intersiderale - διαστρική

NO GLOBAL

La Station Quilombo

Article réalisé en collaboration avec le collectif Quilombo

samedi 1er mai 2004, par natalinea

¬« Quilombo ¬ » est une initiative de collectifs de Bruxelles, Gand et Li√®ge, en vue de cr√©er un r√©seau affinitaire national et d’organiser en septembre 4 jours de r√©flexions et d’actions sur le th√®me de la colonisation. Sujet tabou, la colonisation est ici envisag√©e comme √ rebours : ¬« Quilombo ¬ » nous invite √ d√©coloniser nos imaginaires et √ refuser les mod√®les dominants pour reconna√ģtre la multiplicit√© des savoirs, des identit√©s et des cultures.

¬« Copains, copines, sorci√®res, rebelles, activistes, r√™veureuses, travailleureuses, gu√©riller@s des villes, ch√īmeureuses fraudeureuses, strat√®ges de salon, handicap√©-es, √©crivain-e-s, cyborgs, camarades, sŇ“urs folles.... Montez, installez-vous, mettez-vous √ l’aise ; il y a des coins, de l’ombre, assez de lumi√®re, du temps pour tous. Vous prendrez bien quelque chose √ boire ?
Nous voulons faire des choses avec vous. Enfin, laissez-nous nous expliquer. C’est vrai, on sait pas grand chose de nous. Ni de vous d’ailleurs. Parfois, on ne parle m√™me pas la m√™me langue. On peut dire que nos origines sont erratiques. On est l√ depuis toujours. On s’est s√ »rement d√©j√ vus. De nous, nous ne savons que ce que nous fuyons : la monoculture commerciale, la standardisation des affects et des d√©sirs, le ¬« business as usual ¬ », l’√©tat permanent de guerre globale. De nous, nous ne savons que ce que nous cultivons : l’autonomie, l’autogestion, l’autoformation, l’autod√©fense et l’autod√©rision. De nous, nous ne savons que ce que nous d√©sirons : la libert√© de circulation de nos corps et de nos √©motions, la libert√© d’acc√®s aux espaces, aux informations et aux moyens de communication, la libert√© dans la cr√©ation de nos d√©sirs et de nos envies. Et on voudrait savoir si vous aussi vous fuyez, cultivez et d√©sirez de telles choses. ¬ »

Un peu d’histoire

Les quilombos √©taient des refuges d’esclaves en fuite, constitu√©s en communaut√©s rurales au Br√©sil. Ces esclaves fuyaient les plantations de sucre et la soci√©t√© esclavagiste du xviie si√®cle. Lieux de r√©sistance aux structures de l’oppression coloniale, autonomes et inexpugnables, noirs, m√©tis, indien-ne-s et blanc-he-s (juiv-f-es et musulman-ne-s qui refusaient de se convertir au catholicisme) s’y sont organis√©s jusqu’√ fonder la r√©publique libre de Palmar√®s, qui r√©sistera durant plus d’un si√®cle aux Portugais. La r√©publique de Palmar√®s sera la seule √ cultiver en pluriculture dans un environnement de monoculture de sucre. Elle organisera des gu√©rillas de lib√©ration d’esclaves, qui survivaient rarement plus de cinq ans sur les terres br√©siliennes. Chacun ne devenait libre que lorsqu’il avait lui-m√™me lib√©r√© un autre esclave. La traite des esclaves va dessiner le paysage mondial avant la r√©volution industrielle et en permettre l’av√®nement, en cr√©ant les guerres internes en Afrique pour constituer un lot d’esclaves, en d√©veloppant la marine anglaise et ses ports industriels et en instituant des √©conomies d√©pendantes dans les pays nouvellement colonis√©s, fournisseurs de sucre.

D√©coloniser l’imaginaire

A l’heure de la conqu√™te spatiale, de nouveaux territoires s’offrent aux puissances imp√©riales sans qu’aucune proposition antagoniste ne vienne s’interposer. L’un des axes essentiels du projet ¬« Quilombo ¬ » est de ne pas laisser ravager ces espaces et imposer les sempiternels mod√®les. Leur objectif ? Construire ensemble le quilombo de l’hyper-espace. Pour l’atteindre, ils proposent d’exp√©rimenter pendant plusieurs jours √ Bruxelles, Gand et Li√®ge, la station Quilombo, un espace lib√©r√© destin√© √ partager des savoirs th√©orico-pratiques, des savoir-faire, des exp√©riences de r√©sistance, et un laboratoire ouvert de d√©colonisation de l’imaginaire. ¬ »

Pour qui ?

La station Quilombo accueille des groupes d’action, des organisations et des initiatives culturelles de toute la Belgique (Wallonie, Flandre et Bruxelles) qui ont en commun d’imaginer d’autres mondes et de construire de nouvelles r√©alit√©s au travers de r√©seaux de solidarit√©, de projets alternatifs, d’actions, de rencontres et de discussions, de publications, de pratiques artistiques, etc.
¬« A celles et ceux qui errent dans le no man’s land de la fronti√®re linguistique, √ celles et ceux qui travaillent les parcours hybrides plut√īt que les identit√©s bien d√©finies, cette rencontre de groupes francophones et n√©erlandophones devrait permettre d’√©changer des points de vue, des visions de la r√©alit√©, des dynamiques propres, trop longtemps rest√©es √ l’√©cart les unes des autres alors que ces luttes font face √ une r√©alit√© politique semblable d√©nomm√©e Belgique. ¬ »
Pour les acteurs du projet, il est important de ne pas travailler uniquement entre eux, mais de rendre publiques et ouvertes ces journ√©es en invitant largement. Il s’agit de brasser diff√©rents milieux et de briser les monopoles des savoirs. L’objectif est d’inscrire le Quilombo dans les quartiers o√Ļ il prend place et d’inviter les habitants √ participer √ la dynamique. Et le tout en deux langues...

Pourquoi ?

L’histoire des colonisations hante les m√©moires. Nous la portons en nous mais elle reste tabou. Le sens de ce projet est d’investir le concept de colonisation, de comprendre en quoi des processus de colonisation sont toujours √ l’Ň“uvre actuellement, comment ils fonctionnent, quels sont les nouveaux territoires qu’ils s’approprient, qu’est-ce que l’Histoire, et en particulier l’Histoire des luttes de d√©colonisation, peuvent nous apprendre pour inventer de nouveaux espaces de libert√©, pour r√©inventer le Quilombo.

Le pouvoir colonial

La colonisation des esprits, la conqu√™te des imaginaires par une norme soi-disant majoritaire, devient un enjeu primordial. Cette norme permet de distinguer le normal du d√©viant, l’humain du ¬« moins humain ¬ ». Le pouvoir colonial est celui qui, √ partir d’un crit√®re de race ou de genre, nie l’humanit√© de l’autre, sa complexit√©, le r√©duit √ un seul caract√®re puis l’assigne √ un r√īle social.
Le bombardement constant des m√©dias, avec leurs id√©aux publicitaires et leurs r√™ves aseptis√©s, formatent les cerveaux collectifs. De l’id√©e de Bonheur se fige une d√©finition qui porte en elle les sentiments de tristesse et de malheur pour tous ceux qui ne correspondent pas au mod√®le. ¬« Nous ne sommes alors plus que des ¬« ch√īmeureuses fraudeureuses ¬ », des ¬« squatteureuses marginales et marginaux ¬ », des ¬« marocain-ne-s de seconde g√©n√©ration non int√©gr√©-e-s ¬ », des ¬« femmes voil√©es √ l’√©mancipation inachev√©e ¬ », des ¬« handicap√©-e-s ¬ », des ¬« ouvrier-e-s d√©class√©-e-s ¬ », des ¬« d√©linquant-s allochtones ¬ », des ¬« artistes paresseu-se-x ¬ », des ¬« mauvais payeur-e-s ¬ », des ¬« gr√©vistes preneureuses d’otages ¬ », des ¬« femmes √Ęg√©es ins√©curis√©es ¬ », des ¬« gr√©vistes de la faim ill√©gitimes ¬ »... ¬ »
Pour tous ceux qui s’attellent depuis plusieurs mois √ ce projet, ces d√©nominations risquent de devenir notre devenir, notre regard sur nous-m√™mes et sur l’autre, notre prison. Les discours ¬« sur ¬ » - sur l’exclusion, l’√©mancipation, l’utopie... - deviendraient ainsi les discours par rapport auxquels nous existerions. La repr√©sentation spectaculaire de nos vies deviendrait plus r√©aliste que ce qui nous arrive vraiment. La colonisation, selon eux, est l’incarnation, dans l’√™tre, de l’oppression √©conomique, sociale et culturelle.

Face √ cela, le Quilombo d√©sire renverser les stigmates et affirmer la complexit√© du r√©el et des situations. Il veut reconna√ģtre la multiplicit√© des identit√©s et des cultures, irr√©ductibles les unes aux autres, et d√©fendre leur m√©tissage, comme producteur d’impr√©visible et d’irr√©pressible.
Le Quilombo veut s’approprier son histoire et la cr√©er chaque jour. Pour tous ceux qui ont envie de faire leurs bagages, pour tous ceux qui ont envie de les ouvrir.

P.-S.

Infos : 04/342 72 04
intersiderale@perso.be


Cet article était consultable sur le site de C4, dont il est cp, http://www.certaine-gaite.org/c4_si....

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