intersiderale - διαστρική

NOUS, LES YAMINAWA

jeudi 13 février 2003, par savate

les yaminawa se trouvent au p√©rou, au br√©sil et en bolivie ou de tr√®s violentes √©meutes ont √©clat√© la semaine derni√®re opposant notamment la police √ l’arm√©e.

Les anciens racontent que, dans la nuit des temps, nous, les Yaminawa , on pouvait parler avec les animaux, et eux avec nous. N’existait pas chez nous la division entre nature et culture. On √©tait connus comme les hommes aux haches de fer ou les hommes chauve-souris. On vivait en communaut√© dans des malocas, grandes maisons de bois, de bambou et de feuilles de bananier. On n’avait pas besoin d’autorit√©, sauf en cas de guerre, avec nos amis/ennemis les Sharanawa, Machin√©ri. et les Rastanawa . On ne tuait pas les prisonniers, on les adoptait une fois la guerre finie.

Notre syst√®me √©conomique suivait le principe du don et du contre-don. La monnaie n’existait pas, l’exploitation et l’accumulation de richesses non plus. Tout en respectant les cycles naturels de reproduction, on se nourrissait d’une grande vari√©t√© de poissons et autres animaux de la for√™t, sauf la sicuri (boa g√©ant) qui r√®gne sur les fleuves amazoniens, et qui nous a donn√© la vie. Une fois mort, on se transforme en petits serpents pour regagner le fleuve Acre et la rejoindre. Quant aux maladies, on les soignait avec les herbes de la for√™t et l’aide du Chamane, seule personne apte √ communiquer avec la nature. Pour cela, il se procure l’ayawaska et avec l’aide de la musique, nous tous parlons avec la for√™t. Le rituel fini, on vomit toutes les maladies, et c’est de nouveau l’√©quilibre homme/nature.

Maintenant, les choses ont chang√©. On nous exploite √©conomiquement et culturellement. Les colons venus d’ailleurs se consid√®rent sup√©rieurs, on nous oblige √ tuer la nature pour un salaire mis√©rable. La place du Chamane est prise par des missionnaires qui forcent nos enfants √ prier un dieu √©trange, qui appartient √ ceux qui nous exploitent.

Sans nous consulter, les √©tats coloniaux nous ont divis√©s en plusieurs soi-disant patries. D’un coup, nos familles qui habitent de part et d’autre du fleuve sont devenues br√©siliennes, boliviennes ou p√©ruviennes.

Lorsque ces √©tats coloniaux sont en conflit, nous sommes les premi√®res victimes, car on refuse √ s’entretuer. Ces m√™mes √©tats obligent nos jeunes √ faire le service militaire et √ rendre hommage √ des drapeaux qui sont ceux de nos exploiteurs, consid√©rant toujours nos terres comme ¬« territoire √ coloniser ¬ » en nous ignorant compl√®tement.

Les chercheurs d’or, l’√©levage intensif et extensif du b√©tail d√©sertifient l’Amazonie en polluant nos rivi√®res. La p√™che √ la dynamite a d√©cim√© nos poissons en faisant dispara√ģtre √ jamais nos sources d’alimentation. Notre vie est devenue une trag√©die, nos leaders sont assassin√©s et personne ne dit rien. Les √©tats coloniaux nous ont r√©duit √ l’√©tat d’objets touristiques et notre culture au ¬« folklore ¬ ».

Mais nous sommes d√©termin√©s. On va se battre jusqu’au bout et si les √©tats nationaux/coloniaux nous √©liminent, on mourra en brandissant haut nos banni√®res : les parabas , les piranhas, les tatous, les tarentules, les tortues, les ca√Įmans, les singes et les arbres...toute la nature, sans jamais quitter notre Amazonie qui nous appartient depuis plus de 7000 ann√©es.

¬« ET LE JOUR VIENDRA O√™ LE SOLEIL SORTIRA DES TENEBRES POUR TOUJOURS ¬ ».

PARIS, FEVRIER 2003

F. Roberto FERNANDEZ-ERQUICIA Sociologue bolivien

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