intersiderale - διαστρική

1] Champ d’action

jeudi 20 avril 2006, par EMD

Les 4 courts textes intitulĂ©s Champ d’action, Traiter avec la prĂ©caritĂ©, Migration, politiques d’Etat et travail et Perspectives ont Ă©tĂ© Ă©crit par le collectif EMD Liège (janvier 2006) dans le cadre d’un travail d’Ă©changes d’expĂ©riences et de connaissances de l’ensemble du rĂ©seau EuroMayDay. Chaque collectif local Ă©tait invitĂ© Ă produire un texte sur sa rĂ©alitĂ© Ă propos de ces 4 questions, l’ensemble ayant pour but de mettre en avant la diversitĂ© et le commun des situations europĂ©ennes et des initiatives militantes qui y sont menĂ©es.

La situation politique et institutionnelle belge est très complexe. La Belgique est un Etat fĂ©dĂ©ral comprenant 3 rĂ©gions (Flandre, Wallonie, Bruxelles-capitale) et trois communautĂ©s culturelles et linguistiques (flamande, française et germanophone). Les subjectivitĂ©s, frontières et composition sociale, culturelle, politique et Ă©conomique de ces trois rĂ©gions et communautĂ©s sont très diffĂ©rentes et ont fortement Ă©voluĂ© ces 50 dernières annĂ©es. Ă€ ces mutations, ce sont ajoutĂ©es les visions caricaturales que ces diffĂ©rentes rĂ©gions ont d’elle-mĂŞme et des autres. VĂ©hiculĂ©s par la classe politique et les mĂ©dias, ces clichĂ©s construisent les imaginaires sociaux des populations qui vivent dans ces trois rĂ©gions. Les flamands sont travailleurs et entreprenants. Ils n’aiment pas se plaindre et n’ont pas peur de se retrousser les manches. Ils sont riches et adaptĂ©s Ă la globalisation nĂ©o-libĂ©rale. Les wallons sont pauvres, sinistrĂ©s et assistĂ©s, remplis d’une culture passĂ©iste et adorant faire grève. Ă€ Bruxelles, la communautĂ© flamande et francophone coexiste dans un micmac cosmopolite, bureaucratique, centraliste, flanquĂ© d’une intelligentsia nationale et europĂ©enne, Ă©litaire et individualiste.

Au niveau national, l’agenda politique et le traitement des questions sociale et environnementale sont systĂ©matiquement polluĂ©es, piĂ©gĂ©es par la question communautaire. Le dĂ©bat sur les questions sociales urgentes (chĂ´mage, accès au logement, dĂ©gradation des conditions de travail et de vie) est hantĂ© par la scission de la sĂ©curitĂ© sociale. Les Flamands en auraient soi-disant assez de payer pour les allocataires sociaux du sud qui ne font rien pour s’en sortir. La classe politique nationale a trouvĂ© jusqu’Ă prĂ©sent un consensus autour de l’idĂ©e blairiste d’Etat social actif. Ainsi, Ă chaque contestation de la rĂ©forme de la sĂ©curitĂ© sociale et Ă chaque affirmation du droit de grève, les politiques reprennent le chantage sur la scission de la sĂ©curitĂ© sociale et entonnent le refrain sur le caractère « inĂ©luctable  » des rĂ©formes.

Les deux gros syndicats (FGTB social-dĂ©mocrate, CSC social-chrĂ©tien) sont toujours fĂ©dĂ©rĂ©s au niveau national. Environ 80% des travailleurs sont syndiquĂ©s mais leur nombre ne cesse de diminuer. Lentement mais sĂ »rement. Il n’y a pas de syndicats de base. Leur discours est le plus souvent corporatiste et quand il ne l’est pas, c’est uniquement pour dĂ©fendre la sĂ©curitĂ© sociale actuelle et l’emploi. Ce discours est celui du temps de la production fordiste. Il est de plus en plus perçu, et Ă juste titre, comme rĂ©trograde, de moins en moins en phase avec la rĂ©alitĂ© du travail. Face Ă cette force d’inertie que reprĂ©sentent les syndicats, les Ă©lites belges jouent sur du velours. Au moment de la concertation sociale, le discours sur l’emploi est subsumĂ© par celui sur l’employabilitĂ©. Les rĂ©formes se succèdent, la flexibilitĂ© prend le large et la prĂ©caritĂ© s’Ă©tend.

L’Ă©clatement de la Belgique se prĂ©cise au fur et Ă mesure de la construction europĂ©enne. Le principal projet politique pour Bruxelles consiste Ă vouloir en faire un district europĂ©en sur le modèle de Washington. La Wallonie, et c’est dĂ©jĂ la tendance actuelle, deviendrait quant Ă elle la submĂ©tropole de Bruxelles, une plateforme multimodale pour le transport des Ă©lites et du fret europĂ©en, une rĂ©serve de main-d’œuvre très prĂ©carisĂ©e et rentable. D’ailleurs, 90% des subsides allouĂ©s par l’objectif 1 et 2 de la commission europĂ©enne pour la Wallonie sont investis dans le secteur logistique (voies fluviales, aĂ©roport de marchandise et de passager, autoroutes, parcs oĂą l’on attire petites et moyennes entreprises pratiquant le just in time), 65% du fret europĂ©en passe par le triangle Paris Amsterdam Frankfurt et 75 % dans le quadrilatère Paris Londres Frankfurt Amsterdam, au centre duquel se situe la Wallonie.

A Liège, des multinationales de la logistique comme TNT et DHL sont venues s’installer et ont conditionnĂ© leur installation Ă un accord avec les syndicats sur la restriction du droit de grève. Cette situation est le rĂ©sultat direct de l’offensive nĂ©o-libĂ©rale des annĂ©es 80 qui visait Ă renverser le rapport de force alors favorable aux ouvriers dans l’industrie sidĂ©rurgiste (qui Ă©tait la principale activitĂ© Ă©conomique de la rĂ©gion liĂ©geoise). La globalisation et l’investissement capitaliste dans des technologies qui rĂ©duisaient le travail humain ont permis d’expulser les ouvriers industriels et leur forme d’organisation autonome, et de la remplacer par une organisation du travail qui pouvait ĂŞtre plus flexible. Les effets furent implacables : dĂ©rĂ©gulation et flexibilitĂ© du travail d’une part (dĂ©bouchant notamment sur de nombreux accidents mortels dans l’industrie), et renversement de l’autonomie ouvrière, de l’autre. Dans le secteur non-marchand et l’enseignement, plusieurs mouvements se sont opposĂ©s ces dernières annĂ©es au dĂ©mantèlement de l’Etat-Providence et aux conditions de travail et d’accès aux services publics que cela engendrait. Ces luttes, le plus souvent gĂ©rĂ©es par des structures institutionnalisĂ©es, ne sont jamais arrivĂ©es Ă enclencher une dynamique collective de crĂ©ation de droits et ont dĂ » se contenter de concessions sectorielles mineures.

www.euromayday.be

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