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3] Migrations, politiques d’Etat et travail

jeudi 20 avril 2006, par EMD

Les 4 courts textes intitul√©s Champ d’action, Traiter avec la pr√©carit√©, Migration, politiques d’Etat et travail et Perspectives ont √©t√© √©crit par le collectif EMD Li√®ge (janvier 2006) dans le cadre d’un travail d’√©changes d’exp√©riences et de connaissances de l’ensemble du r√©seau EuroMayDay. Chaque collectif local √©tait invit√© √ produire un texte sur sa r√©alit√© √ propos de ces 4 questions, l’ensemble ayant pour but de mettre en avant la diversit√© et le commun des situations europ√©ennes et des initiatives militantes qui y sont men√©es.

L’immigration jusqu’en 1974 fut essentiellement le fruit d’une demande patronale. Il s’agissait de trouver de la main-d’oeuvre √©trang√®re taillable et corv√©able √ merci, d’abord pour les mines, puis pour l’industrie du m√©tal et de la construction. Les syndicats y voyaient une menace dont l’effet serait une d√©t√©rioration des conditions de travail et des revenus de tous les salari√©s. Si bien qu’√ une politique patronale ouverte √ l’immigration, mais refusant aux √©trangers des droits de s√©jour et des droits politiques √©tendus, s’opposa une politique syndicale pr√īnant un contr√īle des flux migratoires, mais revendiquant pour les √©trangers des droits √©gaux aux nationaux.

En 1974, le ch√īmage doubla et celui des jeunes encore d’avantage. √€ la fermeture des fronti√®res, les syndicats et les mouvements sociaux de l’√©poque obtinrent une campagne de r√©gularisation. Elle fut organis√©e par l’Office Nationale de l’Emploi, donc sous le contr√īle des syndicats. Huit mille travailleurs re√ßurent des papiers, essentiellement des Turcs et des Marocains. Puis les fronti√®res se ferm√®rent.

Si la situation des sans-papiers d’aujourd’hui n’est pas tr√®s diff√©rente de celle des clandestins d’hier, s’ils demeurent dans une tr√®s grande vuln√©rabilit√© sociale et de s√©jour, plusieurs facteurs ont √©volu√©. Jadis masculins et ouvriers, les migrant-e-s "ill√©gaux" sont devenus multitude, de classe et de genre. D’un autre c√īt√©, si le patronat belge reste favorable √ ce flux migratoire, v√©ritable r√©servoir de main-d’oeuvre flexible et bon march√©, il soutient √©galement l’id√©e d’une immigration l√©gale mais s√©lective. Les quotas de "migrants qualifi√©s" permettent en effet de mettre sous pression et donc de r√©duire les exigences des groupes sociaux habituellement plus s√©curis√©s. Enfin, vu que l’Europe-Forteresse ne peut, malgr√© tous ses efforts, emp√™cher les flux migratoires, les mesures de lutte contre l’immigration ont tendance √ se d√©placer vers les guichets de l’Etat-Providence (moyens de transport, logements sociaux) et le march√© r√©gulier de l’emploi, limitant ainsi les possibilit√©s d’int√©gration et la satisfaction de droits √©l√©mentaires des migrant-e-s. Ces mesures se sont notamment traduites en Belgique par la cr√©ation de camps pour √©trangers et de l’Office des Etrangers. Cette institution est devenue au fil du temps une v√©ritable "gestapo" pratiquant des expulsions ethniques et ne respectant ni la l√©gislation belge (caract√®re suspensif des recours juridiques) ni les conventions internationales sur les droits de l’homme et les droits de l’enfant. Plus de 14.000 √©trangers sont expuls√©s chaque ann√©e de Belgique. Cette √©volution des m√©thodes de contr√īle a √©videmment entra√ģn√© une augmentation de l’immigration clandestine et participe √ la cr√©ation d’une soci√©t√© duale avec son lot d’exploitation, de violence et de pr√©carit√© extr√™me.

Une nouvelle campagne de r√©gularisation en 1999-2001 ne fut pas, comme jadis, la fin d’un processus, mais bien le r√©sultat de l’√©chec du contr√īle des fronti√®res et des techniques r√©pressives int√©rieures. La campagne eut lieu √©galement sous la pression populaire et la tenacit√© des groupes de soutien aux migrant-e-s (le collectif contre les expulsions emp√™cha nombre de d√©portations par des blocages de convois policiers ou par des actions commandos contre les centres de r√©tention qui permirent l’√©vasion de migrant-e-s). En effet, en 1998, une jeune Nig√©rienne fut tu√©e, √©touff√©e par des gendarmes lors de sa 6√®me tentative d’expulsion, ce qui provoqua une √©motion populaire certaine. Cette r√©gularisation toucha environ 50 000 personnes. C’√©tait l’√©poque o√Ļ l’on d√©cida la construction du premier centre de r√©tention en Wallonie (√ Li√®ge) et o√Ļ des manifestations aux abords du centre en construction tourn√®rent √ l’√©meute. Actuellement, il existe 6 centres de r√©tention en Belgique dans lesquels sont d√©tenus plusieurs centaines de sans-papiers, hommes, femmes et enfants.

M√™me si l’on constate ces derni√®res ann√©es une certaine indiff√©rence populaire, plusieurs collectifs offrent un soutien financier, moral et juridique aux personnes emprisonn√©es, et essayent r√©guli√®rement d’emp√™cher les expulsions par avion. Depuis 2004, un r√©seau auto-organis√© de migrant-e-s s’est d√©velopp√©. Fruit de la rencontre avec des sans-papiers fran√ßais, l’udep (union pour la d√©fense des sans-papiers) d’abord collectif li√©geois, est devenu en 6 mois un mouvement national avec une antenne dans la plupart des grandes villes belges. Si l’udep accepte (et demande) du soutien logistique et financier, il refuse que les groupe de soutien s’immiscent dans sa politique d’action. Les antennes locales sont autonomes et les modes d’action divergent. √€ Bruxelles, l’udep met actuellement toutes ses forces dans l’occupation d’une √©glise pour obtenir une r√©gularisation inconditionnelle. Il a, avec des groupes de soutien, produit une proposition de loi et cherche des relais gouvernementaux. √€ Li√®ge, l’udep pense que l’occupation affaiblit le mouvement, parce que les migrant-e-s deviennent des "bouches √ nourrir" enferm√©es dans un b√Ętiment. L’udep li√©geoise mise plut√īt sur l’action ponctuelle et cherche des relais dans les milieux activistes mais aussi syndicaux, notamment par la syndicalisation des sans-papiers et par la co-organisation, prochainement, d’une grande manifestation ( 1 et 2).

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