-l√©gales avec des papiers officiels qui autorisent leur exploitation.

La strat√©gie traditionnelle des gouvernements a toujours √©t√©, depuis leurs sommets, de tirer les ficelles des "cons" qui s’agitent l√ en bas pour les canaliser dans n’importe quelle route que les puissant d√©sirent. A l’inverse, la strat√©gie du travail en r√©seau signifie l’action coordonn√©e et auto-organis√©e par des personnes intelligentes qui rejettent le destin qu’on leur impose et qui ont le regard qui va au-dessus des puissants, au-del√ des sommets, vers un futur meilleur. Le danger est qu’aujourd’hui des ann√©es et des ann√©es d’efforts risquent de s’√©vanouir sans traces dans l’air froid de la nuit quand chacun de nos groupes devra se retrouver seul face aux forces polici√®res. Car aujourd’hui le pouvoir sait exactement comment manipuler ces "new kids on the black bloc" : certains sont nomm√©s "chers coll√®gues", d’autres sont transform√©s en criminels et le reste, on les laissent faire leur carnaval mais sous contr√īle.

Si nous avons un avenir, c’est en prenant l’initiative, en apprenant de ce que nous avons nous m√™mes invent√© et en nous risquant dans tous types de carrefours, dans tous types de combinaisons prometteuses et positives, entre les mouvements religieux, les ONG √©cologistes, les r√©seaux r√©volutionnaires, les groupes qui √©laborent des pens√©es critiques, les partis ouvriers de gauche, les anarchistes et tous les gens qui n’acceptent aucun de ces noms mais qui rejettent tout autant la mondialisation n√©olib√©rale. Nous avons au bout des doigts de la main et sur le bout de la langue suffisamment de connaissances que pour ne pas nous laisser mener vers des sc√©nario pr√©√©tablis. Si nous d√©veloppons cette connaissance, si nous la partageons avec nos voisins, rien ne pourra alors nous emp√™cher de renverser les tables encombr√©es de la globalisation capitaliste.

Paris, le 19 décembre 2001.

P.-S.

article issu de indymedia begium

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