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CENTRE D’ANALYSE POLITIQUE ET DE RECHERCHES SOCIALES ET √‰CONOMIQUES (CAPISE)

dimanche 15 juin 2008, par CZIntersiderale

Non seulement l’offensive contre les communaut√©s zapatistes au sein m√™me de leur territoire se poursuit, mais elle ne cesse d’augmenter, d’une mani√®re alarmante, dans un scandaleux silence des m√©dias.

Devant la gravit√© des faits, et dans le cadre de son programme Brigades d’observation Terre et Territoire (BOTT), nous informons que le CAPISE a envoy√© sur place une Brigade sp√©ciale d’observation Terre et Territoire (BEOTT).

Nous vous invitons √ lire le bref rapport qui suit.

San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, le 7 juin 2008.

LA SEDENA : OP√‰RATION GARRUCHA

Le 4 juin, le minist√®re de la D√©fense nationale (SEDENA) a ordonn√© de provoquer de la plus √©vidente des mani√®res l’Arm√©e zapatiste de lib√©ration nationale (EZLN) et les communaut√©s zapatistes. Des unit√©s de la SEDENA ont ainsi effectu√© une incursion militaire dans le territoire de la commune de La Garrucha, cœur du Caracol du m√™me nom. Cette op√©ration ne s’est pas arr√™t√©e l√ , puisqu’elle s’est r√©p√©t√©e et s’est intensifi√©e dans d’autres localit√©s d√©pendant du Caracol de La Garrucha.

L’arm√©e dans la for√™t Lacandone

La Septi√®me R√©gion militaire comprend cinq zones, dont la 39e zone militaire, qui est celle o√Ļ ont lieu ces incursions et qui est soumise au harc√®lement et aux provocations de l’arm√©e. Les forces arm√©es mexicaines y ont appliqu√© une strat√©gie diff√©rente pour affronter un des "ennemis int√©rieurs" du gouvernement f√©d√©ral les plus persistants qui soit, un "ennemi" qui a propos√© de former un mouvement national et qui est le seul √ offrir un projet de soci√©t√© alternatif, appliqu√© de fait dans son territoire : l’EZLN et les communaut√©s zapatistes.

Du 1er au 4 juin, des membres du CAPISE ont sillonn√© la for√™t Lacandone, notamment le secteur de la 39e zone militaire, dans l’intention, entre autres, de dresser de nouveau la carte des positions et des dispositifs de l’arm√©e √ l’int√©rieur du territoire indig√®ne.

En ce qui concerne l’arm√©e f√©d√©rale mexicaine, c’est principalement le 38e Bataillon d’infanterie (38e BI) qui a effectu√© des incursions et perp√©tr√© les menaces visant l’EZLN, les autorit√©s civiles zapatistes et les miliciens des bases de soutien zapatistes du Caracol de La Garrucha, d’Hermenegildo Galeana et de San Alejandro, mais ce n’est pas la seule unit√© de l’arm√©e op√©rant dans le secteur.

√€ ce jour, on trouve des d√©tachements du 38e BI dans les endroits suivants :

– Ca√Īada de Taniperla : Monte L√≠bano et Taniperla ; – Ca√Īada de las Tacitas : Rancho Pen√≠nsula et R√≠o Jord√°n ; – Ca√Īada de La Garrucha jusqu’√ San Quint√≠n : Patihuitz, La Sultana et San Quint√≠n.

Le quartier g√©n√©ral du 38e Bataillon d’infanterie est install√© √ San Quint√≠n.

Les positions de Monte L√≠bano et Taniperla sont occup√©es √ tour de r√īle, la rel√®ve s’effectuant tous les quatre mois, par le 38e BI et par le 31e Bataillon d’infanterie (31e BI).

Le QG du 31e BI est install√© dans le domaine de Tonina, commune d’Ocosingo, la ville d’Ocosingo h√©bergeant le grand quartier g√©n√©ral de l’ensemble de la 39e zone militaire.

Les positions de Rancho Península, de Río Jordán, de Patihuitz, de La Sultana et de San Quintín sont tenues de façon permanente par le 38e BI.

Le 38e Bataillon d’infanterie n’a pas agit seul le 3 juin. En effet, un jour avant les op√©rations commando, sous une pluie battante, la d√©l√©gation du CAPISE a crois√© des automitrailleuses sur le chemin de terrassement situ√© entre La Sultana et San Quint√≠n, automitrailleuses qui se dirigeaient vers La Garrucha. Le d√©tachement appartenait au 15e R√©giment de cavalerie motoris√©e (15e RCM), unit√© qui a √©t√© signal√©e en plusieurs occasions dans la Ca√Īada de La Garrucha, et notamment au cours des op√©rations commando du 4 juin √ la Garrucha, Hermenegildo Galeana et San Alejandro, √ laquelle elle a particip√©.

Le fait que le 15e RCM y ait particip√© est √ signaler, car cette unit√© a son quartier g√©n√©ral dans la garnison de Comit√°n et occupe de fa√ßon permanente et depuis plusieurs ann√©es une position dans la zone fronti√®re avec le Guatemala. Elle est aussi d√©tach√©e √ la Base d’op√©rations d’Amparo Aguatinta, commune de Maravilla Tenejapa, d’o√Ļ partent les unit√©s qui patrouillent et font des incursions jusque dans le territoire de La Garrucha (elles entrent par Poza Rica, longent Guadalupe Tepeyac et traversent La Realidad), et a donc pris part √ l’op√©ration assortie de menaces visant les bases zapatistes le 4 juin.

En d√©pit de la distance qui les s√©pare, la garnison de Comit√°n et le 15e RCM appartiennent √ la 39e zone militaire, dont le quartier g√©n√©ral est install√© dans le domaine de Tonina, commune d’Ocosingo.

Les incursions de l’arm√©e

L’arm√©e cherche √ justifier ses incursions et ses op√©rations commando au sein du territoire indig√®ne de La Garrucha durant le mois de mai dernier et dans les premiers jours du mois de juin par le pr√©tendu combat du narcotrafic et la recherche et destruction de plants de marijuana ou autres stup√©fiants.

En repassant au crible l’intervention militaire effectu√©e les 19 et 20 mai √ San Jer√≥nimo Tulij√°, on constate que celle-ci a √©t√© coordonn√©e par le 18e Bataillon d’infanterie (18e BI), qui a son quartier g√©n√©ral dans la garnison de Palenque, commune de Palenque. Il se trouve qu’il ne d√©pend pas de la 39e zone militaire, mais de la 38e zone militaire, dont le quartier g√©n√©ral est √ Tenosique, dans l’√‰tat de Tabasco.

En r√©visant l’intervention militaire effectu√©e le 26 mai dernier (six jours apr√®s l’op√©ration comando de San Jer√≥nimo Tulij√°) dans l’ejido Nuevo Chamizal, on constate que l√ encore, la coordination a √©t√© assur√©e par le 18e BI. L’op√©ration avait la m√™me teneur, √ savoir, "recherche, localisation et destruction de marijuana et autres excitants", mais en cette occasion, l’arm√©e a mont√© un v√©ritable spectacle, emmenant des journalistes, et d√©clar√© que des plants de marijuana avaient √©t√© rep√©r√©s et d√©truits, mais en ajoutant que ces plants avaient √©t√© sem√©s par des membres des bases de soutien zapatiste, insistant sur le fait que le terrain en question leur appartenait.

Les habitants de Nuevo Chamizal, de Nueva Palestina et de San Antonio Escobar (tous voisins) ne sont pas membres des bases de soutien zapatistes, mais appartiennent √ l’Organisation pour la d√©fense des droits indig√®nes et paysans (l’OPDDIC), organisation qui agit depuis des ann√©es en collaboration avec le d√©tachement militaire bas√© dans la ville voisine de Cintalapa, une position qui a √©t√© occup√©e et contr√īl√©e par le 18e BI pendant de nombreuses ann√©es. Son camp a √©t√© lev√© en mai 2007, mais quelques mois plus tard ce bataillon est revenu sur sa d√©cision. Il y a deux localit√©s zapatistes menac√©es dans cette r√©gion, La Culebra et la communaut√© "6 Octobre". Cette derni√®re se trouvant √ l’int√©rieur des Montes Azules, elle est l’une des communaut√©s les plus fortement menac√©es d’expulsion.

(Note : nous parlerons prochainement de la situation, de l’identification et des dispositifs du 31e Bataillon d’infanterie et du 91e Bataillon d’infanterie, qui d√©pendent √©galement de la 39e zone militaire.)

Les op√©rations commando et les menaces que l’arm√©e f√©d√©rale mexicaine a effectu√©es lors de son incursion dans les villages de La Garrucha, d’Hermenegildo Galeana et de San Alejandro ne constituent en aucun cas une affaire mineure. On a suppos√© que le sous-commandant insurg√© Marcos ainsi que d’autres chefs militaires (de l’EZLN) op√©raient dans cette r√©gion ou qu’ils s’y trouvaient parfois. Vrai ou faux, l’avertissement et le niveau de cette menace ont √©t√© enregistr√©s.

En une occasion, on n’a aucun constat de la participation de l’arm√©e f√©d√©rale mexicaine. Le 22 mai dernier, en effet, deux ou trois jours apr√®s l’op√©ration de San Jer√≥nimo Tulij√° contre des bases de soutien zapatistes, un fait non moins alarmant a eu lieu : des agressions et des affrontements se sont produits dans la communaut√© de Morelia, o√Ļ se trouve le si√®ge du Caracol de Morelia. Dans ce cas, les agresseurs √©taient des individus affili√©s au PRI et des membres de l’OPDDIC qui ont agi en coordination avec le camp militaire d’Altamirano, quartier g√©n√©ral de la 11e Compagnie d’infanterie non encadr√©e (11e CINE). Aussi incroyable que cela puisse para√ģtre, les membres du PRI mentionn√©s exigeaient que leur soit remis le terrain qu’occupe le si√®ge du Caracol de Morelia.

L’arri√®re-garde

Le 22 septembre dernier, la Commission Sexta de l’EZLN s’est vue forc√©e d’annuler le circuit qu’elle devait effectuer dans le centre et le sud du Mexique en sa qualit√© de membre du mouvement national en construction de l’Autre Campagne, √ cause des agressions perp√©tr√©es au m√™me moment contre les communaut√©s zapatistes ainsi qu’en raison de diff√©rentes actions r√©alis√©es par l’Arm√©e populaire r√©volutionnaire (EPR). Frapper et agresser les bases de soutien zapatistes et leurs autorit√©s civiles, c’est s’en prendre √ l’arri√®re-garde soutenant la Commission Sexta dans son projet et sa proposition de former un mouvement national, comme le gouvernement mexicain le sait pertinemment.

√€ la fin de l’ann√©e derni√®re, le sous-commandant insurg√© Marcos accordait une interview √ la reporter et √©crivaine Laura Castellanos, dans la communaut√© de La Garrucha. Abordant des sujets divers, √ un moment de cette interview une question est pos√©e, √ laquelle il est r√©pondu ce qui suit.

Laura Castellanos : "Donc, en janvier 2008, les zapatistes n’entameront pas une phase d’agitation et de mobilisation, contrairement √ ce que vous aviez pr√©vu ant√©rieurement."

Sous-commandant insurg√© Marcos : "Non, parce qu’il √©tait pr√©vu d’achever la phase actuelle en d√©cembre 2007, mais nous devons encore visiter le centre et le sud sud-est du pays. Nous pensons qu’en juin 2008 il faudra travailler sur la structure √ donner √ ce programme national de lutte pour pouvoir passer √ l’agitation et √ sa diffusion. Ce sera en juin, exactement trois ans apr√®s la Sixi√®me D√©claration, que nous donnerons pour termin√©e cette √©tape."

Il devient √©vident que l’on ne veut pas que les zapatistes "sortent". Si l’EZLN, ses gouvernements autonomes, ses communaut√©s et le mouvement national en construction de l’Autre Campagne ne repr√©sentent aucun danger, pourquoi ne veut-on pas qu’ils sortent ?

Les op√©rations commando de l’arm√©e et des corps de police (PGR, PFP, AFI) de mai et juin constituent des signes alarmants et mena√ßants de r√©pression, d’emprisonnement, de spoliation, d’expulsion ou de mort visant l’EZLN, les communaut√©s zapatistes et des membres de l’Autre Campagne.

Si l’on se penche sur les interventions militaires dans la for√™t Lacandone, on constatera une implication beaucoup plus hostile et active des d√©tachements bas√©s √ l’int√©rieur du territoire de La Garrucha, mais aussi de ceux qui sont au dehors, que ce soit √ Comit√°n ou √ Palenque. Les forces arm√©es commencent √ resserrer l’√©tau.

L’arm√©e f√©d√©rale mexicaine est √ l’aff√ »t, tous les signes sont l√ .

Quoi qu’il arrive, le CAPISE a envoy√© une Brigade sp√©ciale d’observation Terre et Territoire (BEOTT) au Caracol de La Garrucha. Des Brigades y s√©journeront de fa√ßon permanente.

Au CAPISE, nous pensons qu’il est grand temps de repenser √ entreprendre une gigantesque campagne contre la militarisation du territoire indig√®ne du Chiapas et du Mexique tout entier.

Centre d’analyse politique et de recherches sociales et √©conomiques (CAPISE)

Traduit par à ngel Caído.

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